Corrup­tion : ces parcs qui cachent la forêt

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parcZizhuyuan est un des sept grands parcs de Pékin. En supplé­ment d’être un lieu touris­tique avec ses diverses attrac­tions et son envi­ron­ne­ment agréable, Zizhuyuan abrite plusieurs restau­rants. Au nom de la lutte anti-corruption, le gouver­ne­ment de la muni­ci­pa­li­té vient de déci­der de la ferme­ture des plus luxueux d’entre eux. Cette déci­sion avec effet immé­diat sera sous peu géné­ra­li­sée aux autres parcs de la capi­tale.

Après avoir ciblé en prio­ri­té les membres du PCC ayant tendance à confondre argent public et privé, les auto­ri­tés chinoises s’attaquent à présent aux lieux où ils se réunissent. La présence dans les parcs de ces « clubs privés » est soudai­ne­ment consi­dé­rée comme incom­pa­tible avec la desti­na­tion initiale se voulant tant cultu­relle que popu­laire. Fini donc les cartes de membre donnant accès aux salons privés et autres « diver­tis­se­ments », Zizhuyuan est « rendu au peuple » comme sont fières de le clai­ron­ner les auto­ri­tés. Si les Péki­nois étaient pour partie au courant de ces pratiques, un long repor­tage sur une chaine d’informations est venu expli­quer aux autres que le pouvoir central pour­sui­vait sa lutte contre ce qui a long­temps été une norma­li­té.

Ces ferme­tures et celles qui suivront suffiront-elles à réduire nota­ble­ment les détour­ne­ments d’argent public ? Rien de moins sûr avec certains respon­sables poli­tiques n’entendant pas lais­ser filer l’essentiel de ce qui les a atti­rés vers un métier syno­nyme de nombreux avan­tages. S’ajoute à cette volon­té d’entretenir un niveau de vie élevé la règle de base de la socié­té chinoise se résu­mant à « pas vu, pas pris ». Avec cette campagne anti-corruption, le pouvoir central tient à épous­se­ter la surface du parti unique sans pour cela se livrer à un nettoyage en profon­deur. La seule image étant privi­lé­giée, il est deman­dé de manière sous-entendue aux cadres locaux et fonc­tion­naires de se montrer plus discrets que par le passé. Pour espé­rer durer, le PCC doit pouvoir comp­ter sur ce filet de protec­tion que sont les employés d’État de tous niveaux. Assu­rant de diverses manières le main­tien de l’ordre public, respon­sables locaux et fonc­tion­naires béné­fi­cient en contre­par­tie des largesses mises à leur dispo­si­tion. Il devient dès lors impos­sible d’aseptiser ce milieu, les bacté­ries s’y déve­lop­pant garan­tis­sant la bonne santé de l’ensemble du corps poli­tique.

parc2Preuve de ce rever­nis­sage d’un bois rongé par les vers, le témoi­gnage récent d’un scien­ti­fique chinois invi­té à un congrès. Depuis plusieurs mois, les tradi­tion­nels banquets suivant ces réunions sont inter­dits. Partant du prin­cipe établi que tout ce qui n’est pas expli­ci­te­ment inter­dit est auto­ri­sé, les orga­ni­sa­teurs du congrès ont simple­ment chan­gé le nom du repas en donnant celui de buffet à ce qui était autre­fois dénom­mé banquet. Le voca­bu­laire chinois étant assez riche pour contour­ner chacune des dispo­si­tions, on peut imagi­ner ce qu’est une chambre d’hôtel « meublée », la four­ni­ture de jeunes femmes pouvant être consi­dé­rée comme faisant partie de cet ameu­ble­ment.

En devant faire face à la publi­ca­tion sur les réseaux sociaux des fréquentes dérives des « repré­sen­tants du peuple », le gouver­ne­ment central incite ces derniers à inno­ver afin de pour­suivre leur version du « rêve chinois ». Avec des centaines de millions de Smart­phones prêts à filmer ou photo­gra­phier la présence d’un offi­ciel dans un lieu discu­table la discré­tion doit être perma­nente, ce qui impose un chan­ge­ment de méthode. C’est à cette « forma­tion profes­sion­nelle » que veut contri­buer le pouvoir central en deman­dant à ses cour­roies de trans­mis­sion d’être les plus silen­cieuses possible.

Dans certains pays, la notion de vie privée est mise en avant en fonc­tion des besoins du moment. En Chine la tendance est à rassem­bler les divers aspects sous un même cliché, l’image reflé­tée devant être irré­pro­chable. On peut argu­men­ter que dans le cas de la Chine il s’agit de détour­ne­ment d’argent public et donc de dérives devant être condam­nées. Une concu­bine entre­te­nue aux frais de la collec­ti­vi­té, des gardes du corps veillant à la tran­quilli­té de débats amou­reux d’un person­nage poli­tique de haut rang sont égale­ment une forme de détour­ne­ment. Dans les deux cas, c’est l’hypocrisie qui l’emporte avec pour slogan inter­na­tio­nal : « Pas vu, pas pris ».