Comment faire du neuf avec du vieux ou le contraire

adminPour une bonne partie, la folie immo­bi­lière a été alimen­tée par la vente de terrains agri­coles de la part des gouver­ne­ments locaux. Vendus à prix d’or, ces « bijoux de famille » héri­tés de l’ère collec­ti­viste ont permis à la Chine de se moder­ni­ser tout en venant enri­chir à titre person­nel de nombreux respon­sables locaux. Au fil des années, la loi est venue enca­drer ces ventes souvent causes d’affrontements entre les auto­ri­tés locales et les anciens loca­taires dont une majo­ri­té d’agriculteurs. Parmi les dernières barrières érigées par le pouvoir natio­nal figure celle impo­sant l’utilité publique d’une partie des nouvelles construc­tions. Bien que la part ainsi réser­vée n’ait jamais été clai­re­ment défi­nie, cette direc­tive a été large­ment contour­née avec des achats de terrains de la part des collec­ti­vi­tés, mais rapi­de­ment rétro­cé­dés à des promo­teurs immo­bi­liers en échange d’une inté­res­sante plus-value.

L’argent coulant à flot conti­nue, dépen­ser quelques milliards à de réelles réali­sa­tions d’utilité publique ne posait aucun problème, ce d’autant plus que ces dépenses offi­cielles couvraient une bonne partie « du reste ». Si aires de jeux et salles des fêtes se sont multi­pliées pour le bonheur appa­rent de tous, les admi­nis­tra­tions ont large­ment profi­té de cette manne finan­cière. Répar­tie sur l’ensemble des admi­nis­tra­tions, elle a permis la construc­tion de superbes instal­la­tions dont une part large­ment au-dessus des moyens réels des districts d’où l’important endettement.

Entre la fin de la procé­dure d’expropriation et celle de la construc­tion, ce sont géné­ra­le­ment deux années qui se sont écou­lées. Aujourd’hui, la plupart de ces « châteaux » sont termi­nés et n’attendent plus que leurs occu­pants. Ne pouvant lais­ser plus long­temps ces espaces vides sans risquer de susci­ter quelques inter­ro­ga­tions de la part de la popu­la­tion, c’est parfois à contre­cœur que les démé­na­ge­ments s’effectuent malgré les superbes façades, signes de condi­tions de travail nette­ment plus confortables.

Pour­quoi ? Parce que l’époque du « dépen­ser sans comp­ter » est à ranger sur le rayon du passé. Depuis la mise en place de la nouvelle équipe diri­geante, les dépenses des collec­ti­vi­tés et admi­nis­tra­tions sont bien mieux enca­drées, ce qui n’est pas très diffi­cile vu le laxisme d’autrefois. Ayant pensé durant le temps de la construc­tion que son nouveau bureau allait être meublé de ce qui se fait de mieux, c’est dans bien des cas devant l’ancien mobi­lier que le rêveur se réveille. Idem pour le maté­riel infor­ma­tique dont la rela­tive vétus­té contraste dans ce nouvel envi­ron­ne­ment réso­lu­ment moderne et souvent luxueux. Même les fonc­tion­naires semblent déca­lés dans l’ambiance futu­riste de lieux où l’on s’attend davan­tage à trou­ver des robots que des êtres humains certes tout aussi program­més, mais faits de chair et d’os.

Un aspect long­temps négli­gé est l’occupation des anciens locaux. Diffi­ci­le­ment vendables en raison des restric­tions impo­sées à l’échelon natio­nal et à une demande nette­ment en baisse, les admi­nis­tra­tions se voient dans l’obligation de répar­tir les effec­tifs entre anciens et nouveaux locaux. Le résul­tat dans les deux cas est une impres­sion de vide, le nombre de fonc­tion­naires ne parve­nant pas à meubler des espaces trop grands.

Une autre consé­quence de ces « délo­ca­li­sa­tions » est le mécon­ten­te­ment de nombreux habi­tants à présent obli­gés de faire plusieurs kilo­mètres pour obte­nir un docu­ment admi­nis­tra­tif ou payer ses taxes. Construits dans des zones éloi­gnées des centres-ville, ces immeubles sont certes impo­sants, mais pâtissent de leur rela­tif isole­ment en les faisant ressem­bler à des châteaux forts administratifs.

Les seuls réels gagnants de ce qui était présen­té comme une évolu­tion sont ceux ayant béné­fi­cié des largesses des promo­teurs et qui sont passés au travers des mailles du filet. Pour les fonc­tion­naires des niveaux infé­rieurs, le moral est en berne en devant travailler dans une superbe coque, mais sans âme. La seule conso­la­tion est l’horloge fixée au mur qui ne demande aucune adap­ta­tion puisqu’est celle qui égre­nait les heures dans les anciens locaux.