En Chine, le TGV se localise

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Une des raisons de la fusion Alstom-Siemens est d’opposer un concur­rent de taille à l’expansion de l’industrie chinoise du rail à l’international. L’idéal aurait été que les Euro­péens s’attaquent au marché chinois du train à grande vitesse en plein déve­lop­pe­ment. Ce secteur reste toute­fois diffi­cile à percer, le protec­tion­nisme bila­té­ral restant un obstacle infranchissable.

Après avoir multi­plié les lignes de TGV reliant les grandes villes, c’est à présent aux moyennes agglo­mé­ra­tions de se doter de lignes régio­nales à grande vitesse. Pour ce qui concerne le Guangxi, le projet inscrit dans le 13e plan quin­quen­nal (2016–2020) est sur les rails. 

Prio­ri­té : désen­gor­ger le trafic routier de Nanning

De moins d’un million d’habitants au début des années 2000, la capi­tale de région qu’est Nanning compte aujourd’hui une popu­la­tion de plus de 7 millions. L’extension de la ville et son déve­lop­pe­ment écono­mique ont induit une forte hausse du nombre de voitures, et donc d’embouteillages. Le métro inau­gu­ré en 2015 sur sa première ligne sera termi­né en 2020. Faute de mieux, les cita­dins utilisent donc leurs voitures avec les consé­quences attendues.

D’un jour par semaine il y a deux ou trois ans, l’engorgement des accès routiers est aujourd’hui quasi perma­nent. Si une partie de la solu­tion sera appor­tée par la mise en service des lignes de métro, s’ajoutent les milliers de véhi­cules parti­cu­liers trans­por­tant les personnes des loca­li­tés voisines. Celles-ci se sont égale­ment éten­dues, un village rural comme Hengxian qui comp­tait 250 000 habi­tants en 2005 en compte à présent 1 million (1,5 million prévu en 2021).

En raison du prix du m² des appar­te­ments à Nanning, de plus en plus de personnes travaillant dans la capi­tale de région achètent leurs loge­ments à des distances de 100 à 150 km et se rendent en voiture à leur travail, une mino­ri­té utili­sant les trans­ports publics égale­ment confron­tés aux embouteillages.

Le train comme tire-bouchon

Pas plus tard que ce matin, un des (trop) nombreux experts au cerveau hexa­go­nal expli­quait sur France Info que la France n’avait plus besoin de construire des TGV. La réali­té est davan­tage d’une part que le pays n’en a pas les moyens et d’autre part que les ventes à l’international sont inti­me­ment liées à des accords politiques.

En Chine, les raisons budgé­taires passent au second plan. Il s’agit en effet pour les respon­sables poli­tiques natio­naux et locaux de démon­trer leur effi­ca­ci­té en matière de confort appor­té à la popu­la­tion. L’autre orien­ta­tion est écono­mique, la construc­tion de lignes et de trains supplé­men­taires soute­nant l’activité du secteur ferro­viaire et des sous-traitants.

Allier l’utile à l’agréable étant un raison­ne­ment inter­na­tio­nal, c’est au train qu’est confiée la mission d’alléger le trafic routier vers et depuis les agglo­mé­ra­tions. Cette orien­ta­tion répond en même temps à l’effort de lutte contre la pollu­tion pour lequel la Chine s’est engagée.

Une heure de gagnée sur un trajet de 1 h 30 min

Sur la période 2016–2020, le seul Guangxi va béné­fi­cier d’une exten­sion de son réseau ferro­viaire d’environ 6000 km, dont un tiers de trains à grande vitesse. Dans le village (ville ?) où je réside, l’arrivée prochaine du TGV a reçu un accueil plus que favorable.

Logique lorsque l’on sait qu’il faut actuel­le­ment 1 h 30 min pour se rendre à Nanning alors qu’il n’en faudra que 30 avec le train. Parmi les personnes inté­res­sées, de nombreux auto­mo­bi­listes se disent prêts à lais­ser leur voiture au parking de la gare dès la mise en service de la ligne.

La construc­tion de la future gare a beau être à la charge du gouver­ne­ment local d’Hengxian, les respon­sables voient d’un très bon œil la venue du TGV. En supplé­ment des emplois liés à la construc­tion, ce sont en effet quelques milliers d’appartements supplé­men­taires qui vont être construits pour répondre à la demande. Les commer­çants et arti­sans locaux sont égale­ment gagnants en profi­tant des retom­bées écono­miques et pour partie en matière d’équipements touris­tiques, un secteur très porteur actuellement.