Comment la Fran­ce a recon­nu la Répu­bli­que Popu­lai­re de Chine

heCette année sera marquée par plusieurs mani­fes­ta­tions cultu­rel­les commé­mo­rant le 50 ème anni­ver­sai­re de l’établissement des rela­tions diplo­ma­ti­ques entre la Chine et la Fran­ce. Publié en septem­bre 2010, cet arti­cle a donc toutes les raisons d’être remis en avant. Le texte qui suit a été écrit par Edgar Faure.

Mon premier voya­ge en Chine a eu lieu en 1957, au début du mois de juin. C’était un voya­ge person­nel. J’avais été invi­té par le gouver­ne­ment chinois et j’ai dû être un des premiers hommes d’Etat occi­den­taux, peut-être même le premier mais je ne le garan­tis pas, à fran­chir ainsi la fron­tiè­re chinoi­se muni d’un visa sur feuille volan­te puis­que, il n’existait pas de passe­ports en raison de l’absence de rela­tions diplo­ma­ti­ques avec la Chine.
Au cours de ce premier voya­ge, qui a duré six semai­nes envi­ron, j’ai visi­té plusieurs régions du pays, j’ai rencon­tré natu­rel­le­ment des hommes poli­ti­ques et j’ai été reçu person­nel­le­ment, avec ma femme, par le prési­dent Mao Tsé Toung. Quant au Premier minis­tre, Chou En-lai, c’est à plusieurs repri­ses que j’eus l’occasion de m’entretenir avec lui, parfois en présen­ce de divers membres du gouver­ne­ment.

A mon retour, j’ai publié un livre qui s’appelle Le Serpent et la tortue, dans lequel je suggé­rai qu’il serait bon pour la Fran­ce de recon­naî­tre la Chine. Je pensais en effet qu’il était abso­lu­ment grotes­que que la plupart des grands pays igno­rent pure­ment et simple­ment ce conti­nent. Il se trou­ve que lors­que j’étais prési­dent du Conseil j’avais commen­cé d’étudier ce problè­me mais je n’avais pas eu le temps de le résou­dre. Tout ce que j’avais pu faire avait été d’organiser une agen­ce de pres­se fran­çai­se à Pékin, avec réci­pro­ci­té, de sorte que nous avions au moins un relais.

D’autre part, dans mon livre, j’évoquais le problè­me de Formo­se qui consti­tuait une des prin­ci­pa­les diffi­cul­tés et je suggé­rais qu’on le règle en rouvrant l’ambassade de Pékin – les Chinois auraient alors rouvert leur ambas­sa­de à Paris – mais en gardant à Formo­se une repré­sen­ta­tion consu­lai­re, pour ne pas rompre avec le gouver­ne­ment du maré­chal Tchang Kai Chek. J’ai envoyé ce livre au Géné­ral de Gaul­le. Et le Géné­ral m’a répon­du de sa main, comme il le faisait toujours, une lettre assez longue, me disant combien il avait été inté­res­sé par cette lectu­re et que mon idée d’une repri­se des rela­tions diplo­ma­ti­ques avec la Chine lui parais­sait inté­res­san­te. Mais il concluait sur le ton un peu décou­ra­gé qui était le sien à cette époque, en disant que tout cela ne pouvait pas être tenté utile­ment puis­que, en tout état de cause, il n’y avait pas d’Etat, pour l’instant, en Fran­ce.

