Chine et USA : les deux grands pays de la liber­té d’expression

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chine-usaLors de sa visite en Chine, John Kerry s’est entre­te­nu avec un groupe d’internautes. Si cet entre­tien repré­sente en soi un progrès à mettre à l’actif des auto­ri­tés chinoises, les « repré­sen­tants » de la blogo­sphère n’étaient pas pour autant les plus repré­sen­ta­tifs de la toile. Zhang Jialong, jour­na­liste finan­cier chez Tencent et Ma Xiao­lin, fonda­teur et CEO de la plate­forme de blog blshe.com sont en effet assez éloi­gnés des centres d’intérêts de la majo­ri­té des inter­nautes chinois, ceux-ci étant plus portés su le e-commerce et la recherche de noto­rié­té que par la liber­té d’expression.

À la ques­tion « Soutiendrez-vous les Chinois qui aspirent à la liber­té en les aidant à faire tomber la grande muraille pare-feu qui bloque l’internet ? » John Kerry a sans doute déçu les pseudos-dissidents en répon­dant « Aucun pays ne peut venir dire abrup­te­ment : faites les choses à notre façon, c’est mieux » ce qui n’est pas sans souli­gner une luci­di­té certaine de la part du Secré­taire d’État. Malgré deux systèmes diffé­rents, les deux premières puis­sances écono­miques sont en effet très proches dans leur vision de la liber­té individuelle.

En Chine, l’information y est censu­rée lorsqu’elle déplaît au pouvoir poli­tique. Des blogueurs propa­geant de fausses rumeurs sont condam­nés à des peines de prison se limi­tant le plus souvent à quelques jours de déten­tion admi­nis­tra­tive. C’est cette liste des « inter­nautes empri­son­nés » dont se délectent certains médias occi­den­taux et qui par désir de bien faire oublie de trop appro­fon­dir tant les raisons que la durée de la peine . Dans un pays comme la France, les sanc­tions sont il est vrai unique­ment finan­cières comme dans le cas de Closer ou de Paris-Match avec la dernière affaire oppo­sant le média à Arnaud Monte­bourg. Dans de très nombreux pays affi­chant fière­ment leur diffé­rence en matière de liber­té d’expression, la censure se fait en amont en étant aidée par l’autocensure des journalistes.

Toujours en Chine et malgré la censure, la majo­ri­té des affaires touchant aux dérives des cadres du PCC proviennent des réseaux sociaux. Dans de nombreux pays « libres », ces mêmes plate­formes se limitent à des débats stériles ou les faire-part de nais­sance. Dès lors, pas besoin de censure puisqu’il ne s’y écrit quasi­ment rien.

Aux USA la liber­té est totale, ce qui permet aux diri­geants de s’attribuer un rôle de donneurs de leçons à l’égard des systèmes moins tolé­rants. On peu écrire ou dire ce que l’on veut sans être inquié­té, ce en contre­par­tie de voir ses conver­sa­tions épiées par les grandes oreilles spécia­li­sées. Cette liber­té d’écouter et de lire ce qui se dit ou s’écrit dépasse large­ment les fron­tières comme cela a été démon­tré par les révé­la­tions de Snow­den. Bien évidem­ment, les jour­na­listes « libres » » n’étaient pas au courant de cette surveillance puisque n’en ont jamais fait état. Visi­ble­ment, il est plus facile d’aller fouiller les comptes des para­dis fiscaux pour en extraire quelques noms de person­na­li­tés chinoises que d’enquêter sur ce qui se passe chez soi. De manière aussi évidente, aucune de ces écoutes n’est utili­sée à des fins autres que de proté­ger les USA contre le terro­risme, sans quoi ces pratiques auraient été vigou­reu­se­ment dénon­cées par les poli­tiques, les jour­na­listes et les opinions publiques. Le problème est que n’en étant pas infor­més ils n’ont pu protes­ter, à moins que parfai­te­ment au courant, il leu ait été conseillé de se taire.

Le résul­tat est donc fina­le­ment assez proche de celui consta­table en Chine, la diffé­rence notable étant toute­fois que pour cette dernière le mode de fonc­tion­ne­ment est clai­re­ment affi­ché. Cette conver­gence explique à elle seule la réponse modé­rée de John Kerry, la fina­li­té étant la même malgré une démarche diffé­rente. En adap­tant le vieux proverbe, on peut écrire : « La dicta­ture c’est tu la ferme, la démo­cra­tie c’est tu peux dire ce que tu veux, mais on te surveille ».