Commerce exté­rieur : tour­ner enfin la page du colo­nia­lisme

Paul Jean-Ortiz, conseiller diplo­ma­tique auprès du président, a été derniè­re­ment reçu par plusieurs diri­geants chinois dont Li Keqiang, le futur premier ministre. Cette rencontre a eu lieu à l’occasion des consul­ta­tions annuelles entre les deux pays avec pour but d’intensifier les échanges de tous ordres entre les deux pays. Premier défi­cit bila­té­ral de la France avec 13 milliards d’euros, la Chine a été décrite par Fran­çois Hollande, il est vrai alors encore candi­dat, comme « trichant sur tout » :

J’en suis arri­vé à un moment où je pense qu’il faut nommer l’adversaire.

Je l’avais fait pour la finance. Il faudra le faire pour les Chinois. Le problème, il est chinois. Ils trichent sur tout. Sur la monnaie, en matière de recherche.

En envoyant Paul Jean-Ortiz, qui lui connait la Chine, pour rencon­trer de hauts diri­geants chinois, le nouveau président a sans doute pris en compte que malgré une appré­cia­tion de 15 % de la monnaie chinoise, le défi­cit commer­cial avec la Chine restait inchan­gé. Preuve que se conten­ter de répé­ter ce que dit le grand frère améri­cain ne suffit pas à résoudre les problèmes, la ministre du Commerce exté­rieur s’est pour sa part enga­gée à ce équi­li­brer la balance du commerce exté­rieur d’ici à 5 ans, ce qui demeure toute­fois un pari aussi auda­cieux qu’impossible. Prenant enfin modèle sur le système alle­mand, le minis­tère du Commerce exté­rieur semble avoir assi­mi­lé que ce qu’il manque à la France dans ce domaine est une meilleure iden­ti­fi­ca­tion de la demande et non plus de vouloir à tout prix impo­ser des produits dont les pays envi­sa­gés n’ont qu’un besoin limi­té. Regrou­per les entre­prises pour les rendre plus visibles sur les marchés inter­na­tio­naux fait égale­ment partie du projet, ce en parte­na­riat avec Ubifrance qui devrait à l’avenir être bien plus écou­tée que par le passé.

Malgré ces bonnes inten­tions, et pour peu que ce minis­tère deve­nu aujourd’hui majeur pour l’économie fran­çaise, ne voit pas passer à sa tête trop d’étoiles filantes, cinq ans appa­raissent comme un délai bien trop court pour rattra­per un retard accu­mu­lé durant des décen­nies. Faire évoluer les menta­li­tés, dont certaines sont encore forma­tées par la vision de l’ex-empire colo­nial, risque en effet de deman­der ce temps que la France a eu pour s’adapter durant 20 ans, mais qu’elle a dila­pi­dé dans des débats aussi stériles qu’électoralistes. Moins les poli­tiques s’occuperont de certains secteurs spéci­fiques et mieux ce sera pour la France, un méde­cin ou un avocat n’ayant malgré ce que l’on veut souvent faire ne croire aucune quali­té pour gérer un domaine qu’il n’a appro­ché que très loin. Parmi ceux-ci le commerce exté­rieur est sans doute celui qui souffre le moins de l’amateurisme en requé­rant de vrais profes­sion­nels et non quelques brico­leurs plus ou moins arri­vistes.