Commerce virtuel ou non : demain je serai riche

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taobaoSi aliba­ba se destine en prio­ri­té aux profes­sion­nels du commerce de gros, taobao.com est un immense super­mar­ché virtuel où l’on trouve des détaillants ainsi qu’un grand nombre de parti­cu­liers. Cet Ebay chinois connaît un grand succès, ce qui en fait un lieu où règne une rude concur­rence. On y trouve à peu près de tout dont une bonne partie de contre­fa­çons, ce dont on plei­ne­ment conscience les vendeurs, la plupart des ache­teurs et les services logi­que­ment char­gés de lutter contre cette fraude. Pas ques­tion toute­fois de pister les commer­çants virtuels indé­li­cats, seuls les débor­de­ments deve­nus trop bruyants ou visibles pouvant être éven­tuel­le­ment sanctionnés.

Les aides finan­cières desti­nées aux personnes privées d’emploi étant des plus réduites, nombreux sont les jeunes ou moins jeunes Chinois qui ouvrent leur boutique en ligne par l’intermédiaire de Taobao. Appli­quant à la lettre un des fonde­ments du système chinois qui se résume à « Tu n’as droit à rien, mais tu fais ce que tu veux », la vente en ligne est deve­nue en quelques années un élément essen­tiel de la paix sociale. Ici, les statis­tiques sur le chômage sont aussi fausses que dans les autres pays, mais par contre ne prennent pas une valeur d’argument poli­tique. Ces chiffres n’intéressant que ceux qui ne sont pas concer­nés, c’est-à-dire les poli­tiques et les personnes char­gées de les calcu­ler, la Chine fait au moins l’économie de cette hypo­cri­sie. Que le taux de sans-emplois soit en effet de 8 ou 10 % ne change rien pour celui qui dispose d’un travail ou pour son voisin qui n’en a pas.

Si la Chine annonce souvent fière­ment la hausse du nombre de ses diplô­més, une partie de ces « génies » doivent patien­ter quelque temps avant de trou­ver un emploi. Un site comme taobao.com permet dès lors de mettre en appli­ca­tion ce qui a été appris lors de la scola­ri­sa­tion, surtout si les études portaient sur le commerce. Savoir mettre en avant les argu­ments pouvant faire la diffé­rence, trou­ver les bons réseaux d’approvisionnement, devient rela­ti­ve­ment facile pour ces anciens étudiants dési­rant se faire un peu d’argent. Pour­quoi un peu ? Parce qu’à de rares excep­tions les béné­fices se limitent à quelques centaines de yuans par mois. Les seuls qui gagnent davan­tage sont ceux propo­sant des solu­tions souvent douteuses dont ils ressortent plus riches ou les menottes aux poignets.

Les parents de ces jeunes diplô­més ayant souvent consen­ti d’importants efforts finan­ciers lors de la longue scola­ri­té, voir leurs enfants appli­quer leurs « incon­tes­tables connais­sances » reste dans l’immédiat la seule récom­pense. Si les résul­tats sont majo­ri­tai­re­ment déce­vants, la faute en revient à la concur­rence natio­nale liée au concept même de vente en ligne. Les offres d’emploi étant rares, certains de ces jeunes concré­tisent leur boutique virtuelle. Les clients étant prin­ci­pa­le­ment des amis, autant utili­ser ce réseau rela­tion­nel sur un terrain où la concur­rence est moins féroce. Après avoir repé­ré l’emplacement idéal dans sa rue ou son quar­tier, il faut trou­ver les quelques dizaines de milliers de yuans qui vont permettre de louer un local commer­cial, de l’aménager et d’acquérir le premier stock. Les banques se montrant frileuses pour ces projets consi­dé­rés comme sans grand avenir, ce sont encore les parents qui sont mis à contri­bu­tion avec ceux de quelques amis futurs asso­ciés dans ce qui est présen­té d’un rapport certain.

Dans de très nombreux cas, la coûteuse expé­rience prend fin après quelques mois alors que le contrat de loca­tion porte sur plusieurs années. Rien de drama­tique toute­fois puisque de nouveaux « futurs riches commer­çants » sont prêts à prendre la place en ayant suivi le même chemi­ne­ment d’idée. Que deviennent ces éphé­mères gérants ? Certains se relancent dans la vente en ligne en se disant qu’en fin de compte ce n’est pas si mal que cela. D’autres trouvent un emploi dans un de ces maga­sins qui ferme­ra quelques mois plus tard.

Le tableau est-il réel­le­ment si noir que cela ? Non pour deux éléments de ce système. Le premier est le régime poli­tique qui en échange d’une appa­rente liber­té d’entreprendre évite de nombreux conflits sociaux. Cette forme sini­sée du statut d’auto-entrepreneur absorbe en effet des dizaines de milliers de personnes avec pour avan­tage de rendre les rêveurs respon­sables de leurs échecs et non un système où seuls les plus gros ont leur place. Le deuxième est formé de ces milliers de proprié­taires de surfaces commer­ciales ne prenant eux aucun risque avec des loyers payés d’avance. Côté grands perdants, on trouve des parents qui après avoir débour­sé des dizaines de milliers de yuans pour finan­cer les études de leur enfant doivent à nouveau mettre la main à la poche pour cette fois payer son travail. Qu’il s’agisse des parents ou des enfants, il y a fort peu de risques de les retrou­ver en train de récla­mer une aide quel­conque devant les portes du gouver­ne­ment local. Dans leur immense majo­ri­té, ils n’ont en effet pas encore compris que le système actuel n’était pas pensé pour qu’ils s’enrichissent, mais pour qu’ils viennent gonfler le bas de laine d’une mino­ri­té déjà bien servie, ce tout en remer­ciant ce mode de fonc­tion­ne­ment leur permet­tant en appa­rence de « faire comme les grands ».