Chômeur ou non, quelle différence ?

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pauvretéAprès plusieurs années d’annonces mettant en avant un taux de chômage de 4 %, c’est un chiffre bien plus réaliste qui est depuis peu à l’affiche avec 22 % de la popu­la­tion active sans emploi offi­ciel. Ce dernier mot a une grande impor­tance du fait que le calcul est réali­sé en prenant l’ensemble de la popu­la­tion en âge de travailler et en sous­trayant ceux ayant un travail déclaré.

Si la hausse de 18 % semble colos­sale, elle s’explique par le fait que de nombreux ruraux venus souvent par force en ville n’y trouvent que diffi­ci­le­ment un emploi, ce en raison de leur manque de quali­fi­ca­tion. Cette déci­sion prise de réduire le nombre de paysans afin que ceux restants puissent voir leur niveau de vie évoluer montre des limites en ne faisant que trans­por­ter les problèmes des zones rurales aux agglo­mé­ra­tions. Les départs « volon­taires » étant le fait de tran­sac­tions entre respon­sables locaux et paysans, une bonne partie des avan­tages liés à cet éloi­gne­ment dispa­raissent en échange d’une somme d’argent plus consé­quente, mais mettant fin à un espoir de forma­tion profes­sion­nelle et donc d’emploi. En fin de compte, ce sont les respon­sables locaux qui sont les vrais gagnants puisque se débar­rassent d’une popu­la­tion souvent « nerveuse » tout en engran­geant une partie des sommes allouées par l’état qui est ensuite répar­ti entre budgets publics et dépenses bien plus personnelles.

Un autre aspect néfaste est la nette hausse de la petite délin­quance et des trafics en tous genres. Les enfants de ces familles paysannes étant socia­le­ment exclues d’une ville dont ils ne connaissent souvent rien, se regroupent par inté­rêt au sein de bandes plus ou moins struc­tu­rées. Si les vols se multi­plient, ces jeunes désœu­vrés sont égale­ment une aubaine pour les mafias locales qui trouvent là une main-d’œuvre à bon marché, prête à tout pour gagner un peu d’argent. Si ces déra­ci­nés font partie des 22 % de chômeurs, ils ne cherchent pas pour la plupart un travail rému­né­ré 800 yuans par mois, le vol de 3 télé­phones ou la vente de quelques grammes de drogue rappor­tant bien plus.

Il en est de même pour ces milliers de commer­çants de rue qui bien qu’officiellement sans emploi puisqu’inscrits à aucun registre, parviennent toute­fois à survivre en atten­dant un mieux qui n’est pas prêt de seule­ment poin­ter à l’horizon. C’est d’ailleurs cette situa­tion des plus floue qui explique un laxisme certain des auto­ri­tés et donne ensuite lieu à la multi­pli­ca­tion de problèmes dans le domaine de l’alimentaire et de la contre­fa­çon artisanale.

La Chine est un pays trop peuplé en rapport de ce qu’il peut offrir en termes de travail. Si durant un temps les jeunes diplô­més ont été rela­ti­ve­ment épar­gnés par le chômage, la concur­rence et aujourd’hui telle que bien des employeurs n’ont que l’embarras du choix et préfèrent souvent les employés les plus soumis à ceux pouvant appor­ter une plus-value réelle à leur entre­prise. Payés au mini­mum légal, ces jeunes sortis des univer­si­tés régio­nales ne travaillent la plupart du temps que quelques mois dans une socié­té avant de tenter leur chance un peu plus loin dans l’espoir d’un salaire meilleur. Redé­mar­rant au bas de l’échelle sala­riale, ce ballet se pour­suit durant des années avant de trou­ver la compa­gnie qui les rému­né­re­ra en fonc­tion de leurs capa­ci­tés et de l’expérience emma­ga­si­née lors de leurs diffé­rents passages dans autant d’entreprises. S’il ne s’agit pas là de chômeurs, leur salaire est rare­ment suffi­sant pour simple­ment payer les charges fixes et le mini­mum vital d’une vie dans une ville qui a été en prio­ri­té conçue pour atti­rer la richesse de ceux déjà bien servis souvent de nais­sance. Ce sont alors les parents, qui après s’être privés pour que leur enfant pour­suive des études, leur viennent en aide finan­ciè­re­ment malgré des moyens limi­tés. Parta­geant ainsi une pauvre­té même rela­tive, le seul aspect posi­tif est de resser­rer davan­tage les liens fami­liaux qui unissent les deux générations.

C’est ainsi que ce qui était autre­fois un village devient une ville qui si elle présente un aspect agréable aux visi­teurs l’est nette­ment moins pour une majo­ri­té de personnes y vivant. Des ruraux ayant bien du mal à trou­ver leur place, ce d’autant plus que de nombreux compor­te­ments leur rappellent leurs origines paysannes, des jeunes diplô­més à la recherche d’un avenir meilleur au travers d’un emploi mieux rému­né­ré, le tout recou­vert d’une couche de « nouvelle classe moyenne » servant de paravent, tel est le visage de ces agglo­mé­ra­tions ayant à l’image du pays gran­dies trop vite. Le chômage n’y est en fait qu’un élément parmi d’autres, le réel problème étant de donner une place à chacun, ce qui ne semble pas dans les préoc­cu­pa­tions premières d’un système préfé­rant briller plutôt que de s’attarder sur le sort des habitants.