Ce qui a chan­gé avec Xi Jinping ? Les appa­rences ! (II)

Pour une bonne partie de la popu­la­tion chinoise, Xi Jinping est l’image même de la moder­ni­sa­tion du pays. En premier lieu est concer­née la lutte contre la corrup­tion des fonc­tion­naires et roite­lets locaux. Un deuxième « assai­nis­se­ment » touche de plus près les Chinois avec une baisse notable des scan­dales alimen­taires et autres. Même s’il est vrai que les plus sales affaires comme celle du lait à la méla­mine ou les cochons « flot­tants » de Shan­ghai ont peu de risques de se repro­duire pour des raisons méca­niques liées à l’élimination précé­dente des auteurs, ces progrès sont le plus souvent attri­bués à la nouvelle équipe gouver­ne­men­tale.

Autre aspect valant aux diri­geants un réel respect de la part des Chinois est d’avoir empê­ché l’éclatement de la bulle immo­bi­lière en inter­ve­nant massi­ve­ment sur les marchés finan­ciers. Dernier exemple d’une longue liste, la place prise par la Chine sur la scène inter­na­tio­nale. Le couple prési­den­tiel se déplace beau­coup, le fait savoir et exploite au maxi­mum cette image d’une Chine omni­pré­sente.

Côté inter­na­tio­nal, Xi Jinping est souvent décrit comme nette­ment plus libé­ral que ses prédé­ces­seurs, ce qui en réali­té sous-entend qu’il dirige son pays dans le sens que le souhaitent les occi­den­taux. Les droits de l’homme, les condi­tions de travail et autres argu­ments n’ont en effet jamais été qu’une suite de para­vents permet­tant de dissi­mu­ler hypo­cri­te­ment le déclin d’un occi­dent à court d’idées nouvelles. Une bonne partie des Chinois accé­dant à la retraite à 50 ou 55 ans alors que les Fran­çais courent après le souve­nir loin­tain d’une possible pension à 60 ans, des millions de Chinois deve­nant proprié­taire de leur loge­ment et ache­tant des voitures, tout cela était et est encore rempla­cé par les clichés offerts par une presse occi­den­tale propa­gan­diste d’une Chine commu­niste et sangui­naire obser­vée depuis les restes de l’empire colo­nial.

S’ajoutent les fabri­ca­tions chinoises répu­tées pour leur mauvaise quali­té, sans oublier la propen­sion des entre­prises locales à copier tout ce qui leur passe sous les yeux. Tout cela n’empêche nulle­ment aux consom­ma­teurs d’acheter en masse ces produits, tout d’abord parce qu’ils sont très loin d’être d’aussi mauvaise quali­té lorsqu’ils sont réel­le­ment chinois. Ensuite parce que plus de la moitié sont conçus et ordon­nés par des socié­tés occi­den­tales qui en tirent l’essentiel des reve­nus, les consom­ma­teurs faisant pour leur part de sérieuses écono­mies permet­tant aux poli­tiques de préser­ver leur tran­quilli­té en offrant pour pas cher le main­tien du pouvoir d’achat.

C’est par consé­quent sur une mer d’huile que se déplace Xi Jinping, grand spécia­liste des annonces bruyantes et souvent de l’enfoncement de portes ouvertes. Un exemple est la réforme du système judi­ciaire puisque le PCC garde en réali­té la main­mise sur ce domaine. Idem pour la ferme­ture des camps de travail bien plus liés à des raisons écono­miques qu’humanistes ou la baisse du nombre de condam­na­tions à mort qui n’est qu’une inter­pré­ta­tion diffé­rente d’un système faisant que sur 100 peines capi­tales pronon­cées, la moitié était dans les faits commuée en années de déten­tion. Même la monnaie chinoise semble touchée par le virus des appa­rences, les Euro­péens ayant enfin obte­nu que l’euro ait une valeur proche des 6,85 yuans. Pour être honnête il faut préci­ser que la banque centrale chinoise et les auto­ri­tés n’y sont que pour une petite part puisque la Commu­nau­té euro­péenne a enfin admis que plus qu’un yuan sous-évalué, c’était l’Euro qui était suréva­lué, ce qui a long­temps été le même cas pour le dollar US.

