Comment je suis arri­vé en Chine (I)

refletsdechineLa grande majo­ri­té des immi­grés d’origine fran­çaise en Chine est arri­vée dans ce pays en passant par ce que l’on pour­rait appe­ler la grande porte, c’est-à-dire un des nombreux aéro­ports situés sur le terri­toire. Pour ma part, et ne pouvant depuis fort long­temps faire les choses comme tout le monde, je suis arri­vé par le train. De plus, je pense que là encore, la plupart des expa­triés savaient où ils allaient et la durée au moins approxi­ma­tive de leur séjour, ce qui n’est pas non plus mon cas. La période esti­vale étant propice à un peu de détente, je vais donc vous racon­ter comment je suis arri­vé en Chine.

Depuis mon plus jeune âge, je ne cessais de dire à mes parents qu’une fois grand, je parti­rais au Viet­nam. Drôle d’idée me direz-vous quand d’autres rêvent de partir aux « Amériques, mais cela s’explique sans doute par le fait que mon arrière grand-mère était origi­naire de ce pays, et qu’un gène a du se retrans­mettre « à l’insu de mon plein gré ». Mon arrière grand-mère n’était abso­lu­ment pas une immi­grée en France, mais les Fran­çais ayant passé quelques années dans ce pays afin de « civi­li­ser » ce peuple, on y envoyait de jeunes hommes y faire leur service mili­taire qui était à l’époque de 5 ans. Il aurait dû logi­que­ment effec­tuer celui-ci en France, mais ses parents étant de très pauvres paysans, il échan­gea son affec­ta­tion dans l’hexagone contre une en Indo­chine, ce que permet­tait la loi, et qui condui­sait les plus fortu­nés à demeu­rer sur le conti­nent, ceux-ci dédom­ma­geant les personnes prenant leurs places.

Il y passa donc ses 5 ans avant de reve­nir sur le conti­nent où il reprit le travail à la ferme. Quelques mois plus tard, une alter­ca­tion avec son père fit qu’il déci­da de quit­ter la maison, et il trou­va un emploi dans une socié­té exploi­tant des domaines fores­tiers au Tonkin (nord u Viet­nam actuel). Il s’y maria, y vécut heureux, et eut deux enfants qui rentrèrent par la suite en France, et dont un était mon grand-père.

Voilà donc comment, après 45 ans de vie passée dans l’hexagone, et quelque peu las de la vie fran­çaise, j’ai déci­dé de partir vers ce pays que je ne connais­sais qu’au travers de quelques films ou livres, mais pour qui j’avais une grande atti­rance. Mon objec­tif en partant était de ne pas reve­nir, mais sans trop savoir ni ce que j’allais trou­ver ou faire dans ce pays qui avait peuplé pas mal de mes rêves, surtout que je reve­nais d’un exil Taïwa­nais plutôt manqué.

Partir ainsi à l’aventure à un âge rela­ti­ve­ment avan­cé n’est pas très aisé, aussi en plus de mon visa de 3 mois, j’avais trou­vé sur inter­net une corres­pon­dante viet­na­mienne prête à me guider. Dési­rant a prio­ri demeu­rer dans ce pays, j’avais deman­dé à Thao, mon contact sur place, de me trou­ver une loca­tion, ne dési­rant pas séjour­ner dans un hôtel anonyme.

C’est donc l’esprit rela­ti­ve­ment tran­quille que mon avion quitte le froid fran­çais de ce mois de mars, pour atter­rir quelques heures plus tard dans la chaleur de Saigon. Une fois passés les divers contrôles, je me retrouve devant une grande place où je suis assailli par une dizaine de très jeunes mendiants. N’ayant pas encore échan­gé d’argent, je ne peux rien leur donner, quoique des euros les auraient sans doute satis­faits. Ayant quelques diffi­cul­tés à m’extirper de ce premier contact avec le Viet­nam, je me réjouis lorsque j’entends une voix fémi­nine pronon­cer mon prénom. N’étant pas encore célèbre dans ce pays, il ne peut donc s’agir que de Thao, ce qui a pour moi un effet récon­for­tant et rassu­rant.

