Chine-Asean, une conver­gence de vue diffi­cile à concré­ti­ser

Les ChinoisCela fait 20 ans cette année que se sont noués les premiers accords écono­miques entre l’Asean et la Chine. Si pour chacune des deux parties il est de bon ton d’afficher une certaine satis­fac­tion, la réali­té est elle bien plus complexe. Il faut dire que l’association des pays d’Asie voit avec frayeur l’ascension d’un voisin que rien ne semble pouvoir arrê­ter alors que dans le même temps certain de ses membres sont en proie à des problèmes internes diffi­ciles à résoudre.

Si la Chine est le premier parte­naire écono­mique de l’Asean, cette place est bien davan­tage due à la puis­sance de son voisin qu’à un quel­conque désir de commer­cer avec un géant loin d’être un grand senti­men­tal. Malgré les efforts appa­rents des respon­sables chinois à équi­li­brer ces échanges, l’Asean n’en est que le troi­sième parte­naire, et ce même avec la mise en place de zones de libres échanges comme l’est deve­nu le Guangxi en 2010. Les respon­sables écono­miques de cette région ont eu beau se faire quelque peu tancer par leurs supé­rieurs hiérar­chiques de la capi­tale, le cœur n’y est visi­ble­ment pas. Avant tout Chinois, les divers respon­sables locaux privi­lé­gient leurs propres ressor­tis­sants, n’échangeant avec leurs voisins que lorsque cela permet de déga­ger de fortes marges ou est dicté par l’intérêt immé­diat.

Cet état de fait n’est donc pas pour rassu­rer les nations de l’Asean qui tentent plus ou moins ouver­te­ment de trou­ver un soutien auprès des USA et de l’Europe qui de leur côté se fait une joie de répondre partiel­le­ment à leurs demandes. Si l’objectif n’est pas plus philan­thro­pique que ne l’est celui de la Chine, certaines nations membres de l’association trouvent là une aide qui si elle est loin d’être gratuite permet de gagner un peu de temps. De là à penser que l’Asean, les USA et l’Europe forment un bloc uni contre la Chine, il n’y a qu’un pas qu’il faut bien se garder de fran­chir trop vite. La plupart des pays membres de l’Asean ont en effet un besoin urgent d’investissements et l’état actuel des finances des deux enti­tés occi­den­tales fait que pour l’instant leur aide est des plus mesu­rée. S’il y a certes quelques entre­prises étran­gères ayant dépla­cé leurs produc­tions de la Chine vers le Viet­nam, cela reste autant anec­do­tique que risqué pour les inves­tis­seurs poten­tiels.

L’Asean est-elle appe­lée à se faire « manger » par la Chine ? Sans doute pas. La raison prin­ci­pale est que la Chine n’y a aucun inté­rêt, car éveille­rait alors des rancœurs au sein des popu­la­tions de l’association. Déjà dési­gnée comme la cause prin­ci­pale de bien des problèmes écono­miques de ces pays, la Chine a tout inté­rêt à jouer le jeu d’un commerce le plus équi­table possible, même si la réali­té est quelque peu diffé­rente. Donner ensuite plus d’importance à ses parte­naires de l’Asean est le meilleur moyen de réduire la pres­sion sur ses épaules et d’amoindrir la posi­tion des Occi­den­taux dans ces pays.

C’est dans ce but que les accords commer­ciaux, cultu­rels et de bien d’autres genres se multi­plient en ayant pour la plupart du temps la Chine comme initia­teur. Pour l’Asean la marge de manœuvre est de plus en plus étroite entre le désir d’exister sans une Chine pour­tant omni­pré­sente et celui de ne pas toujours écou­ter les sirènes occi­den­tales qui ont par le passé prou­vé qu’il fallait égale­ment se méfier de leur présence parfois aussi nuisible. Trou­ver le juste équi­libre, c’est à ce que s’emploient les respon­sables de l’Asean, ce qui se révèle quoti­dien­ne­ment une tâche des plus ardues, car pris entre un géant et les divi­sions dues au nombre de pays membres ce qui crée autant d’intérêts parfois diver­gents.