Ce n’est pas pour l’argent, mais pour le prin­ci­pe

Les Yao n’ont jamais été répu­tés pour leur socia­bi­li­té avec une réel­le diffi­cul­té à s’intégrer dans une socié­té orga­ni­sée. Par le passé, cette ethnie très présen­te dans le Guangxi a été à l’origine de nombreux affron­te­ments inter ethni­que. Par temps de paix, c’est entre tribus que les Yao réglaient leurs comp­tes, toutes les raisons étant bonnes pour se taper dessus. Preu­ve que l’appartenance à une ethnie va bien au-delà du seul costu­me folk­lo­ri­que, cette tradi­tion voulant que l’on règle soi-même ses problè­mes est toujours d’actualité comme le démon­tre l’histoire récen­te qui suit.

Les Yao sont compo­sés de plusieurs bran­ches dissé­mi­nées sur l’ensemble du Guangxi et des régions limi­tro­phes. Dans les envi­rons de Guilin, on trou­ve les Yao rouges, répu­tés pour leur sens de l’indépendance asso­cié à une hospi­ta­li­té très limi­tée. Ceux qui ont visi­té les riziè­res en terras­se de Long­sheng ont croi­sé certains de leurs membres dont une majo­ri­té de femmes recy­clées dans le touris­me parfois agres­sif et toujours commer­cial. Gong­cheng est un district auto­no­me Yao situé près de Yang­shuo, cette auto­no­mie étant pensée pour préser­ver les spéci­fi­ci­tés cultu­rel­les des habi­tants, mais égale­ment pour assu­rer la tran­quilli­té des envi­rons.

Sans doute ces deux jeunes hommes ont-ils séché les cours concer­nant l’histoire de la Chine et parti­cu­liè­re­ment celle sur les diffé­ren­ces cultu­rel­les des ethnies. Ce matin du 12 avril, ils pénè­trent sur ce terri­toi­re natu­rel­le­ment hosti­le à bord d’une voitu­re dému­nie de tout docu­ment admi­nis­tra­tif. Normal, car aucun des deux n’a le permis de condui­re et l’origine du véhi­cu­le n’est pas exac­te­ment défi­nie. Peu de risques d’être contrô­lé par la poli­ce, celle-ci évitant les incur­sions sans y être expli­ci­te­ment invi­tée par les auto­ri­tés loca­les Yao.

Que viennent-ils faire sur ce terri­toi­re ne possé­dant qu’un vague lien avec la mère patrie ? Voler des chiens qui seront ensui­te vendus dans des restau­rants spécia­li­sés. Un des jeunes est au volant et l’autre tient une arba­lè­te propul­sant un trait char­gé d’une dose d’anesthésique. Deux chiens ont déjà fait les frais de cette expé­di­tion et un troi­siè­me est repé­ré. La voitu­re s’approche, le passa­ger bais­se la vitre, sort l’arbalète et tire. Après avoir parcou­ru une centai­ne de mètres, le véhi­cu­le recu­le pour récu­pé­rer l’animal mort en quel­ques secon­des.

Le passa­ger descend pour récu­pé­rer le chien, mais se trou­ve entou­ré d’une cinquan­tai­ne de villa­geois armés de machet­tes et autres « signes de bien­ve­nue ». Le conduc­teur est pour sa part invi­té à descen­dre du véhi­cu­le dans la plus pure tradi­tion Yao. Si la voitu­re est massa­crée en quel­ques secon­des, les deux jeunes ne sont guère en meilleur état après un passa­ge à tabac respec­tant toujours les us et coutu­mes locaux. Les chiens sont sortis du coffre et posés sur les deux voleurs ados­sés à la voitu­re afin de procé­der à la tradi­tion­nel­le photo souve­nir.

La poli­ce aler­tée arri­ve sur les lieux ou plutôt à proxi­mi­té. Pas ques­tion en effet d’aller jouer les héros dans cet envi­ron­ne­ment déjà hosti­le en temps normal. Après les habi­tuel­les négo­cia­tions, les villa­geois récla­ment 50 000 yuans pour libé­rer les deux jeunes. Les famil­les des deux voleurs sont alors invi­tées à rejoin­dre la fête, ce surtout pour résou­dre les ques­tions finan­ciè­res. Les poli­ciers expli­quent aux parents que la situa­tion est très tendue et qu’ils ne sont pas assez nombreux pour inter­ve­nir par la force.

Deman­der des renforts ? Les villa­geois en feraient autant et l’incident tour­ne­rait à l’affrontement de masse. Quel­ques dizai­nes de minu­tes plus tard, les parents revien­nent avec la somme deman­dée et la remet­tent à un respon­sa­ble du villa­ge qui se met aussi­tôt à comp­ter les billets. « Bien évidem­ment, ce marchan­da­ge n’a pour objec­tif que la recon­nais­san­ce de l’identité cultu­rel­le des membres de cette ethnie et n’est en rien dicté par un quel­con­que inté­res­se­ment ». Il s’agit en effet d’une tradi­tion Yao qui veut que la moin­dre attein­te à l’intégrité de ce peuple soit dédom­ma­gée. Il en est ainsi depuis des siècles avec de fréquents enlè­ve­ments et des descen­tes puni­ti­ves dans les villa­ges voisins.

Les deux jeunes ont été hospi­ta­li­sés après avoir été rendus aux famil­les et dès que leur état de santé leur permet­tra devront passer quel­ques jours en déten­tion admi­nis­tra­ti­ve avant d’être jugés. Condui­te sans permis, défaut d’assurance et de carte grise, meur­tre des chiens à l’aide d’une arme non auto­ri­sée s’ajouteront au trou­ble à l’ordre public, ce qui devrait leur valoir quel­ques années de prison. Et les villa­geois qui ont agres­sé les deux jeunes et massa­cré la voitu­re ? Cet aspect fera l’objet d’une longue enquê­te …