Face à face avec le repré­sen­tant du FLN
C’est proba­ble­ment en raison de cette corres­pon­dan­ce et du fait qu’il se souve­nait de mon livre que le géné­ral de Gaul­le, quand il fut reve­nu au pouvoir – mais pas tout de suite, je crois que ce fut en 1960… – me deman­da un jour de venir le voir pour lui parler du problè­me chinois (j’ai eu natu­rel­le­ment l’occasion de le voir à diver­ses repri­ses mais sur d’autres sujets). Au cours de cette conver­sa­tion, il me deman­da si je lui conseillais de faire quel­que chose dans ce domai­ne. Je lui répon­dis que malgré l’opinion favo­ra­ble que j’avais donnée dans mon livre, je ne pouvais pas lui conseiller d’engager, à ce moment, une quel­con­que procé­du­re de recon­nais­san­ce de la Chine. Et cela parce que la conjonc­tu­re ne me parais­sait pas favo­ra­ble. Je redou­tais en parti­cu­lier des diffi­cul­tés à cause de l’affaire algé­rien­ne. Si nous avions envoyé un ambas­sa­deur en Chine il aurait pu être expo­sé, sur ce terrain, à quel­que rebuf­fa­de, il aurait couru le risque de se retrou­ver un jour face à face avec un repré­sen­tant du FLN…

Au mois d’août 1963, j’avais été frap­pé par la posi­tion qu’avait prise le Géné­ral sur le problè­me du Viet­nam. Tout à coup, au sortir d’un Conseil des minis­tres, il avait fait une décla­ra­tion extrê­me­ment impor­tan­te, mettant en garde le monde contre le grave danger que consti­tuait la dété­rio­ra­tion de la situa­tion en Asie du Sud-Est. Ce fut d’ailleurs enco­re une fois une démons­tra­tion de l’extraordinaire luci­di­té du géné­ral de Gaul­le, de sa clair­voyan­ce, car cela se passait en août et c’est au mois d’octobre 1963 que se produi­sit à Saïgon le grand » clash «, c’est-à-dire l’élimination et l’assassinat de Diem. Donc, le géné­ral de Gaul­le, en août 1963, porte tout à coup son regard sur les problè­mes de l’Asie et mesu­re très clai­re­ment les risques d’une aggra­va­tion de la situa­tion. Et simul­ta­né­ment, il me deman­de de venir le voir pour me dire à brûle-pourpoint : » Quand je vous ai consul­té il y a quel­que temps sur le problè­me de la recon­nais­san­ce de la Chine, vous m’aviez dit qu’il n’y avait rien à faire. Etes-vous toujours de cet avis ? » Je répon­dis : » Puis­que vous m’en parlez c’est que vous avez vous-même étudié la ques­tion. Eh bien, je pense que tout est chan­gé. Premiè­re­ment, vous êtes déli­vré de l’hypothèque algé­rien­ne, ce qui signi­fie que vous n’avez pas à redou­ter de décon­ve­nue dans l’hypothèse d’une ouver­tu­re diplo­ma­ti­que vers Pékin. En deuxiè­me lieu, les Chinois eux-mêmes sont dans une situa­tion diffi­ci­le, à cause de leurs fric­tions avec les Sovié­ti­ques. Et en troi­siè­me lieu vous avez donné déjà de tels signes d’indépendance vis-à-vis des Améri­cains que un de plus ou un de moins, cela ne sera pas telle­ment sensi­ble «. Je me souviens d’une chose amusan­te, au cours de cet entre­tien, j’avais dit au Géné­ral : » On ne peut pas scoto­mi­ser un peuple de 600 millions d’habitants «. Et il m’avait dit : » Tiens, quel est ce mot, » scoto­mi­ser «, que je ne connais pas ? – Vous savez » scoto­mi­ser » qui vient de » scoto­me «, cette alté­ra­tion de la vision.

» Oui, vous irez en Chine »
Toujours est-il qu’au cours de cette conver­sa­tion, je signa­lai au Géné­ral que, par une coïn­ci­den­ce curieu­se, j’avais fait dire aux Chinois que je me propo­sais de reve­nir à Pékin et ils venaient de m’inviter offi­ciel­le­ment à faire ce voya­ge. J’avais en effet pensé qu’il serait utile que je me rende en Chine à ce moment – en Chine et en Russie – pour étudier le fond du conflit sino-soviétique. Le Géné­ral me dit alors : » Oui, vous irez en Chine.
Mais vous irez comme mon repré­sen­tant «. Et il me décon­seilla de faire les deux voya­ges – Chine et Russie – en même temps.
Nous avons donc établi ensem­ble un projet minu­tieux. Il a notam­ment été prévu que je me rendrais d’abord au Cambod­ge à la fois pour rendre visi­te de sa part au prin­ce Siha­nouk qu’il aimait beau­coup, mais aussi pour créer une sorte de rideau de fumée devant les buts réels de ce voya­ge. De même, au retour, je devais m’arrêter en Inde pour voir le prési­dent Nehru qui m’avait égale­ment invi­té.
Le Géné­ral m’a alors donné une lettre desti­née à m’accréditer en son nom auprès du prési­dent chinois. Et c’était d’ailleurs assez habi­le puis­que au lieu d’écrire au gouver­ne­ment chinois qu’il ne connais­sait pas et ne recon­nais­sait pas, il se conten­tait de m’écrire, à moi, pour me donner un mandat offi­ciel.

