Chine je t’aime, mais je te quitte

OccidentauxCette version person­na­li­sée du « La France tu l’aimes ou tu la quittes » a pour but d’illustrer certains parti­cu­la­rismes liés à ce pays. Si la Chine a été long­temps, et est encore, un pays que l’on quitte pour des raisons écono­miques et poli­tiques, on pour­rait penser que cette forme d’expatriation a tendance à se réduire. Si les vagues de chinois débar­quant en occi­dent la valise à la main ont il est vrai consi­dé­ra­ble­ment bais­sé, la raison tient au fait d’une part que les poli­tiques des pays tradi­tion­nel­le­ment accueillants se sont sensi­ble­ment durcies et que d’autre part il n’y a plus de longues voies ferrées à construire ou de travaux de démi­nage ou d’enterrement en nombre de cadavres.

Si la quan­ti­té n’y est plus, c’est par contre la quali­té qui dans bien des cas est venue redon­ner un peu de tonus à ces pratiques millé­naires. Si durant fort long­temps la classe sociale la plus repré­sen­tée était aussi la plus modeste, celle-ci s’est sensi­ble­ment amélio­rée au fil du temps par l’apport de nouveaux venus. Il y a tout d’abord ces dissi­dents du régime qui adorent leur pays, mais pas assez tout de même pour y mener en perma­nence « leur combat ». Souvent issus de la classe dite des « intel­lec­tuels », ils deviennent avant tout des têtes de liste aussi bruyantes qu’éphémères ou les outils du moment alors utili­sés par certaines offi­cines plus ou moins liées aux gouver­ne­ments des nations qui les hébergent. Toujours dans le registre « intel­lec­tuels », il y a ceux dont l’origine chinoise leur permet de décrire longue­ment un pays quit­té il y a des décen­nies à qui ils trouvent toutes les quali­tés, mais pas assez pour y reve­nir défi­ni­ti­ve­ment, confort très maté­riel oblige. En prin­cipe ceux-ci vous parlent de culture chinoise de la manière la plus abstraite puisque ne se réfé­rant qu’à un loin­tain passé et à quelques lectures tout aussi passéistes. Pour reprendre un vieux succès d’Annie Cordy, leur slogan est « j’voudrais bien, mais j’peux point »

Una paren­thèse avant de trai­ter du sujet prin­ci­pal de cet article. Il existe égale­ment un certain nombre d’étrangers aimant assez la Chine pour y vivre de longue date, mais là encore pas assez pour y payer ses impôts. Ils rentrent donc régu­liè­re­ment dans leur pays d’origine afin de couper court à un séjour d’une longueur qui les soumet­trait dès lors aux taxes chinoises. La Chine n’étant pas un para­dis fiscal, ils retrouvent alors quelques semaines leurs pays civi­li­sés avant de repar­tir vers la terre qui les nour­rit. C’est ce que l’on nomme commu­né­ment « manger à tous les râte­liers », ce qui parfois risque de donner une indi­ges­tion, mais que voulez-vous, la gourmandise …

C’est un peu dans le même registre de personnes que l’on trouve un nombre de plus en plus impor­tant de Chinois qui s’expatrie pour des raisons toute­fois tota­le­ment autres que le travail. C’est même du contraire dont il s’agit puisque leur acti­vi­té se déroule majo­ri­tai­re­ment en Chine. Là, il ne s’agit plus de personnes modestes puisqu’une grande partie d’entre eux sont de très hauts diri­geants d’entreprises ainsi que du parti communiste.

Si les auto­ri­tés chinoisent ce sont à plusieurs reprises émues de ces défec­tions, elles n’ont visi­ble­ment réus­si à faire vibrer la fibre natio­nale au point de faire cesser l’hémorragie. Un des célèbres est celui du président de Waha­ha, le géant des bois­sons chinoises et l’une des plus grosses fortunes du pays. Il y a en effet encore peu, Zong Qinghou était l’heureux posses­seur d’une carte de résident perma­nent aux États-Unis, démon­trant ainsi son atta­che­ment à un pays qui lui a tout de même permis d’accéder au rang où il se trouve. Il est d’ailleurs amusant de consta­ter que comme ailleurs l’argent n’a pas telle­ment d’odeur au pays de l’Oncle Sam pour­tant grand pour­fen­deur des dicta­tures et donneur de leçon à l’occasion en matière de droits de l’homme. En supplé­ment de son poste de PDG et fonda­teur de Waha­ha, Zong Qinghou est égale­ment membre tant du PCC que du Congrès chinois, ce qui aurait dû lui valoir quelques remon­trances. Il semble toute­fois qu’une histoire de taxes non payées aux USA ait subi­te­ment recréé des liens étroits entre la Chine et son enfant « modèle ». Reste que cette posi­tion pour le moins ambi­guë n’a semblé gêner quiconque, que ce soit du côté des USA ou des diri­geants chinois dont un certain nombre empruntent il est vrai régu­liè­re­ment le même chemin. Ils sont ainsi plusieurs centaines issus de divers secteurs d’activité à faire la navette entre leur pays et un autre au gré des avan­tages offrant chacun d’eux à un moment ou une occa­sion précise.

Il faut toute­fois préci­ser que la Chine n’a pas l’exclusivité de ce genre de pratiques et ne fait que confir­mer son statut de pays émer­geant, c’est-à-dire se situant entre des nations plus pauvres qu’elle et d’autres bien plus riches. Si l’on trouve en effet un nombre impor­tant de diri­geants afri­cains dispo­sant d’un pied à terre à Paris alors que leur peuple a souvent du mal à survivre, il faut égale­ment rele­ver les occi­den­taux indus­triels, vedettes du show-biz ou du sport qui préfèrent l’environnement Suisse pour des raisons évidentes de calme et d’environnement dépollué.

Il s’agit donc avant tout d’un compor­te­ment humain, même s’il n’est réser­vé qu’à une classe parti­cu­lière de la socié­té. Si d’autres s’expatrient, c’est pour des raisons qui bien qu’économiques n’ont rien à avoir avec les écono­mies que font ces malheu­reux privi­lé­giés ayant bien du mal à choi­sir entre deux pays leur offrant chacun ses avan­tages et ses inconvénients.