Crois­sance cherche pauvres pour l’aider à redé­mar­rer

refletsdechine.comIl est régu­liè­re­ment souli­gné que la Chine a besoin d’une forte crois­sance pour donner un travail à sa popu­la­tion active. Un autre élément très souvent mis en avant est que l’économie chinoise repose large­ment sur les expor­ta­tions ce qui est en partie vrai, mais bien moins que ce que certains voudraient le lais­ser croire, cette rengaine ayant pour fina­li­té d’inculquer aux opinions occi­den­tales que sans ses clients occi­den­taux la Chine n’est rien. Si on laisse de côté ce forma­tage média­tique en ne regar­dant que les chiffres il est aisé de s’apercevoir que la part des expor­ta­tions dans le PIB est de 27 % contre 42 % pour l’Allemagne et 20 % pour la France. Alors qu’il est régu­liè­re­ment mis en lumière les risques encou­rus par la Chine en raison de son écono­mie gran­de­ment dépen­dante des expor­ta­tions, le cas de l’Allemagne est lui clas­sé dans une norma­li­té dont personne ou pas grand monde ne discute le fonde­ment.

C’est donc 73 % du PIB chinois qui dépend de son marché inté­rieur et c’est lui qui aujourd’hui donne des signes de fatigue. S’agissant d’un problème tota­le­ment inté­rieur, on comprend dès lors qu’il n’intéresse que peu les analystes et autres experts qui tentent encore de faire croire que la Chine ne peut exis­ter sans les nations riches, ce qui lui impose d’être le plus « aimable » possible.

Bien que les dernières annonces faites par les auto­ri­tés chinoises tendent vers une réorien­ta­tion qui à terme donne­rait moins d’importance au seul chiffre de la crois­sance, il va falloir que ce pays trouve un second souffle. Si un taux de crois­sance élevé a un effet posi­tif pour l’emploi, celui-ci a un impact bien plus faible lorsque cette hausse est gran­de­ment ampu­tée par l’inflation. Une crois­sance de 9 % et une infla­tion de 6% ne laissent que 3 points supplé­men­taires de pouvoir d’achat alors qu’une crois­sance de seule­ment 8 % et une infla­tion de 4 % en laissent 4, ce qui profite à un plus grand nombre.

Il faut par consé­quent que les respon­sables chinois trouvent quelques recettes permet­tant de limi­ter le taux d’inflation, ce même au prix d’une crois­sance moins élevée, tout en déve­lop­pant au maxi­mum son marché inté­rieur. C’est au niveau de cette demande locale que le bât blesse, le poten­tiel de consom­ma­teurs ayant tendance à s’affaiblir. Les plus riches des Chinois étant depuis long­temps gavés de produits de consom­ma­tion courante, c’est sur la nouvelle classe sociale dite moyenne que s’est portée l’attentions lors de ces cinq dernières années. L’immobilier et le parc auto­mo­bile ont ainsi connu une hausse verti­gi­neuse, mais avec un certain nombre de déra­pages dont certains sont connus et d’autres un peu moins.

Parmi ces éléments plus ou moins dissi­mu­lés se trouve l’endettement des ménages chinois appar­te­nant à cette classe moyenne. Si de très nombreux achats ont été rendus possibles avec au crédit bancaire, une bonne part de ces acqui­si­tions a été réali­sée grâce à des aides finan­cières bien moins offi­cielles. Si la famille ou les amis proches ont contri­bué à hauteur de leurs moyens, nombreux sont les Chinois qui ont voulu à tout prix paraître plus riches qu’ils ne l’étaient. Ce sont par consé­quent auprès de prêteurs très privés qu’ils ont trou­vé les sommes néces­saires au premier apport, ce en échange d’intérêts tour­nant aux alen­tours de 20 %. Le temps des rembour­se­ments étant venu, cette classe sociale se trouve aujourd’hui dans l’impossibilité de pour­suivre ce qu’elle croit être une ascen­sion sociale, mais qui pour­rait deve­nir pour certains une descente aux enfers. Dispo­sant toute­fois à présent du mini­mum indis­pen­sable à tout Chinois parve­nu, cette partie de la popu­la­tion se retire progres­si­ve­ment du poten­tiel de clien­tèle en commen­çant à apprendre la gestion des dépenses.

