Ce qui a chan­gé avec Xi Jinping ? Les appa­rences !

Des quatre plus hauts respon­sables ayant succé­dé à Mao, Xi Jinping est sans trop de doutes celui qui lui ressemble le plus. Deng Xiao Ping a été le pilier de la rupture avec la Révo­lu­tion cultu­relle, Jiang Zemin s’est conten­té de pour­suivre dans la même ligne sans faire trop de vagues et Hu Jintao s’est essen­tiel­le­ment appuyé sur les diri­geants locaux avec des yeux « grands fermés » sur leurs agis­se­ments.

- Les épouses sur le devant de la scène

Depuis son arri­vée, Xi Jinping exploite au maxi­mum l’héritage lais­sé par ses prédé­ces­seurs, Mao y compris. Un exemple est la lutte contre la corrup­tion des fonc­tion­naires, mode de fonc­tion­ne­ment large­ment entre­te­nu par Hu Jintao au nom de la paix sociale à n’importe quel prix, même le plus élevé pour la popu­la­tion. Un deuxième est la mise au premier plan de l’épouse du président, une nouveau­té depuis la très peu regret­tée Jiang Qing. Comme cette dernière, Peng Liyuan ne se contente pas de se mettre en vitrine, elle influe.

Le renvoi dans leurs foyers de milliers de militaires-artistes subven­tion­nés par l’État ou la fin du système préfé­ren­tiel accor­dé à quelques perma­nents des plateaux de télé­vi­sion ne sont pas des déci­sions venues du PCC ou de Xi Jinping, mais bien de son épouse. Idem pour la récente déci­sion de limi­ter le montant des cachets soudai­ne­ment consi­dé­rés comme indé­cents des artistes évoluant sur les plateaux des chaines de télé­vi­sion. Ancienne chan­teuse, Peng Liyuan sait de quoi il s’agit pour avoir évolué des années dans cet envi­ron­ne­ment. Suite logique de ces opéra­tions de marke­ting, l’épouse du Premier ministre fait elle aussi des appa­ri­tions volon­tai­re­ment remar­quées alors que Madame Wen Jiabao est toujours restée dans l’ombre de son mari , du moins en ce qui concerne la scène poli­tique.

La lutte contre la corrup­tion comme « arme fatale »

Il y a quelques jours, un accord a été conclu entre les services de police fran­çais et chinois afin que les fonc­tion­naires corrom­pus exilés dans l’hexagone soient pour­sui­vis et éven­tuel­le­ment extra­dés. Quelques mois plus tôt, c’est un ancien haut cadre du PCC du Shaan­xi qui a été arrê­té à son domi­cile pour des faits de corrup­tion. Rien d’extraordinaire vu la tendance actuelle, si ce n’est que ce « brave bien­fai­teur » était à la retraite depuis trois ans et pensait être passé à travers les mailles. Dernier épisode en date, l’arrestation de Zhou Yong­kang, ancien ministre de la Sécu­ri­té et person­nage très majo­ri­tai­re­ment détes­té par la popu­la­tion. Haut person­nage de l’équipe Hu Jintao, Zhou Yong­kang était égale­ment un soutien majeur à la carrière promise à Bo Xilai, les deux aspects étant inti­me­ment liés. Si cette mise en accu­sa­tion se veut « popu­laire » pour ne pas dire popu­liste, elle est égale­ment un message fort aux derniers étages supé­rieurs. S’ils n’ont direc­te­ment rien à craindre pour des raisons d’apaisement au sein du PCC, Xi Jinping a toute­fois voulu souli­gner que personne n’était en dehors de son angle de visée. Contrai­re­ment à la forme précé­dente de Révo­lu­tion cultu­relle, celle qui se déroule actuel­le­ment en Chine est appré­ciée par la popu­la­tion, ce qui est l’objectif premier.

- Rien d’autre à propo­ser

Pour­quoi ce chan­ge­ment appa­rent de système ? Rien d’exceptionnel, ce pays étant un habi­tué des modi­fi­ca­tions brutales de cap. Une autre raison est simple­ment l’absence de choix, les autres voies ayant été précé­dem­ment exploi­tées. Si le PCC veut conser­ver le pouvoir encore décen­nies, il doit fonc­tion­ner à la manière des systèmes multi­par­tis en donnant l’impression d’un chan­ge­ment en cours ou à venir. Étant seul aux commandes, il doit donc créer en interne une impres­sion d’alternance tout en gardant la main­mise sur tous les aspects poli­tiques et écono­miques. Cette illu­sion de chan­ge­ment asso­ciée à une indé­niable popu­la­ri­té doit égale­ment permettre à Xi Jinping de prépa­rer la popu­la­tion à une série de nouvelles peu agréables comme un taux de crois­sance appe­lé à bais­ser avant une longue stag­na­tion.

Une autre manière de préve­nir d’éventuels débor­de­ments est de tenir ferme­ment les rênes malgré une appa­rente douceur. C’est ce que fait le gouver­ne­ment Xi Jinping au sein d’une Chine abor­dant un des virages les plus dange­reux de son histoire. La carotte et le bâton sont donc toujours d’actualité, même si ce dernier est pour l’instant caché derrière un paravent riche­ment déco­ré. Pour se le voir confir­mé, il suffit de jeter un œil derrière le rideau, ce que nous ferons à l’occasion du prochain article.

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Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La reproduction totale ou partielle des articles de ce site n'est en aucun cas permise sans autorisation.