Culture de la caca­huète, la Chine doit mettre de l’huile

sucréesFin 2011 le prix de la caca­huète a doublé en raison d’une très mauvaise récolte aux États-Unis. À 2200 $ la tonne, cette forte hausse aurait pu être une aubaine pour les paysans chinois qui à eux seuls sont à l’origine de près de la moitié de la produc­tion mondiale avec 16 millions de tonnes. Il en est de même pour l’Inde qui occupe la seconde place avec 6 millions de tonnes, mais qui comme son voisin est confron­tée à des obstacles faisant que ces deux pays ne repré­sentent que 4 % des expor­ta­tions. Alors que l’Union euro­péenne, le Cana­da et le Japon sont pour 78 % dans les impor­ta­tions d’arachides, ce sont les États-Unis et l’Argentine qui les four­nissent en grande partie.

En Chine la produc­tion de caca­huètes se concentre sur une partie du Xinjiang ainsi que plusieurs régions du Sud. Si cette culture y est très ancienne, elle n’a que peu connue d’évolution dans ses tech­niques, ce qui est pour une bonne partie dans le manque de produc­ti­vi­té des plan­ta­tions chinoises. Alors que les récoltes atteignent diffi­ci­le­ment les 1000 kg par hectare, les États-Unis en produisent trois fois plus pour une même surface et jusqu’à six fois sur des terres irri­guées. La moyenne de produc­ti­vi­té mondiale se situe aux alen­tours de 2,5 tonnes/ha, ce qui démontre le chemin qui reste à parcou­rir à la Chine.

Si les varié­tés manquant de finesse sont pour beau­coup dans le désin­té­rêt des impor­ta­teurs, c’est toute la filière qui est à revoir et qui pour l’instant n’intéresse pas plus les respon­sables locaux que les inves­tis­seurs. Au niveau des districts, l’absence de poli­tique visant à promou­voir cette culture mène à un impor­tant gaspillage qui vient s’ajouter à une produc­ti­vi­té déjà faible. À l’abus d’engrais et de pesti­cides, vient s’ajouter les condi­tions de stockage qui sont encore souvent précaires, ce qui conduit au déve­lop­pe­ment d’aflatoxines aussi nuisibles à la santé qu’à la quali­té.

Dans une région comme le Guangxi, la culture de la canne à sucre est par exemple parfai­te­ment gérée du stade de la culture à celui de la trans­for­ma­tion alors que dans le cas de la caca­huète, les agri­cul­teurs sont lais­sés à eux-mêmes et ne font que perpé­tuer les méthodes ances­trales peu produc­tives et de quali­té médiocre. Les produits chimiques aidant, les terres sont autant polluées qu’appauvries, ce qui pousse les paysans à ampli­fier le problème en augmen­tant les apports néfastes. Partant de ce constat des plus sombres, il est logique que les impor­ta­teurs tradi­tion­nels ne se préci­pitent pas sur la caca­huète chinoise qui se révèle de plus mal adap­té à la demande inter­na­tio­nale.

C’est par consé­quent à l’intérieur du pays que la plus grande partie des 16 millions de tonnes est écou­lée sans grande concur­rence, ce qui là encore ne favo­rise pas l’évolution de la quali­té. Contrai­re­ment à d’autres produc­tions où la Chine propose des produits de quali­té équi­va­lente à ceux d’autres nations, ses caca­huètes ne sont que peu recher­chées malgré la récente hausse des prix qui aurait dû pous­ser les respon­sables locaux à un début de réac­tion. En partie parce que tradi­tion­nel­le­ment une culture des régions pauvres, la caca­huète reste un produit jugé secon­daire n’intéressant que peu les indus­triels et inves­tis­seurs impor­tants. Il en est ainsi de la produc­tion d’huile dont une partie non négli­geable est encore arti­sa­nale, ce qui dans ce cas est loin d’être un gage de quali­té. En mélan­geant diverses sources dont certaines parfois douteuses comme des huiles de cani­veaux, les fabri­cants tentent d’assurer leurs marges béné­fi­ciaires alors que dans le même temps le prix de la tonne de caca­huètes flambe sur les marchés inter­na­tio­naux.

Des choix lais­sés à des respon­sables locaux parfois plus inté­res­sés par l’argent à détour­ner que par l’élaboration d’une poli­tique agri­cole locale, des indus­triels eux aussi davan­tage tour­nés vers le profit rapide, des paysans travaillant comme leurs ancêtres, tels sont les éléments majeurs qui font que la Chine reste un nain pour cette culture, ce malgré sa place de premier produc­teur mondial. Si cette vision passéiste change un jour, celui-ci est encore très loin à l’horizon faute de réelle volon­té.