Depuis 2008, la popu­la­tion rurale a été elle aussi une cible privi­lé­giée dans ce même objec­tif de la consom­ma­tion. Une subven­tion de 13 % pour l’achat de certains appa­reils élec­tro­mé­na­gers a ainsi permis de donner du travail à des millions d’ouvriers tout en amélio­rant la vie de nombreux paysans. Là encore la recette semble être passée de mode avec une baisse des ventes de 16 % pour le premier trimestre, ce qui dénote là encore une certaine satu­ra­tion de ce marché. Ceux qui en avaient finan­ciè­re­ment les moyens ont utili­sé en premier cette aide, les autres devant remettre à plus tard des achats consi­dé­rés pour nombre d’entre eux comme super­flus en rapport des avan­tages appor­tés. Pouvoir faire face à une dépense impor­tante suite à la mala­die ou un acci­dent reste pour cette caté­go­rie de personnes une prio­ri­té, ce qui empêche dès lors de penser à une « vie meilleure ».

Une fois élimi­nés ces divers éléments à l’origine d’une forte demande, il reste envi­ron un tiers de la popu­la­tion sur lequel tant l’économie locale que le pouvoir va devoir sortir de son état actuel pour en faire d’indispensables consom­ma­teurs. Sans moyens finan­ciers pour monter quelques barreaux de l’échelle sociale et sans aucune habi­tude de la consom­ma­tion, cette partie de la popu­la­tion risque d’être diffi­ci­le­ment attei­gnable tant elle est obli­gée depuis des décen­nies de se conten­ter du strict mini­mum. Ce n’est pour­tant que grâce à elle que la Chine pour­ra main­te­nir un taux d’emplois garan­tis­sant tant des reve­nus pour les ouvriers que la paix sociale pour le système poli­tique.

Faire appel aux plus pauvres pour relan­cer la machine écono­mique est le défi que va devoir résoudre la nouvelle équipe diri­geante, ce qui est loin d’être gagné. Une solu­tion consiste à taper dans les caisses pleines de devises étran­gères et de titres en tous genres afin d’en distri­buer une partie à cette popu­la­tion jusqu’alors lais­sée pour compte. Si cette hypo­thèse deve­nait une réali­té, elle n’aurait toute­fois pas que des effets posi­tifs et ne serait de plus que viable sur un court laps de temps. Une masse impor­tante de valeurs échan­gées aurait en effet un impact néga­tif sur les écono­mies occi­den­tales d’où elles sont émises, ces nations se retrou­vant face à des diffi­cul­tés bien pires que celles actuelles. Du côté chinois, le pays devien­drait un champ de foire plus éten­du que ce qu’il est déjà avec encore plus de dérives concer­nant la quali­té des produits. Avec une clien­tèle encore moins expé­ri­men­tée que celle de la classe moyenne du « je sais tout puisque j’ai de l’argent », la Chine devien­drait alors une véri­table cour des miracles. Venant s’ajouter aux trop nombreux déra­pages liés à une volon­té d’enrichissement rapide, une telle masse de consom­ma­teurs devien­drait rapi­de­ment une cible privi­lé­giée par les vampires qui ne manquent pas dans ce pays.

Après s’être repo­sé sur les plus pauvres pour alimen­ter ses usines en main-d’œuvre bon marché, c’est à nouveau à cette classe sociale qu’il va être fait appel pour tenter de main­te­nir l’économie. Lorsque l’on sait que Mao est parve­nu au pouvoir en s’appuyant égale­ment sur cette popu­la­tion pauvre, il est aisé de déduire que quelque chose ne tourne pas rond dans ce système. A moins d’accepter que ce soit toujours les mêmes qui soient sacri­fiés sur l’autel des progrès sociaux, il est logique de penser que la Chine va rapi­de­ment devoir abor­der un virage dange­reux que certains conduc­teurs auront bien du mal à négo­cier.