Très chère aux occi­den­taux parce qu’elle ne coûte rien, revenons-en à la liber­té d’expression. Pas celle des Zemmour, Dieu­don­né et autres commer­çants du secteur, mais du droit à n’importe quel indi­vi­du de s’exprimer sans risques, ce qui ne signi­fie nulle­ment d’être écou­té ou même enten­du. Les USA, la France et la plupart des autres pays de la planète utilisent pour cela des plate­formes et des réseaux sociaux améri­cains. Si le système Prism a mis en lumière l’étroite surveillance de ces systèmes où l’on est très rela­ti­ve­ment libre, mais espion­nés, en Chine une diffé­rence de poids existe. Si les Chinois sont égale­ment libres de s’exprimer et tout autant surveillés, les réseaux sociaux sont cette fois Chinois, ce avant tout pour des raisons finan­cières liées aux reve­nus tirés de cette exploi­ta­tion. Conclu­sion systé­ma­tique des Occi­den­taux : les Chinois sont moins libres que nous ! (Mouais, à voir !). Cette vision est en effet d’autant plus criti­quable que la plupart des affaires concer­nant les dérives des diri­geants locaux et autres ont trou­vé leurs sources dans les réseaux sociaux. Côté occi­den­taux libres, ce genre de révé­la­tions est excep­tion­nel et la presse forma­tée se garde bien de cracher dans cette soupe qu’elle sert réchauf­fée aux lecteurs.

En Chine les choses se sont-elles amélio­rées avec l’arrivée de Xi Jinping ? Non, bien au contraire. L’Internet chinois par exemple ressemble de plus en plus à celui que l’on trouve dans les pays comme la Corée du Nord. Système de plus en plus refer­mé sur lui-même, les auto­ri­tés filtrent moins qu’avant puisqu’elles coupent tout simple­ment les accès. Sont parti­cu­liè­re­ment visés les services de Google allant de la messa­ge­rie Gmail aux scripts API permet­tant l’affichage des plate­formes de blogs, CMS et autres. Le problème en Chine est qu’il est toujours diffi­cile de savoir si ces barrages ont une cause poli­tique ou écono­mique, les moteurs de recherche tels que Baidu ne dési­rant pas se faire marcher sur les pieds par des concur­rents non chinois.

Ces limi­ta­tions gênent-elles la popu­la­tion ? Abso­lu­ment pas. 90 % des Chinois ne surfent que sur la messa­ge­rie QQ et les sites de e-commerce locaux, les 10 % restant ayant depuis long­temps contour­né ces barrières par des systèmes de proxy offi­ciel­le­ment inter­dits, mais large­ment répan­dus chez les inter­nautes, les médias chinois et les diri­geants, certains possé­dant même des accès tota­le­ment libres en raison de leurs fonc­tions.

Les Chinois sont-ils plus heureux sous le mandat de Xi Jinping ? Disons qu’il y a toujours de vrais malheu­reux et d’autres qui le sont de ne pouvoir consom­mer davan­tage, mais cet aspect concerne tous les peuples de la planète. Ils sont par contre nette­ment plus nombreux à croire en un avenir enso­leillé, que ce soit pour eux ou pour leurs enfants. Pour résu­mer, une diffé­rence majeure est qu’un Président comme Fran­çois Hollande ne fait rien ou pas grand-chose et tout semble aller mal alors que Xin Jinping ne fait guère plus et tout semble ou presque aller mieux. Où se trouve l’erreur ? Sans doute dans un peuple qui se souvient qu’il a souf­fert alors qu’un autre ne se rappelle que des meilleurs moments de son passé.