Converse : les vraies, les vraies-fausses et les fausses-vraies

webCes chaus­sures autre­fois commu­né­ment appe­lées « baskets » ont conquis une nouvelle noto­rié­té grâce à la marque Converse. Rache­té en 2003 par Nike, Converse a alors béné­fi­cié de la puis­sance marke­ting de son nouveau proprié­taire qui l’a propul­sé dans le haut du clas­se­ment des ventes. Tout ce qui n’est pas Chinois trou­vant preneur en Chine, les produits Converse sont deve­nus un signe de moder­ni­té chez les jeunes géné­ra­tions. Bien que très majo­ri­tai­re­ment fabri­quées dans ce pays, les clients trouvent dans ces chaus­sures un moyen plus ou moins virtuel de s’aligner sur leurs compa­triotes occi­den­taux.

Présent dans 160 pays, Converse a progres­si­ve­ment diver­si­fié sa gamme pour toucher un maxi­mum de clients ce qui a impo­sé de multi­plier le nombre d’usines. Ce succès plané­taire est très logi­que­ment à l’origine de nombreuses contre­fa­çons dont la plupart viennent de Chine. S’il est aisé de déce­ler les anoma­lies sur certains modèles gros­siè­re­ment repro­duits, la tâche s’avère bien plus ardue pour d’autres où l’éventuel client doit se trans­for­mer en détec­tive avisé. Sur le web chinois, ce sont des centaines d’articles qui détaillent les points à véri­fier, preuve que le doute est bien présent. Dans un pays où l’on peut trou­ver de faux Apple Center, fabri­quer de fausses chaus­sures de marque ne pose aucun souci, ce pas plus que leur diffu­sion grâce aux nombreux sites de vente en ligne et aux milliers de maga­sins arbo­rant ou non l’étoile mythique de Converse.

Passé les commer­çants multi­marques propo­sant une paire de All-Stars embal­lée dans une poche plas­tique pour 10 euros et un site comme Taobao.com, où là aussi tout est quasi­ment faux malgré un packa­ging très proche de l’original, reste les maga­sins offi­ciels ou se présen­tant comme tels. Si cette appar­te­nance au réseau agréé peut lais­ser croire à une garan­tie d’authenticité, la réali­té est toute autre. Même lorsqu’il s’agit de vraies Converse, la quali­té varie sensi­ble­ment en fonc­tion de l’usine dont elles sont origi­naires.

webPour connaître le lieu de produc­tion, ce qui donne ensuite une idée de la quali­té de fabri­ca­tion, il suffit de lire l’étiquette. Sous réserve que celle-ci n’ait pas été contre­faite de la même manière que les chaus­sures et l’emballage, un 5 signi­fie Thaï­lande, un 6 A ou S Indo­né­sie, 6 J pour Japon, 7 et 8 concernent les fabri­ca­tions chinoises et 9 sont celles produites au Viet­nam. Concer­nant la Chine vient s’ajouter à ce Chiffre une lettre asso­ciée au lieu où se trouve l’usine. C’est ainsi qu’un 7 D situe la fabri­ca­tion dans le Fujian pour une clien­tèle prin­ci­pa­le­ment Euro­péenne et Améri­caine. Si le niveau de quali­té est excellent, il y a peu de chances de trou­ver ces produits en Chine. Bien que prove­nant de la même usine, le 7 L est asso­cié avec une quali­té moindre, ce comme la 7 K fabri­quée dans le Guang­dong. Converse dispo­sant d’une dizaine d’usines en Chine, il devient dès lors diffi­cile de se retrou­ver dans cette jungle. Rien n’empêchant un reven­deur offi­ciel de mixer les sources d’approvisionnement, c’est souvent à la tête du client que sont dispat­chées les diverses origines. Le résul­tat est que certaines contre­fa­çons sont d’une quali­té supé­rieure à l’original malgré un prix nette­ment infé­rieur.

Code-barre plus ou moins flou, simple papier blanc à l’intérieur de la boîte, semelle lais­sant appa­raître des impu­re­tés lors d’un simple grat­tage sont parmi les véri­fi­ca­tions que se doit de faire tout ache­teur poten­tiel. Ces contrôles sont plus diffi­ciles à effec­tuer lorsque les produits sont expé­diés et de plus payés à la commande. Si bon nombre d’internautes chinois se font arna­quer, certains impor­ta­teurs utilisent ces réseaux paral­lèles pour s’alimenter en tout ou partie. Bien que les services des douanes veillent, il leur est diffi­cile d’interdire l’entrée de produits licites, car sortant des usines Converse, mais d’une quali­té bien infé­rieure à celle desti­née aux marchés occi­den­taux. Ne s’agissant pas de contre­fa­çon, c’est la seule conscience profes­sion­nelle de l’importateur qui peut garan­tir cette quali­té à la base de la noto­rié­té des produits Converse.

Pour lutter contre la contre­fa­çon pure, la marque a beau multi­plier les détails garants de l’authenticité des produits, encore faut-il que les consom­ma­teurs soient au courant de ces éléments faisant la diffé­rence. De leurs côtés, les auto­ri­tés chinoises régulent tant bien que mal ces faux vrais et vrais-faux sans être toute­fois très regar­dantes. Un jeune paysan pouvant se payer sa paire de Converse étant un élément de la paix sociale, le fait qu’elles soient fausses revêt dès lors un aspect très secon­daire. Plus grave est la situa­tion créée par cet afflux de faux lorsqu’elle attire des impor­ta­teurs peu scru­pu­leux sachant fort bien ce qu’ils achètent, ce contrai­re­ment au client final qui lui n’a au mieux que quelques doutes.