Chine et Taiwan, quel avenir ?

politique taiwanaise avenirIl y a bien long­temps que personne n’a parlé de Taiwan. Cela est sans doute dû aux efforts poli­tiques concé­dés des deux côtés du détroit ou au fait que l’ex-président soit sous les verrous, mettant ainsi en sour­dine les commen­taires des divers « spécia­listes » oppo­sant les deux frères enne­mis.
L’analyse qu’on fait certains sur la « réus­site écono­mique » de ce pays vis-à-vis de son voisin du conti­nent m’a toujours fait sourire tant cela était deve­nu un argu­ment poli­tique, que certains n’hésitaient pas à bran­dir pour démon­trer la supé­rio­ri­té du système capi­ta­liste face aux prin­cipes du commu­nisme. Au-delà de ces consi­dé­ra­tions pure­ment idéo­lo­giques, la réali­té est toute autre et faire croire à un essor écono­mique qui serait dû à une simple méthode relève de la plus pure plai­san­te­rie.
Ce qui a fait en premier lieu l’indéniable ascen­sion de cette région a été avant tout l’origine de ses nouveaux habi­tants, issus des riches familles chinoises qui ont immi­gré en masse lors de la fuite sur l’île, mais aussi de l’aide de la diaspo­ra chinoise issue de ces mêmes familles et de l’aide non négli­geable d’un certain nombre de pays, qui à l’époque pensait encore que le gouver­ne­ment en exil de Tchang Kai Check pour­rait un jour reprendre le pouvoir. Si les Chinois taïwa­nais ne sont pas plus intel­li­gents que leurs homo­logues conti­nen­taux, ils sont évidem­ment plus instruits, et ce, pour la simple raison que leurs ainés étaient les seuls à avoir droit à l’enseignement du temps où leurs familles régnaient en maître sur le conti­nent, relé­guant les classes sociales infé­rieures au niveau de simples sujets n’ayant aucune possi­bi­li­té d’accéder à la connais­sance.
Ces classes sociales riches qui ont donc immi­gré sur l’île, avaient dans leurs mains tout le néces­saire indis­pen­sable à la parfaite réus­site que sont la connais­sance, les moyens finan­ciers et le soutien des pays occi­den­taux trop heureux d’avoir une occa­sion de dépe­cer une fois de plus la Chine et de trou­ver là une épine à enfon­cer en cas de besoin. Déjà ampu­tée de Hong Kong et Macao, la Chine a en effet toujours eu à subir les divi­sions impo­sées par les maitres du moment et s’est souvent retrou­vée prise entre deux feux qu’étaient ceux des U.S et de l’ancienne U.R.S.S, ce dernier s’étant davan­tage servi de son allié que ne lui a réel­le­ment appor­té de soutien.
C’est ainsi que malgré plusieurs promesses faites par Staline à Mao de l’aider mili­tai­re­ment à recon­qué­rir Taiwan, l’U.R.S.S préfè­re­ra mettre ses forces dans le conflit coréen plutôt que de soute­nir Mao à régler ses comptes avec son perpé­tuel rival. Pour sa part, l’occident joue­ra son rôle habi­tuel, ména­geant la chèvre et le chou en allant expul­ser Taiwan de son siège à l’O.N.U pour le donner à la Chine conti­nen­tale, mais en finan­çant certains petits pays afin qu’ils recon­naissent Taiwan en tant qu’état.
Ont suivi ensuite des périodes de calme alter­nées avec quelques soubre­sauts, souvent dues à ces mêmes inco­hé­rences poli­tiques et là comme pour le Tibet, l’occident n’a jamais brillé par sa logique poli­tique en refu­sant de recon­naître offi­ciel­le­ment d’un côté ce qu’il défen­dait offi­cieu­se­ment de l’autre.
À l’heure actuelle le statu quo est de rigueur malgré quelques velléi­tés d’indépendance de l’ancien gouver­ne­ment taiwa­nais qui n’a eu pour effet que de faire monter la pres­sion des deux côtés. Aujourd’hui et quelque soit la solu­tion future, les deux peuples n’ont d’autre solu­tion que de déve­lop­per leurs liens tant écono­miques qu’amicaux et il semble que ce soit le désir des deux gouver­ne­ments actuels et, si personne ne vient trou­bler une fois de plus ce calme, cela devrait abou­tir dans les années à venir à la signa­ture d’accords poli­tiques qui enté­ri­ne­ront le fait que Taiwan est un état à part entière. C’est du moins ce qu’il faut souhai­ter et qui advien­dra, à moins que quelques exci­tés de quelque bord qu’ils soient ne viennent jeter de l’huile sur le feu pour des raisons pure­ment idéo­lo­giques.

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Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La reproduction totale ou partielle des articles de ce site n'est en aucun cas permise sans autorisation.