Chen Shui Bian condam­né, pas de quoi pleu­rer.

SuffrageLa récente condam­na­tion de l’ex-président Taïwa­nais a été l’occasion pour certains de se montrer tels qu’ils sont, bien plus que ce qu’ils ne voudraient être, trou­vant scan­da­leux cette condam­na­tion.
Le sino­logue atti­tré de Rue 89 en a même versé sa larme en écri­vant :
« Tragique épilogue d’une grande page d’histoire taïwa­naise : l’ancien président Chen Shui-bian, premier élu au suffrage univer­sel qui n’était pas issu du Kuomin­tang, a été condam­né à la prison à vie pour malver­sa­tions finan­cières.
Un tribu­nal taïwa­nais a égale­ment condam­né sa femme, Wu Shu-jen, à la même peine, mais elle a été dispen­sée d’emprisonnement en raison de son état de santé. L’ex-première dame de l’île est clouée sur une chaise roulante depuis un acci­dent avec un camion à l’époque où son mari luttait contre la dicta­ture du Kuomin­tang. »

Ce commen­taire pathé­tique appelle plusieurs remarques dont certaines sont assez plai­santes :
« Premier élu au suffrage univer­sel qui n’était pas issu du Kuomin­tang »
Drôle de notion de la démo­cra­tie qui fait que l’on ne peut être élu que si l’on n’est pas issu du parti au pouvoir. La réélec­tion de Mitter­rand n’est donc pas valable, comme celle de tous les prési­dents ayant été réélue.
« À l’époque où son mari luttait contre la dicta­ture du Kuomin­tang. »
Avant 2000, Taiwan était donc sous un régime de dicta­ture ce qui rend caduque le scru­tin de 1996. Là aussi, les élec­teurs de l’époque sont mis au rancart.

« L’ex-première dame de l’île est clouée sur une chaise roulante depuis un acci­dent avec un camion à l’époque où son mari luttait contre la dicta­ture du Kuomin­tang. »
L’accident de l’épouse de l’ex-président date de 1985 , la lutte contre la dicta­ture Taïwa­naise devait se faire en poin­tillé car, de 1976 à 1989, Chen était asso­cié chez Formo­sa Inter­na­tio­nal Marine and Commer­cial Law, une compa­gnie de droit mari­time et commer­cial où il se spécia­lise en droit mari­time et gère pour la firme le port­fo­lio d’ Ever­green Marine Corpo­ra­tion (EMC).Quant au fait de mettre le handi­cap de l’ex-première dame en avant, cela est loin d’effacer les malver­sa­tions commises, même si cela peut faire pleu­rer certains dans les chau­mières.

Drôle de leçon de démo­cra­tie encore pour un président réélu en 2004 avec 50,11 % des voix, l’armée géné­ra­le­ment hostile à son parti n’ayant pu voter suite à un atten­tat bizar­re­ment bien­ve­nu.
Le gendre de l’ex-président a lui écopé d’une peine de prison de sept ans pour corrup­tion et délit d’initié, sans doute là aussi par erreur et la non incul­pa­tion du président est unique­ment due à son immu­ni­té prési­den­tielle.

Voici donc un éclai­rage diffé­rent de celui donné par l’éminent sino­logue et de sa vision d’une tragique fin que pour ma part je nomme­rai un profond soula­ge­ment pour la popu­la­tion taïwa­naise.
Bien enten­du, l’actuel gouver­ne­ment est accu­sé par certains d’être à la base de cette condam­na­tion, oubliant les faits pour ne se consa­crer qu’à leur idéo­lo­gie qui veut que le président actuel soit un vendu à Pékin et crient à l’injustice tant ils sont habi­tués chez eux à voir ce genre de malver­sa­tions passées au registre des pertes et profits.

Un épilogue logique qui, au lieu d’être conspué, devrait être salué comme étant la marque dans l’avancée de cette jeune démo­cra­tie qu’est Taïwan qui n’hésite pas à envoyer un notable derrière les barreaux ; mais réagir de la sorte serait se tirer une balle dans le pied quand avant tout on tire sur tout ce qui touche au rappro­che­ment entre Taïwan et la Chine conti­nen­tale.

Si un jour prochain, arrive la recon­nais­sance par la Chine de l’existence de Taïwan en tant que nation indé­pen­dante, cela se fera par la diplo­ma­tie et non par l’intermédiaire d’un agité qui veut à tout prix en découdre avec son voisin Chinois. Les taïwa­nais le savent et cela depuis long­temps et c’est la raison pour laquelle un réfé­ren­dum orga­ni­sé le même jour que l’élection prési­den­tielle de 2004 a été inva­li­dé faute de parti­ci­pa­tion suffi­sante alors que les Taïwa­nais s’étaient dépla­cés pour élire leur président.

On peut être contre la gestion poli­tique du PCC sans pour cela faire l’apologie d’une époque et surtout d’une famille qui est loin d’être relui­sante.
La corrup­tion est loin d’épargner un parti plus qu’un autre comme l’a révé­lé l’histoire des frégates vendues par la France et il faut espé­rer que cette condam­na­tion serve de leçon à ceux qui comme Chen confondent pouvoir et inté­rêts parti­cu­liers.
Une page se tourne, tant mieux car elle était noire.


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Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La reproduction totale ou partielle des articles de ce site n'est en aucun cas permise sans autorisation.