Comment je suis arri­vé en Chine (2)

vivreMon hôtel est un petit immeuble réno­vé d’une rue du vieux Saigon les viet­na­miens ont le chic pour garder cepen­dant un aspect assez tradi­tion­nel lorsqu´ils rénovent, en parti­cu­lier les détails infimes de la toiture à la porte d´entrée, ainsi que l´intérieur des bâtisses. La vie y est agréable, et je passe la première semaine à décou­vrir la ville. De nombreux jeunes viet­na­miens parlent anglais ou fran­çais, ce qui aide bien. L’après-midi, la ville semble s’endormir avec la chaleur torride pour ne reprendre vie que vers 18 heures, l’heure à laquelle vient me cher­cher habi­tuel­le­ment Thao. Elle a une cinquan­taine d’années, est mariée et a deux filles, dont une vit en France avec son mari.

À ma demande, elle me donne tous les jours 1 heure de cours de Viet­na­mien, mais les progrès sont minces, les 5 tons me posant les mêmes soucis que ceux que j’avais rencon­trés à Taiwan. De plus, le fait que je puisse discu­ter dans ma langue natale ou en anglais n’est guère propice à une notable évolu­tion, l’être humain choi­sis­sant souvent la faci­li­té.

Lors de mes visites, j’ai fait la connais­sance d’un ancien direc­teur de banque ayant lais­sé tomber son travail en France pour ouvrir un restau­rant en plein centre-ville. Cet établis­se­ment est deve­nu au fil du temps le lieu de rencontre des familles adop­tantes qui viennent au Viet­nam pour termi­ner la longue procé­dure d’adoption, et repartent, si tout se passe bien, avec leur enfant.

Alors que je suis à la terrasse, arrive en moto un étran­ger âgé d’environ 65 ans. Son deux roues est char­gé de légumes, et il en laisse une partie à l’épouse de l’ex banquer, une viet­na­mienne qui me raconte son histoire :

C’est un fran­çais qui est venu la première fois il y a 3 ans à l’occasion d’un voyage orga­ni­sé que lui avait payé son fils. Son épouse venait de mourir d’un cancer, et ce petit paysan tout juste en retraite se retrou­vait seul dans sa ferme. À son retour en France, et alors qu’il n’avait jamais quit­té son pays d’origine, il a annon­cé à son fils qu’il vendait sa maison pour s’installer au Viet­nam. N’ayant pu le dissua­der, son fils l’a lais­sé partir assez inquiet, il est à présent rema­rié avec une femme d’ici et ils ont loué un bout de terrain où ils cultivent des légumes qu’ils vendent aux restau­rants, il est heureux.

Arrive un homme âgé d’une soixan­taine d’années en compa­gnie d’une Viet­na­mienne à qui l’on donne 16 ans. Le patron du restau­rant nous présente, et j’invite les deux personnes à boire l’apéritif. Visi­ble­ment, elles se connaissent bien, tant d’ailleurs que je ne peux m’empêcher de poser la ques­tion qui sera la première, mais pas dernière, bourde de mon séjour :

» C’est votre fille ? »

» Non, c’est ma femme, on est marié depuis deux ans »

En fait, la jeune fille a 22 ans, mais comme souvent pour les Asia­tiques, elle ne fait pas son âge, même si je la trouve très jeune en compa­rai­son de son mari. Je rencon­tre­rai par la suite plusieurs de ce genre de couples, nombre d’hommes d’un âge certain venant « ache­ter » celle qui sera censée les accom­pa­gner dans leurs vieux jours. Le restau­ra­teur m’a même expli­qué qu’il exis­tait des réseaux très bien orga­ni­sés, propo­sant « à la vente » un certain nombre de jeunes filles, un peu comme l’on achète un vête­ment sur cata­logue à La Redoute.

Thao me rejoint et m’explique que demain arrive un autre Fran­çais qui vient pour se fian­cer avec une fille qui habite dans le delta et que, si je suis d’accord, j’irai avec eux pour rendre visite à la famille et pour le repas de fian­çailles. Rien que ce nom de delta du Mékong me fait rêver, tant il me rappelle des histoires lues lors de mes lectures sur ce pays, et j’accepte l’invitation avec un plai­sir non dissi­mu­lé.

Le lende­main matin, nous récu­pé­rons Jean-Pierre à l’aéroport, et nous prenons le bus pour le delta, distant d’une centaine de kilo­mètres. C’est pour moi la première occa­sion de décou­vrir l’intérieur du pays, et j’ouvre des yeux d’enfants devant tant ces paysages superbes, que par la vision de ces jeunes filles se rendant à l’école, vêtues d’un habit blanc et du célèbre chapeau poin­tu. La route est parse­mée d’épaves d’avions ou de blin­dés améri­cains, mis en avant tels des trophées, créant ainsi un fort contraste entre une popu­la­tion souriante et ce paysage guer­rier.

Nous arri­vons dans un petit village, terme du trajet en bus, le reste devant se faire à bord d’un petit bateau qui dessert les dizaines de maisons longeant ce bras du fleuve. Là égale­ment, les paysages sont superbes avec des bana­niers à perte de vue et cette jungle de plantes et de fleurs entre­te­nues par le climat chaud et humide. Après une heure de navi­ga­tion au milieu de ce décor digne d’un film, nous arri­vons à la maison de la future épouse de mon congé­nère fran­çais. Toute la famille est là pour nous accueillir, plus un certain nombre de voisins et amis, parmi lesquels beau­coup de jeunes filles. En parcou­rant la centaine de mètres qui nous séparent de la maison, Thao adresse quelques mots aux jeunes filles qui aussi­tôt s’empressent de prendre ma valise en tentant de pronon­cer quelques mots dans un anglais plus qu’hésitant. Ce regain d’intérêt pour moi me pousse à deman­der à Thao ce qu’elle leur a dit :

« Que tu étais céli­ba­taire »

Un peu plus tard, et quelque peu agacé par ce débor­de­ment soudain d’attentions, j’expliquerai à Thao que je ne suis pas venu pour trou­ver une femme, mais pour vivre dans ce pays, ce à quoi elle répon­dra :

« Sans doute parce que tu n’as pas encore vu ce que tu peux trou­ver »

La belle famille de Jean Pierre est adorable, comme d’ailleurs la majo­ri­té des personnes rési­dant dans ce lieu que je trouve magique. Pour­tant, en me prome­nant autour de la proprié­té, je m’aperçois que de nombreuses habi­ta­tions sont le signe d’une grande pauvre­té, et les femmes travaillant dure­ment dans les champs me ramènent à une réali­té quelques temps oubliée.

Dans la soirée a lieu le repas de fian­çailles, les hommes étant à des tables diffé­rentes de celles des femmes, ce qui me surprend quelque peu. L’alcool de riz coule à flot, ce qui me vaudra de me réveiller le lende­main matin avec un caillou dans la tête, ce qui ne rendra guère agréable le trajet retour, ayant l’impression à chaque cahot de la route de prendre un coup de marteau.

Arri­vé au termi­nus de Saigon, une jeune fille nous se dirige vers nous. Thao fait les présen­ta­tions, il s’agit de sa seconde fille âgée de 20 ans. Elle est d’une rare beau­té, et visi­ble­ment le sait, parle un fran­çais très correct que lui a appris sa mère. Jean-Pierre étant très fati­gué de la soirée arro­sée d’hier, nous le lais­sons à son hôtel, et je vais déjeu­ner en compa­gnie de Thao et de sa fille.

C’est à partir de cet instant que les ennuis vont commen­cer …

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