J’ai donc compris à la lumiè­re de cet échan­ge de vues que le Géné­ral était dési­reux, autant que possi­ble, de parve­nir à une solu­tion complè­te du problè­me de la repri­se des rela­tions. Mais comme dans d’autres entre­tiens que j’eus avec lui à la même époque mais en présen­ce cette fois d’autres minis­tres ou de certains de ses colla­bo­ra­teurs, il se montra moins formel, j’en conclu qu’il y avait dans toute cette affai­re un aspect confi­den­tiel qu’il conve­nait de préser­ver. Par paren­thè­se, les servi­ces fran­çais des Affai­res étran­gè­res étaient à l’époque persua­dés que cette ques­tion soule­vait des diffi­cul­tés inex­tri­ca­bles, en raison notam­ment du problè­me de Formo­se. En réali­té, je pensais qu’à partir du moment où l’on prenait les choses en main sérieu­se­ment, il était évidem­ment possi­ble, sinon tout à fait faci­le, de trou­ver une solu­tion et j’y avais, bien sûr, réflé­chi.
Accueilli par le maire dès notre arri­vée en Chine, j’ai compris qu’il y avait un cran de plus à l’accueil tradi­tion­nel par le fait que nous avons été accueillis à Canton par le maire et non par un maire-adjoint comme c’est géné­ra­le­ment l’usage. De plus, dans son discours de bien­ve­nue, ce magis­trat a fait allu­sion aux rela­tions » écono­mi­ques, cultu­rel­les et poli­ti­ques » entre nos deux pays. Et le mot » poli­ti­que » était assu­ré­ment nouveau. Ensui­te je suis arri­vé à Pékin où j’étais l’hôte d’une asso­cia­tion pour les rela­tions inter­na­tio­na­les. C’est là un expé­dient qu’avaient trou­vé les Chinois pour entre­te­nir des rela­tions avec les pays avec lesquels ils n’en avaient pas offi­ciel­le­ment. Cette asso­cia­tion était donc vouée à s’occuper de gens comme nous, c’est-à-dire des héré­ti­ques en quel­que sorte. Dès le lende­main j’ai vu le Premier minis­tre, M. Chou En-lai et je lui ai montré la lettre du géné­ral de Gaul­le. Il m’a deman­dé d’ailleurs de pouvoir la garder pour l’étudier et je la lui ai confiée. Le soir même j’étais l’hôte de l’association, mais il était remar­qua­ble que le minis­tre des Affai­res étran­gè­res, M. Chen Yi, était rentré spécia­le­ment de provin­ce pour assis­ter à ce dîner.

Je suis resté deux semai­nes en Chine. C’était mon plan. Je ne voulais pas y rester davan­ta­ge, quoi qu’il arri­ve. Je m’étais dit que la mission réus­si­rait ou ne réus­si­rait pas mais que de toute façon il était inuti­le de s’attarder. Ces deux semai­nes ont été occu­pées par des conver­sa­tions poli­ti­ques, mais aussi par une visi­te de trois jours dans des sites variés, en Mongo­lie inté­rieu­re, etc. J’ai compris que les Chinois étaient assez contents de se débar­ras­ser de moi pendant trois jours pour pouvoir réflé­chir et discu­ter entre eux de ce que j’avais pu leur propo­ser. Et d’ailleurs, pendant cette esca­pa­de, j’étais accom­pa­gné d’un fonc­tion­nai­re du minis­tè­re des Affai­res étran­gè­res qui ne cessait de m’interroger sur tous les sujets et qui, chaque soir, faisait un rapport à Pékin.

