Comment gagner beau­coup d’argent en Chine ?

economieCette ques­tion taraude l’esprit de centaines de millions de Chinois depuis le chan­ge­ment de cap écono­mique des années 80. En s’ouvrant d’un coup, les portes du capi­tal ont mis sous le nez de la popu­la­tion des milliers de jouets, dont certains finan­ciè­re­ment inac­ces­sibles. Héri­té de l’époque collec­ti­viste, le senti­ment que chaque indi­vi­du a droit à sa part du gâteau donne lieu à de fréquents déra­pages ampli­fiés par le rapport presque amou­reux qu’entretiennent les Chinois avec l’argent.

En Chine comme dans la plupart des autres pays, les reve­nus du travail sont trop faibles pour espé­rer gravir rapi­de­ment quelques barreaux de l’échelle sociale et imposent logi­que­ment d’exploiter d’autres sources. Dans bien des cas, il ne s’agit pas de deve­nir riche, mais de dispo­ser des fonds néces­saires pour mieux vivre ou simple­ment faire face à un besoin urgent dicté par une situa­tion excep­tion­nelle. C’est sur cette base de raison­ne­ment que se déve­loppent des centaines de trafics couvrant la majo­ri­té des acti­vi­tés écono­miques.

Le réseau bancaire offi­ciel étant en Chine ce qu’il est ailleurs, c’est-à-dire peu dispo­sé à s’engager sans solides garan­ties, s’est mis en place un système paral­lèle « offi­ciel­le­ment offi­cieux », mais connu de tous. Hospi­ta­li­sa­tion, reprise d’un fonds de commerce, frais occa­sion­nés par un mariage et scola­ri­sa­tion sont les domaines couverts par ces offi­cines. Pour un Chinois qui a besoin d’argent rapi­de­ment : les solu­tions passent le plus souvent par ces prêts à plus ou moins court terme, mais toujours asso­ciés à un taux d’intérêt élevé.

Encou­ra­gée par les failles d’un système peu adap­té à la forme actuelle d’économie, l’économie grise remplace en Chine le travail au noir en se révé­lant bien plus rému­né­ra­trice. Les reve­nus tirés de cette acti­vi­té étant propor­tion­nels aux dispo­ni­bi­li­tés, il s’agit dès lors de moné­ti­ser tout ce qui peut l’être afin de faire fruc­ti­fier le capi­tal de base. Le calcul se résume à : je prête 50 000 yuans, ce qui m’en rappor­te­ra 10 000. Si je dispose de 500 000 yuans, ce sont alors 100 000 yuans supplé­men­taires qui permet­tront d’accorder des prêts plus impor­tants ou en plus grand nombre. Une fois amor­cé, le système s’autoalimente malgré quelques dépenses supplé­men­taires impo­sées par la rétri­bu­tion d’ « envoyés spéciaux » requis pour faire entendre raison à un mauvais payeur.

Pour entrer dans ce système, encore faut-il dispo­ser d’un capi­tal de départ. En dehors des trafics et de la contre­fa­çon qui demeurent deux grands clas­siques, la flam­bée des prix de l’immobilier fait briller les yeux de ceux voyant là de quoi se « lancer dans les affaires ». Récu­pé­rer le titre de proprié­té de l’immeuble appar­te­nant à ses parents permet de démar­rer sa « petite entre­prise » après avoir réso­lu les conflits avec les éven­tuels colla­té­raux. Une autre oppor­tu­ni­té se présen­te­ra d’ici deux à trois ans avec la revente massive d’appartements initia­le­ment subven­tion­nés par l’État. Passé le délai impo­sé de 5 ans, nombreux devraient être les Chinois qui engran­ge­ront une inté­res­sante plus-value en reven­dant un appar­te­ment acquis à un prix abor­dable, déno­mi­na­tion offi­cielle en Chine des loge­ments sociaux.

Bien que malsain sous plusieurs aspects, ce mode de fonc­tion­ne­ment permet à de très nombreux Chinois de s’enrichir tout en permet­tant aux emprun­teurs de faire face à certains besoins urgents ou de réali­ser quelques rêves. Ces deux éléments entrant dans le cadre de la poli­tique écono­mique chinoise, les auto­ri­tés se montrent peu regar­dantes sur ces pratiques tant qu’elles n’atteignent pas des niveaux dange­reux et ne troublent pas l’ordre public. Tous les Chinois ne pouvant pas être de hauts fonc­tion­naires jouis­sant de nombreux avan­tages, cette forme parti­cu­lière d’économie auto­rise un plus grand nombre de Chinois à entrer dans le monde du capi­tal, même si les lieux ressemblent le plus souvent à la Cour des Miracles.