Chérie, j’ai forma­té les électeurs

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boeufsUn des nombreux effets néga­tifs du bipar­tisme poli­tique est que toute déci­sion prise par le parti au pouvoir est criti­quée ou du moins mino­rée par ceux se rangeant dans l’opposition systé­ma­tique. C’est ainsi que nombreux sont les élec­teurs de gauche qui critiquent la droite lorsqu’elle est au pouvoir et vice-versa. Ce forma­tage n’est en fait que peu dicté par une idéo­lo­gie en l’étant bien plus par la bles­sure morale faisant suite à la défaite du camp soutenu.

Les élec­teurs de droite ou de gauche sont si profon­dé­ment forma­tés qu’ils en arrivent à croire qu’ils font partie d’une famille repré­sen­tée par un parti poli­tique alors qu’ils n’en sont que des servi­teurs. Un élec­teur « de base » va ainsi trai­ter son voisin de « sale commu­niste » ou de « pour­ri de fasciste » alors que dans le même temps les diri­geants de ces partis se fréquentent sans la moindre animo­si­té. S’il existe une famille, elle est consti­tuée des profes­sion­nels de la poli­tique de tous bords s’attribuant une « pensée » en fonc­tion de la mode du moment et des places disponibles.

Ceux qui autre­fois appar­te­naient à la socié­té civile et ont compris ce système sont deve­nus dépu­tés euro­péens comme José Bové qui durant son acti­vi­té de dissi­dent n’avait pas de mots assez durs contre cette insti­tu­tion. Un autre « repen­ti » est Édouard Martin, syndicaliste-agitateur de Florange, qui se retrouve tête de liste régio­nale du PS pour les prochaines élec­tions euro­péennes. Dans un couple, cette situa­tion se nomme « cocu­fiage » en étant dans bien des cas une cause de divorce. Cette sépa­ra­tion est plus rare dans l’électorat qui préfère s’inventer des contes de fées pour justi­fier cette entorse à la vie politico-conjugale.

De la même manière que certains restent fidèles à une marque de voiture toute leur vie quels que soient les atouts de la concur­rence, un élec­teur de droite ou de gauche reste ancré dans son idée première lorsqu’il n’y est pas né. C’est ainsi qu’un fils d’enseignant dont les parents sont de gauche a de fortes chances de soute­nir cette orien­ta­tion poli­tique. Pour les plus témé­raires, le forma­tage intel­lec­tuel mis en œuvre dès la nais­sance les limite à se rappro­cher des deux extrêmes, mais sans dépas­ser cette barrière deve­nue cultu­relle « à l’insu de son plein gré. Le degré de réflexion n’est pas plus élevé chez les élec­teurs de droite avec là aussi une lati­tude allant du centre à l’extrême droite. Ce centre bien que flou étant un lieu de parcage des déçus de tous bords, il revêt un inté­rêt lors de la pêche aux voix orga­ni­sée tous les cinq ans. Dans les deux cas, il existe quelques excep­tions venant confir­mer une règle établie de longue date.

Si ce fossé sépa­rant les deux parties de l’électorat profite à quelqu’un, il est à cher­cher et à trou­ver du côté des partis. Sans cette fron­tière arti­fi­cielle, les démo­cra­ties indi­rectes perdraient l’essentiel de leur conte­nu, ce qui en ferait des formes plus ou moins édul­co­rées de dicta­ture. Il est par consé­quent primor­dial d’entretenir même à grands frais cette diffé­rence arti­fi­cielle. Les meetings poli­tiques orga­ni­sés lors des scru­tins élec­to­raux ont cet objec­tif en ressem­blant bien plus à une finale de foot­ball qu’à une réunion où les candi­dats font part de leurs inten­tions. Il en est de même pour les shows télé­vi­sés précé­dant les grandes élec­tions où l’on parle de gagnant, d’avantage et autres termes habi­tuel­le­ment asso­ciés au sport.

Quelque mois plus tard, il sera repro­ché aux élus de droite de mener une poli­tique de gauche et vice-versa, ce qui est logique puisque l’une et l’autre sortent du même moule et n’ont qu’une ambi­tion : la leur.

Puisqu’il était ques­tion de foot­ball : allez les bœufs »