A mon retour dans la capi­ta­le chinoi­se, nous avons enco­re eu trois jours de discus­sions. Cela signi­fie qu’en tout il y a peut-être eu six ou sept jours de travail effec­tif. Les réunions avec les Chinois durent plusieurs heures. Ils répè­tent longue­ment leur point de vue. Ils expri­ment toujours les choses en repre­nant les problè­mes à la base, en disant beau­coup de géné­ra­li­tés. Comme je connais­sais leur métho­de, j’en faisais autant. Quand ils parlaient pendant trois quart d’heure, je parlais pendant quarante-cinq minu­tes. Nous parlions abon­dam­ment du commu­nis­me, du capi­ta­lis­me, d’histoire contem­po­rai­ne, etc. Et entre-temps nous prépa­rions des papiers pour voir ce que nous pour­rions faire, concrè­te­ment. Natu­rel­le­ment, j’avais refu­sé des discus­sions détaillées sur Formo­se. J’avais adop­té le systè­me suivant : nous ne pouvions pas pren­dre d’engagement sur Formo­se, mais nous appli­que­rions le droit inter­na­tio­nal. Ce qui me donnait l’occasion de leur répon­dre que ce droit ne permet­tait pas de recon­naî­tre deux gouver­ne­ments, en même temps, comme ayant la souve­rai­ne­té au même endroit.

Donc, si nous recon­nais­sions la Chine, nous n’avions pas besoin de rompre avec Formo­se puis­que nous nous conten­te­rions alors de réta­blir notre ambas­sa­de là où elle était aupa­ra­vant. Et d’ailleurs nous n’avions à Formo­se qu’un char­gé d’affaires ad inter­im. Il me parais­sait certain que Formo­se romprait avec nous dès que nous aurions recon­nu Pékin. Et fina­le­ment nous nous sommes mis d’accord sur une formu­le assez curieu­se : nous nous enga­gions à rompre avec Formo­se… si Formo­se rompait avec nous. Je crois que je pouvais pren­dre cet enga­ge­ment sans incon­vé­nient.
Fina­le­ment, au terme de nos conver­sa­tions, on me prévint que j’aurais à me rendre au terme de la deuxiè­me semai­ne à Shan­ghai où je verrais le prési­dent Mao Tsé Toung et où MM. Chou En-lai et Cheng Yi me rejoin­draient. Ils vinrent, et en une soirée, nous mîmes sur pied un projet très complet. Le lende­main je rendis visi­te à Mao, mais il est évident que même si le prési­dent fut consul­té et donna son accord, tout fut réglé à l’échelon de M. Chou En-lai. Nous avons donc rédi­gé un docu­ment que je signais, mais ad refe­ren­dum, en préci­sant qu’il appar­te­nait en derniè­re analy­se au géné­ral de Gaul­le de le rendre offi­ciel. De l’autre côté, ce fut M. Chou En-lai qui signa.
J’ai alors quit­té la Chine mais ‚jusqu’ici, je n’avais rien pu faire tenir à Paris au géné­ral de Gaul­le. Natu­rel­le­ment, les jour­na­lis­tes – enfin, les rares jour­na­lis­tes qui se trou­vaient à Pékin - s’agitaient quel­que peu. Pour déjouer les curio­si­tés des gens qui m’attendaient à Hong-Kong, je suis reve­nu par Rangoon, en Birma­nie. Et c’est là que, moi-même, j’ai tapé mon rapport à la machi­ne. Ensui­te je suis parti pour New Delhi et j’ai confié le proto­co­le et le rapport à un secré­tai­re d’ambassade qui a pris l’avion pour Paris et qui les a trans­mis à l’Elysée. Pour moi, je suis resté enco­re une quin­zai­ne de jours en Inde, tran­quille­ment, et je m’y suis prome­né. Beau­coup de gens en ont conclu que déci­dé­ment il n’y avait rien d’important. Mais lors­que je suis arri­vé à Paris, le géné­ral de Gaul­le avait pu déjà étudier tout le dossier. Et le jour où il m’a reçu il m’a indi­qué qu’il avait l’intention de suivre mes conclu­sions, lesquel­les tendaient à la recon­nais­san­ce diplo­ma­ti­que des deux parties. Nous avions prévu, avec M. Chou En-lai, un proto­co­le pour cette recon­nais­san­ce, lequel a été légè­re­ment modi­fié par la suite par les Affai­res étran­gè­res qui en ont réglé l’exécution.

