Coef­fi­cient de Gini en hausse : La Chine veut répar­tir le gris

Pour ceux qui ne le sauraient pas le coef­fi­cient de Gini n’a rien à avoir avec la bois­son, mais est une mesure statis­tique des inéga­li­tés de reve­nus variant entre 0 et 1. 0 étant une égali­té parfaite, aucun pays n’atteint ce sommet, ce qui reste malgré tout logique malgré la volon­té de certains gouver­ne­ments à opérer un nivel­le­ment par le bas. Concer­nant la valeur de 1, pas une seule nation n’hérite de cette mauvaise note maxi­male, la fluc­tua­tion se situant entre un peu plus de 0,2 pour les meilleurs et 0,6 pour les pays les plus inéga­li­taires en termes de répar­ti­tion des reve­nus.

Concer­nant la Chine, le résul­tat donné récem­ment explique pour une part que durant plusieurs années aucune infor­ma­tion concer­nant cette mesure n’a été four­nie. Il y a quelques jours l’Institut Inter­na­tio­nal du déve­lop­pe­ment urbain a en effet publié une enquête réali­sée conjoin­te­ment avec le Centre de docu­men­ta­tion des sciences sociales qui attri­bue un coef­fi­cient de Gini de 0,44 pour 2010, soit une hausse de 0,1 % par an depuis 1990. Ne concer­nant déjà que le milieu urbain, ce résul­tat peu glorieux a été immé­dia­te­ment contes­té par plusieurs écono­mistes chinois avan­çant un chiffre de plus 0,5 qui ne fait qu’enfoncer un clou déjà bien doulou­reux. Si ce calcul ne s’applique qu’aux seuls rési­dents urbains, la situa­tion dans les zones rurales ne peut être que pire, celles-ci étant tradi­tion­nel­le­ment le siège d’inégalités encore plus marquées.

Mise en cause pour une fois de manière claire, l’économie paral­lèle, égale­ment nommée « gris » est présen­tée comme une raison majeure de ces inéga­li­tés gran­dis­santes. Des acti­vi­tés commer­ciales ou indus­trielles aux réseaux de rela­tions payantes, les reve­nus tirés de ces acti­vi­tés échappent par nature aux taxes et impôts en ne profi­tant qu’aux seuls très nombreux parti­ci­pants à cette écono­mie paral­lèle. Repré­sen­tant une part loin d’être négli­geable du PIB réel de la Chine, ses reve­nus en étant occultes se concentrent entre les mains des initiés, qui s’ils font fonc­tion­ner en partie la machine commer­ciale n’apportent rien à la collec­ti­vi­té.

Quiconque regar­dant un peu de près le fonc­tion­ne­ment de ce pays est un jour appe­lé à se deman­der comment font certains Chinois pour être proprié­taires de plusieurs appar­te­ments luxueu­se­ment meublés et d’onéreux véhi­cules auto­mo­biles alors que leurs reve­nus décla­rés ne peuvent offrir qu’une vie bien moins confor­table. Englo­bant des indus­triels, des commer­çants, de purs trafi­quants, mais aussi des fonc­tion­naires et des respon­sables poli­tiques locaux, une lutte contre cette forme de délin­quance devient dès lors déli­cate, ce pour peu qu’existe une réelle volon­té de se battre contre ce fléau. Bien que fonc­tion­nant en circuit fermé, cette écono­mie paral­lèle se déve­loppe depuis plusieurs années en étant une des causes du déséqui­libre consta­té.

Dans de nombreux pays, une telle situa­tion aurait impo­sé de nommer une armée de contrô­leurs du fisc ainsi que la mise en place d’une poli­tique répres­sive visant à réduire au mini­mum les effets néfastes de ce que nous appe­lons chez nous fraude. En Chine cette démarche semblant logique ailleurs n’est même pas évoquée, il est vrai du fait que les éven­tuels véri­fi­ca­teurs se retrouvent rapi­de­ment de l’autre côté de la barrière. Comment dès lors mieux répar­tir ce « gris » ayant pour le coup reçu une forme de recon­nais­sance ? Quelques pistes sont évoquées telles qu’une réforme de la loi sur la respon­sa­bi­li­té finan­cière au sein de la famille et d’une baisse des taux d’imposition. Comp­tant sur une prise de conscience de la part des frau­deurs qui éprou­ve­raient subi­te­ment le besoin de sortir certains de leurs congé­nères de la situa­tion déli­cate où ils se trouvent, être moins impo­sés les pous­se­rait à se montrer plus honnêtes sur leurs décla­ra­tions. Concer­nant la réforme de la respon­sa­bi­li­té des familles, le but est de réduire les cas de trans­ferts douteux de biens immo­bi­liers à une épouse ou un vague cousin, ce qui laisse entre­voir quelques moments diffi­ciles le jour où le réel proprié­taire va vouloir user de son bien.

En fait c’est devant une impasse que se trouvent les auto­ri­tés chinoises qui ne peuvent que confir­mer l’existence de cette écono­mie « grise » sans pour autant se donner les moyens de lutter contre. Parce qu’elle est signe de richesse pour une part réin­ves­tie et source de centaines de milliers d’emplois, le choix semble se limi­ter à une recon­nais­sance des choses malgré le fait qu’un coef­fi­cient de Gini proche de 0,5 soit le signe annon­cia­teur de possibles conflits sociaux.