Comment réson­ner sans raison­ner : les bricoleurs-blogueurs

ÉconomieL’immense majo­ri­té d’entre-nous avons été au moins un court instant un brico­leur. De la simple lampe à rempla­cer à des objets construits de toutes pièces, cette occu­pa­tion est même à l’origine de grandes surfaces dont le but est de four­nir à l’amateur de quoi réali­ser son rêve tout en permet­tant parfois de réelles écono­mies. Si l’on trouve des brico­leurs dans quasi­ment tous les domaines, le jour­na­lisme n’échappe pas à la règle avec ce qui a été pompeu­se­ment nommé les plate­formes parti­ci­pa­tives. En France, le « Casto­ra­ma » des journalistes-bricoleurs a pour nom Agora­vox, à qui il faut jouter une ribam­belle de concur­rents tout aussi peu indé­pen­dants. Si ces liens avec un groupe finan­cier, poli­tique ou autres, les font ressem­bler au moins sur ce point à de vrais jour­na­listes, la simi­li­tude est loin de s’arrêter là.

Il faut en effet rappe­ler que si le métier de jour­na­liste n’est déjà d’aucune manière un gage de talent ou de compé­tence, il l’est encore moins dans celui de l’indépendance. Si un carre­leur, un char­pen­tier ou un cuisi­nier peuvent exer­cer en leur propre nom, le statut de jour­na­liste indé­pen­dant n’existe que dans l’en-tête de quelques médias tentant de faire croire que. Pour obte­nir en effet l’appellation haute­ment contrô­lée de jour­na­liste et la carte de presse qui va avec, il faut obli­ga­toi­re­ment être sala­rié à temps plein ou non d’un média offi­ciel­le­ment décla­ré comme tel ou d’une agence de presse. Dès lors un jour­na­liste n’est autre qu’un employé d’usine obli­gé de suivre les consignes de la direc­tion, ce métier ayant toute­fois la parti­cu­la­ri­té de recé­ler en son sein des éléments zélés prêts à porter la soupe à leurs supé­rieurs en se pros­ter­nant devant eux en échange du chèque de fin de mois.

Les bricoleurs-blogueurs n’ont eux aucune de ces obli­ga­tions, ce qui n’en empêche pas une bonne partie à vouloir à tout prix ressem­bler aux « réfé­rences » profes­sion­nelles. Pour la plupart, il est en effet aisé de consta­ter qu’ils ont choi­si un camp alors que rien ne les y obli­geait, ce d’autant plus qu’aucune rému­né­ra­tion autre que celle flat­tant l’ego ne vient récom­pen­ser leurs efforts. Même si ceux-ci se limitent dans bien des cas à une recherche sur un moteur de recherche et quelques copié/collé d’articles de leurs guides spiri­tuels, ils ont l’impression de réali­ser leur rêve en révé­lant au monde la face cachée de la véri­té toute nue.

C’est sur cette base que se multi­plient les revues de presse et autres suites d’articles aussi enri­chis­santes pour l’éventuel lecteur que la lecture d’un rouleau de papiers-toilette. La tuerie de Toulouse et de Montau­ban en sont un parfait exemple, inter­pré­ter ce que personne ne sait permet­tant à ces bricoleurs-blogueurs de rejoindre les médias offi­ciels dont ils prélèvent quelques lignes pour­tant déjà souvent peu véri­fiées. C’est ainsi que d’inventeurs de génie, ces brico­leurs deviennent les tambours diffu­sant des sources parfois douteuses, mais qui deviennent crédibles pour certains en raison de leur ampli­fi­ca­tion bien plus réson­née que raison­née.

Alors que ce domaine du blog aurait pu être un fabu­leux trem­plin pour l’innovation, la réelle infor­ma­tion ou plus simple­ment l’expression person­nelle, il est deve­nu une pâle copie de ce qui est déjà terne à son origine parce que dicté par des obli­ga­tions de renta­bi­li­té finan­cières ou idéo­lo­giques. La raison en est prin­ci­pa­le­ment due à une volon­té de ressem­bler à ce que l’on n’est pas et explique la multi­tude d’articles écrits par des ensei­gnants ou pseudo-intellos trou­vant là de quoi assou­vir leur besoin de recon­nais­sance.

De contre-pouvoir d’une presse offi­cielle, les bricoleurs-blogueur sont rapi­de­ment deve­nus leurs alliés comme le prouve la mise en place de plate­formes dites parti­ci­pa­tives dont les proprié­taires ne sont autres que les grands groupes finan­ciers ayant déjà sous leur coupe le trou­peau des jour­na­listes. Il est par consé­quent normal que ce brico­lage finisse par lasser, les lecteurs préfé­rant dès lors se rappro­cher de la source, même si celle-ci est loin d’être d’une limpi­di­té aussi évidente que certains le supposent.

[amazon_carousel widget_type=«SearchAndAdd » width=«540 » height=«200 » title=»» market_place=«FR » shuffle_products=«False » show_border=«False » keywords=«blog » browse_node=»» search_index=«Books » /]