CMS chinois : une vision du web très localisée

Un site web a long­temps été compo­sé de pages statiques réali­sées à la main, d’abord grâce à un simple éditeur de texte et ensuite avec des logi­ciels dédiés tels que Dream­wea­ver et autres. Si le code HTML est toujours bien présent, il est aujourd’hui le plus souvent géné­ré par des scripts en PHP avec des données stockées dans une base SQL. Le conte­nu devient dès lors dyna­mique, ce qui apporte une grande souplesse dans sa gestion. Au fil du temps, les scripts PHP ont évolué pour donner nais­sance au CMS, Content Mana­ge­ment System. Qu’il s’agisse d’un blog, d’une boutique en ligne ou d’un site d’entreprise, le conte­nu est géré de manière assez proche en fonc­tion­nant sur un prin­cipe identique.

Les Chinois ont suivi cette évolu­tion en adap­tant ou en créant leurs propres CMS. Pour eux, le problème majeur se situe au niveau de l’encodage des carac­tères auquel s’ajoute une mise en page souvent spéci­fique des données affi­chées. Si l’encodage UTF-8 s’est géné­ra­li­sé en Chine comme ailleurs dans le monde, certains sites utilisent des tables diffé­rentes comme le GBK ou des variantes de l’UTF-8 conte­nant les carac­tères chinois simpli­fiés ou tradi­tion­nels. Concer­nant l’affichage d’une page, celle accueillant le visi­teur est souvent compo­sée de centaines de liens, ce qui est bien plus rare sur un site occi­den­tal. Une autre diffé­rence est la quan­ti­té d’annonces publi­ci­taires, ce qui impose de mettre à dispo­si­tion de nombreux espaces dédiés.

La vision du web étant sensi­ble­ment diffé­rente entre un visi­teur chinois et occi­den­tal, s’est déve­lop­pée une multi­tude de CMS que l’on peut dès lors nommer Chinese Mana­ge­ment System. Si leur concep­tion reste fonda­men­ta­le­ment la même, leur gestion et les données affi­chées n’ont qu’un loin­tain rapport avec ceux utili­sés dans les pays occidentaux.

Trois de ces CMS dominent le marché au sein d’une guerre n’ayant rien à envier aux luttes intes­tines que nous connais­sons avec des affron­te­ments fréquents entre adeptes de l’une ou l’autre solu­tion. Si les CMS chinois sont géné­ra­le­ment en Open Source, chaque éditeur propose une version commer­ciale de son produit, ce qui ne fait qu’amplifier la lutte d’influence.

DEDECMS est l’équivalent de Word­Press en matière de popu­la­ri­té. Facile à instal­ler et à maîtri­ser, il est de plus extrê­me­ment rapide grâce à un système de cache interne opti­mi­sé. Ce CMS peut prati­que­ment tout gérer du simple blog à la boutique e-commerce. Bien que nette­ment moins nombreux que pour Word­Press, DEDECMS est bien four­ni en exten­sions et en thèmes graphiques. Ceux qui espèrent adap­ter ce CMS très puis­sant à leur langue mater­nelle devront fouiller dans le code, la plupart des messages étant « codés en dur » dans chacun des scripts compo­sant l’ensemble.

PHPCMS est plus acces­sible pour un non-Chinois en dispo­sant d’une inter­face pouvant bascu­ler sur l’anglais. Ne pas se réjouir trop tôt, car là encore tout se passe dans une cinquan­taine de pages dédiées. D’origine alle­mande, le succès de ce CMS vient juste­ment de ce « double langage » qui convient très bien pour un site d’entreprise tour­née vers l’export. Si son utili­sa­tion et ses perfor­mances sont proches de DEDECMS, il appa­raît assez figé avec peu de possi­bi­li­tés d’extension et un thème graphique à modi­fier « à la main ».

PHP168 est le CMS des admi­nis­tra­tions et des insti­tu­tions publiques. Inutile de préci­ser que cette spécia­li­sa­tion est un gage de réus­site dans un pays où les admi­nis­tra­tions sont nombreuses. C’est égale­ment ce qui explique que tous les sites admi­nis­tra­tifs chinois se ressemblent. Simple à mettre en œuvre, ce CMS est toute­fois très puis­sant avec des fonc­tions permet­tant d’intégrer aisé­ment un forum et des vidéos. Le choix de PHP168 est égale­ment dicté par des raisons de sécu­ri­té. Ces deux prin­ci­paux concur­rents sont en effet régu­liè­re­ment hackés, ce qui convient mal à un système héber­geant des données sensibles. Comme DEDECMS, le Chinois est la langue d’origine, ce qui rend ce CMS diffi­cile à trans­por­ter hors des frontières.

Tous les CMS Chinois proposent une inté­gra­tion payante ou gratuite dans les prin­ci­paux réseaux sociaux et les systèmes de commen­taires tels que Discuz et autres. S’ajoute des exten­sions trans­for­mant le CMS en e-boutique ou compa­ra­teur de prix, le commerce étant en Chine un pilier impor­tant du web. Ce sont au total une cinquan­taine de CMS qui sont mis à dispo­si­tion, certains n’étant que des adap­ta­tions plus ou moins fidèles et légales des grands noms. Ce qu’il ressort de ce survol est que comme dans d’autres domaines, les CMS visent la clien­tèle chinoise et elle seule tant du fait des besoins internes que d’une approche du conte­nu sensi­ble­ment différente.