Cette bombe à retar­de­ment qui menace l’économie chinoise

Préc.1 de 2Suiv.

bombeL’économie mondiale est enca­drée de telle manière que le hasard n’y a que très peu de place. Il en est ainsi des succes­sives crises finan­cières qui ne lui doivent rien en ayant été minu­tieu­se­ment program­mées. Dans bien des cas, un évène­ment seul ne suffit pas à impac­ter nota­ble­ment l’économie plané­taire ou celle d’un seul pays. Pour produire l’effet escomp­té, ce qui est consi­dé­ré comme minime est stocké pour se cumu­ler avec d’autres éléments aussi insi­gni­fiants. Une fois atteint une certaine taille, la bombe explose pour détruire sa cible.

S’il y a certes des signes avant-coureurs, ceux-ci sont soigneu­se­ment dissi­mu­lés par ceux qui allu­me­ront la mèche après en avoir reçu l’ordre. Les dégâts causés par l’explosion sont d’autant plus impor­tants lorsque le terrain est essai­mé de hangars abri­tant de nombreux explo­sifs. Ce danger est celui auquel la Chine est expo­sée depuis la publi­ca­tion du niveau d’endettement des gouver­ne­ments locaux.

Après les quelques jours bruyants qui ont suivi la publi­ca­tion des résul­tats de l’audit, c’est un silence rassu­rant qui a succé­dé. Malgré les discours offi­ciels mini­mi­sant ce problème, nombreux sont ceux qui ont enten­du le bruit causé par la défla­gra­tion des chiffres.

Quelques mois plus tard, la FED a déci­dé après plusieurs hési­ta­tions de limi­ter ses inter­ven­tions dans le secteur bancaire natio­nal. Les taux d’intérêt s’élevant, les établis­se­ments finan­ciers qui avaient un temps placé d’importantes sommes dans les écono­mies émer­gentes ont récu­pé­ré une partie de leurs fonds pour les inves­tir à nouveau dans le système US consi­dé­ré comme plus sûr. S’en est suivi une fuite de capi­taux affai­blis­sant ces jeunes écono­mies, seuls restant ceux haute­ment spécu­la­tifs comme l’immobilier. Cette déci­sion de la FED consti­tue un de ces évène­ments à l’impact limi­té, ce en parti­cu­lier pour la Chine qui possède d’importantes réserves.

Aussi minime est la chute de la monnaie chinoise face au dollar US et à l’Euro. Après s’être appré­cié face à ces deux devises lors des 3 dernières années, le RMB a perdu plus de 6 % de sa valeur depuis le mois de janvier. Pour une bonne partie, la cause est les fonds spécu­la­tifs placés dans le secteur de l’immobilier, celui-ci donnant quelques signes de faiblesse. Là encore, rien de grave avec une bulle qui ne devrait pas écla­ter, mais se dégon­fler plus ou moins rapidement.

Ces deux éléments ont beau se cumu­ler, ils ne repré­sentent qu’un danger limi­té dans une écono­mie enca­drée comme l’est celle de la Chine. Reve­nons à la dette des gouver­ne­ments locaux avec tout d’abord l’explication simpli­fiée de son origine.

Pour relan­cer l’économie locale sensi­ble­ment touchée par la baisse d’activité des pays occi­den­taux, le gouver­ne­ment central a déci­dé en 2007 d’apporter sa garan­tie finan­cière aux emprunts contrac­tés par les gouver­ne­ments locaux. Bien que limi­tée dans son montant, cette garan­tie a donné le signal des dépenses les plus folles, ce qui a conduit à la situa­tion finan­cière actuelle et à une nette hausse de la corrup­tion. Une habi­tude des auto­ri­tés chinoises est de mélan­ger allè­gre­ment dans un même rapport les dollars US et les yuans. En règle géné­rale, les dettes sont expri­mées en dollars pour affi­cher un chiffre moins inquié­tant et les recettes en yuans, le grand nombre de zéros venant rassu­rer le lecteur.

C’est ainsi que les 18 milliards de dollars de dette peuvent être avalés sans trop de risques d’étouffement alors que les 110 milliards de yuans qu’ils repré­sentent peuvent être la cause d’un violent mécon­ten­te­ment de la popu­la­tion. Quelle que soit la devise utili­sée la dette des gouver­ne­ments locaux repré­sente 33 % du PIB, ce qui reste raison­nable dans une écono­mie décen­tra­li­sée comme celle de la Chine. Ce système a de plus pour avan­tage de réduire arti­fi­ciel­le­ment la dette publique du gouver­ne­ment central puisqu’une bonne part des emprunts est du fait des collec­ti­vi­tés locales.

Si l’État apporte sa garan­tie, les gouver­ne­ments locaux conservent toute­fois une part de respon­sa­bi­li­té. Celle-ci se situe à hauteur de 19 % des sommes emprun­tés, la garan­tie du gouver­ne­ment central ne portant elle aussi que sur une part limi­tée du capi­tal principal.

Préc.1 de 2Suiv.