En réali­té, on peut savoir aujourd’hui que cette affai­re avait été extrê­me­ment déli­ca­te et complexe à trai­ter et que les Chinois eux-mêmes ne savaient pas du tout si, en défi­ni­ti­ve, nous pour­rions abou­tir à une recon­nais­san­ce. Nous avions même envi­sa­gé, eux et moi, deux solu­tions. La solu­tion maxi­ma­lis­te, qui était la recon­nais­san­ce pure et simple et une formu­le inter­mé­diai­re qui aurait consis­té à instal­ler des éche­lons cultu­rels et écono­mi­ques, avec quel­ques parti­cu­la­ri­tés comme l’utilisation du drapeau, du chif­fre, etc. Aujourd’hui que cette affai­re est termi­née, je peux vous révé­ler qu’après de longues hési­ta­tions j’ai rédi­gé mon rapport, à Rangoon, en ne faisant mention que de la premiè­re formu­le. Je crai­gnais que l’existence des deux possi­bi­li­tés fasse hési­ter le Géné­ral. Et je me suis dit : » On verra bien. Si par hasard la premiè­re solu­tion ne marche pas, je sorti­rais la deuxiè­me «. Mais cela n’a pas été néces­sai­re.
Ce n’est pas pour demain Lors­que le géné­ral de Gaul­le m’a reçu à l’Elysée pour conclu­re, il se fait qu’il venait d’apprendre l’assassinat du prési­dent Kenne­dy. Et cela a sans doute chan­gé quel­que chose car je crois que nous avions vague­ment dans l’idée que les Améri­cains pour­raient tirer parti, d’une façon ou d’une autre, de notre initia­ti­ve. Notam­ment pour ce qui est du Viet­nam. Je pense que cela aurait pu être le cas pour l’administration Kenne­dy.

En me quit­tant ce jour-là, le géné­ral de Gaul­le me dit qu’il comp­tait donner une suite posi­ti­ve à l’affaire si les conver­sa­tions qu’il devait avoir aux Etats-Unis – aux obsè­ques de Kenne­dy - ne le faisaient pas chan­ger d’avis. Et la suite posi­ti­ve était prévue pour janvier 1964.
Fina­le­ment, c’est bien ainsi que les choses se passè­rent. Je me souviens que les Améri­cains, à l’époque, étaient assez inquiets. Le Géné­ral leur avait commu­ni­qué que la recon­nais­san­ce de la Chine » ce n’était pas pour demain » mais ils se deman­daient s’ils devaient pren­dre le mot dans son sens litté­ral. Curieu­se­ment, c’était surtout dans les milieux » libé­raux » aux Etats-Unis que les inquié­tu­des étaient les plus vives. Certai­nes person­nes pensaient qu’un tel geste pour­rait favo­ri­ser, aux élec­tions prochai­nes, les candi­dats les plus réac­tion­nai­res à la prési­den­ce. En tout état de cause, on voit aujourd’hui combien le Géné­ral a été un précur­seur. Il a fallu atten­dre huit ans pour que le prési­dent des Etats-Unis fasse le même raison­ne­ment que lui. Mais je crois que, bien que le délai ait été assez long, notre initia­ti­ve de 1964 a été un début, un précé­dent dont l’existence a pu jouer par la suite.