Visi­ble­ment gênée par présence de ces enfants, elle m’explique qu’ils sont envoyés par leurs parents pour tenter de récu­pé­rer un peu d’argent auprès des visi­teurs étran­gers, mais qu’ils sont loin de repré­sen­ter la réali­té de la popu­la­tion, ce à quoi d’ailleurs je n’avais nulle­ment pensé. Elle m’explique ensuite que je devrais passer ma première nuit à l’hôtel, car il faut remplir pas mal de docu­ments pour la loca­tion, et de plus décla­rer ma présence au commis­saire de quar­tier. Le lende­main, la première chose que je fais est d’aller échan­ger un peu d’argent, et je me retrouve avec des centaines de milliers de Dongs, la monnaie locale, mais pas plus riche pour autant, un simple paquet de ciga­rettes en valant plus de 15 000. Thao m’ayant rejoint, nous allons d’abord visi­ter le loge­ment, qui s’avère être une luxueuse villa entiè­re­ment meublée.

Ravi à l’idée de séjour­ner dans ce lieu de rêve, nous nous rendons ensuite au domi­cile du proprié­taire, un homme d’une tren­taine d’années très sympa­thique. Il m’explique toute­fois qu’il ne peut me louer cette maison que pour 3 mois, devant la récu­pé­rer ensuite pour son usage person­nel, mais me précise qu’il se charge de m’en trou­ver une autre avant la date limite. Je verse donc la caution deman­dée, plus un mois de loyer d’avance, soit 350 dollars U.S. Ce sont ensuite les démarches dans diffé­rents bureaux, plus ou moins éloi­gnés les uns des autres qui vont me prendre la jour­née, lais­sant à chaque fois quelques milliers de Dongs, sans trop savoir exac­te­ment pour­quoi.

Si la première nuit dans ma luxueuse demeure va se passer norma­le­ment, la seconde sera nette­ment plus étrange, étant réveillé à 3 heures du matin par un bruit de porte et de voix prove­nant de l’entrée. Ma surprise est en effet grande de voir un homme et une femme tirant chacun une énorme valise à roulettes et ayant péné­tré dans la maison. Visi­ble­ment, ils sont tout aussi surpris de me voir, ce qui a pour effet d’instaurer une minute de silence propice à la réflexion. Ne parlant pas le viet­na­mien, et eux pas l’anglais, il est diffi­cile de commu­ni­quer, mais ils ne semblent toute­fois ni gêné de péné­trer chez moi, pas plus d’ailleurs qu’effrayés par ma présence. Je passe un coup de télé­phone à Thao, qui arrive quelques minutes plus tard, ce qui permet à la femme de commen­cer à ranger les affaires se trou­vant dans sa valise, ce qui n’est pas sans me surprendre, mais l’impossibilité de dialo­guer me pousse à lais­ser faire, persua­dé que mon guide arran­ge­ra cette affaire visi­ble­ment tordue.

Thao arrive et discute pendant un bon quart d’heure avec les deux personnes, étant de mon côté rassu­ré par le ton calme de l’entretien. Âgé d’une cinquan­taine d’années, le couple a en effet une éduca­tion certaine, et ce ne sont pas des voyous venus « casser » la maison. Pendant que l’épouse s’absente pour aller prépa­rer du café, Thao m’explique la situa­tion, pour le moins cocasse :

Les deux personnes sont en fait les véri­tables proprié­taires de la maison, et la personne à qui j’ai eu à faire est leur fils. Ils étaient partis pour 4 mois aux états unis où réside leur fille, mais une sœur du mari étant subi­te­ment décé­dée, ils sont rentrés à la hâte et n’ont pas pensé à préve­nir leur fils. Celui-ci, sûr que ces parents ne revien­draient pas avant plusieurs mois m’avait donc loué la maison, pensant ainsi se faire un peu d’argent. Je me retrou­vais donc « à la rue » en ayant perdu la moitié de la caution, le faux proprié­taire ayant déjà dila­pi­dé une bonne partie de la somme à des jeux clan­des­tins. En tant qu’étranger, je ne dési­rais pas mêler la police à cette histoire, et je fis donc une croix sur mon éphé­mère villa pour me rabattre sur un hôtel plus modeste. N’ayant en effet pas voulu dépo­ser une plainte, il m’était impos­sible de louer une autre maison, la loi Viet­na­mienne inter­di­sant à un étran­ger de signer plus d’un contrat de loca­tion, le premier restant donc de fait en vigueur.

C’était donc là ma première expé­rience étrange dans ce pays, mais qui allait me réser­ver encore bien des surprises, comme vous pour­rez le lire par la suite.

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