Chine et Japon se prépa­rent à l’affrontement

marine2Mouve­ments de trou­pes et de maté­riels, manœu­vres à tir réel, le tout sous l’œil télé­com­man­dé des médias, les armées chinoi­ses et japo­nai­ses se prépa­rent au combat. Pour la Chine, les îles Diaoyu ne sont qu’un prétex­te avec une double fina­li­té. La premiè­re est de démon­trer que si elle est puis­san­ce écono­mi­que, elle l’est égale­ment mili­tai­re­ment et entend jouer un rôle majeur dans la région. Ce messa­ge s’adresse au Japon, mais surtout aux États-Unis ainsi qu’à d’autres pays alignés derriè­re la banniè­re étoi­lée comme les Philip­pi­nes et le Viet­nam. La deuxiè­me pres­que acces­soi­re est de se venger de l’invasion japo­nai­se et des atro­ci­tés commi­ses. En ce qui concer­ne le Japon, il s’agit en prio­ri­té de redo­rer le blason des diri­geants actuels empê­trés dans la dette publi­que et les consé­quen­ces des fuites de la centra­le de Fuku­shi­ma.

Deux incon­nus subsis­tent dans l’hypothèse de plus en plus certai­ne d’un affron­te­ment à la portée toute­fois limi­tée. L’un d’eux concer­ne la réel­le effi­ca­ci­té des trou­pes chinoi­ses. Bien que la mari­ne dispo­se du maté­riel néces­sai­re, c’est le moral et la réac­tion « au feu » qui demeu­re une inter­ro­ga­tion. Souvent quali­fiée d’armée d’opérette par la popu­la­tion, ce test gran­deur natu­re prend des allu­res de roulet­te russe tant pour les respon­sa­bles mili­tai­res que le pouvoir poli­ti­que. C’est d’ailleurs ce qui expli­que en gran­de partie la longue pério­de d’observation. La deuxiè­me incon­nue concer­ne le soutien des USA à son allié japo­nais au travers d’un géné­reux trai­té de protec­tion.

L’aide se limitera-t-elle à un apport logis­ti­que ou par l’envoi de quel­ques navi­res de guer­re ? Cette derniè­re hypo­thè­se ferait entrer les USA dans un conflit, ce que l’administration Obama ne souhai­te pas vrai­ment, ce non pas vis-à-vis des Chinois, mais des Russes qui ne manque­raient pas d’intervenir à leur tour. Il faut égale­ment souli­gner qu’une inter­ven­tion trop rapi­de et trop appuyée des États-Unis aurait un effet néga­tif sur la popu­la­tion japo­nai­se en donnant de leur pays l’image d’un vassal, ce qui affai­bli­rait d’autant le poids régio­nal du Japon.

La posi­tion de Taiwan se révè­le égale­ment crucia­le en étant partie prenan­te dans la reven­di­ca­tion des îles dispu­tées. Soute­nir ouver­te­ment le Japon condui­rait les USA à se priver d’un impor­tant soutien dans la région, ce que les diri­geants améri­cains veulent éviter. La meilleu­re solu­tion pour les USA serait de jouer un rôle plus ou moins hypo­cri­te de conci­lia­teur après quel­ques tirs d’obus et quel­ques dizai­nes de morts de part et d’autre. Pas ques­tion toute­fois de réunir Chinois et Japo­nais sous la houlet­te des États-Unis. Si la Chine ne peut accep­ter ce « casting », les Russes ne l’apprécieraient pas davan­ta­ge. La confé­ren­ce du Caire étant à l’origine de la situa­tion actuel­le avec de nombreu­ses zones de flou, c’est sans doute l’ONU qui serait char­gée de dénouer cette histoi­re vieille de 70 ans.

Ce manque de préci­sions résul­te de la Confé­ren­ce de Post­dam en 1945 qui reprend en gran­de partie les éléments de celle du Caire. Ce flou sur certains points est appa­ru au fil du temps comme une volon­té des USA d’affirmer leur présen­ce dans la région face au bloc sovié­ti­que. Lors de la Confé­ren­ce de Post­dam, il a en effet été déci­dé que : « Le terri­toi­re de l’Empi­re du Japon est limi­té aux quatre îles prin­ci­pa­les et aux quel­ques peti­tes îles limi­tro­phes ». Les îles Senkaku/Diaoyu n’ayant rien de limi­tro­phe avec le Japon, elles revien­nent donc à la Chine ou à Taiwan. Cette déci­sion qui est un pilier de l’argumentation chinoi­se se trou­ve toute­fois nuan­cée par la phra­se suivant aussi­tôt celle semblant régler le problè­me : « les gains terri­to­riaux anté­rieurs à 1937, que sont la CoréeTaïwan et le Manchu­kuo, sont libé­rés de la tutel­le nippon­ne ». Comme on peut le consta­ter, les îles actuel­le­ment dispu­tées ne sont pas mention­nées, ce qui pour­rait lais­ser croi­re que le Japon en reste proprié­tai­re. Ces bouts de terre étaient en effet chinois avant la premiè­re inva­sion nippo­ne à la fin du XIXè­me siècle, ce que person­ne ou pas grand monde ne contes­te, mais ne font visi­ble­ment pas partie du deal. Là enco­re le problè­me semble réglé, mais en réali­té ne l’est pas du tout. La proprié­té de ces îles étant déjà liti­gieu­se à l’époque, les USA ont déci­dé d’en assu­rer l’administration le temps qu’un accord inter­vien­ne entre les deux parties. En réali­té, il s’agissait pour les États-Unis de garder un pied à proxi­mi­té sans pour autant l’afficher clai­re­ment. La Chine en plei­ne guer­re civi­le ayant d’autres chats à fouet­ter la situa­tion est restée inchan­gée jusqu’en 1962, date à laquel­le les USA ont cédé le droit d’administration au Japon. Ce terme de « droit d’administration » suffit à confir­mer que le Japon n’est pas le proprié­tai­re des Îles, le premier minis­tre Abe l’ayant lui-même souli­gné en accu­sant la Chine de vouloir briser le statu quo concer­nant la proprié­té des terres.

Si le chef du gouver­ne­ment japo­nais peut comp­ter sur le soutien des Améri­cains, il a égale­ment pour lui la majeu­re partie des opinions publi­ques occi­den­ta­les. La Chine étant présen­tée comme une cause majeu­re de l’affaissement des écono­mies occi­den­ta­les, l’étendue du pays et sa démo­gra­phie en font un coupa­ble idéal. Même si sont peu nombreux ceux connais­sant les tenants et abou­tis­sants de ce liti­ge, la fina­li­té est comme pour le Tibet d’affaiblir la Chine tout en « restant bien au chaud ». Quel­le que soit la véri­té sur les îles, la possi­ble désta­bi­li­sa­tion de la Chine est vécue comme une victoi­re et donne au Japon un net avan­ta­ge. Il ne faut bien évidem­ment pas comp­ter sur les médias pour infor­mer leurs lecteurs sur les aspects très complexes de cette histoi­re, le forma­ta­ge amor­cé depuis plusieurs années ayant fait des grou­pes de pres­se de servi­les servi­teurs du grand frère améri­cain. Un exem­ple est les révé­la­tions de Snow­den sur les acti­vi­tés de la NSA alors que les médias se sont concen­trés sur d’hypothétiques portes déro­bées instal­lées dans les routeurs d’origine chinoi­se.

Cette « mauvai­se répu­ta­tion » expli­que pour partie le retard qu’a pris le déclen­che­ment d’un conflit mili­tai­re entre la Chine et le Japon. En multi­pliant les visi­tes offi­ciel­les aux quatre coins de la planè­te, le prési­dent chinois a tenté de donner une image diffé­ren­te de son pays. Cette opéra­tion de commu­ni­ca­tion a-t-elle réus­si ? Oui auprès de diri­geants ayant assi­mi­lé qu’ils n’ont plus rien ou pas grand-chose à atten­dre du « vieil occi­dent » et que la Chine repré­sen­te de nombreu­ses oppor­tu­ni­tés. Non auprès de deux des nations occi­den­ta­les qui sont depuis long­temps inféo­dées aux USA et qui croient enco­re à la poli­ti­que menée lors des siècles et décen­nies précé­den­tes. La Chine ne peut donc comp­ter que sur elle-même, la Russie n’étant là aussi qu’un possi­ble allié de circons­tan­ce si celles-ci sont avan­ta­geu­ses pour elle. De son côté, la popu­la­tion chinoi­se est prépa­rée depuis des mois à cet affron­te­ment en finis­sant même par le souhai­ter tant le pouvoir poli­ti­que fait depuis long­temps monter la pres­sion. Depuis des semai­nes est expli­quée en détail les forces en présen­ce, le maté­riel et trou­pes dispo­ni­bles, cette présen­ta­tion très média­ti­sée ayant pour but de démon­trer le poten­tiel chinois. Qu’en sera-t-il sur le terrain ou sur la mer ? Répon­se au plus tard dans quel­ques semai­nes à moins qu’un des acteurs parvien­ne à pous­ser l’autre à discu­ter, ce qui devient de moins en moins proba­ble.