Capi­ta­lisme contre capi­ta­lisme : le choc de deux mondes (2)

chocFace au Front popu­laire des anciens colo­ni­sa­teurs, deux pays émer­gents et surtout remuants. Il est déjà utile de rappe­ler ce qu’est un pays émergent : « Les pays émer­gents sont des nations dont le PIB par habi­tant est infé­rieur à celui des pays déve­lop­pés, mais qui connaissent une crois­sance écono­mique rapide, et dont le niveau de vie ainsi que les struc­tures écono­miques convergent vers ceux des pays déve­lop­pés (Wiki­pé­dia). En termes moins hypo­crites, ce sont des pays moins sous-développés que d’autres, mais toujours sous la barre du fréquen­table. Fréquen­table par rapport à quoi ? À un niveau fixé par leurs anciens maîtres.

Or, l’élève qui dépasse le maître n’est que rare­ment bien suppor­té par ceux ayant long­temps consi­dé­ré que ces peuples étaient juste bons à être asser­vis. De plus, des pays qui ont passé le plus clair de leur temps à se taper dessus en étant à l’origine de deux guerres mondiales ne peuvent que diffi­ci­le­ment être nommés « déve­lop­pés ». Les géné­ra­tions actuelles ne sont bien évidem­ment pour rien dans les dérives de leurs ancêtres en n’ayant qu’hérité de ce passé. Certains en tirent toute­fois une évidente fier­té et n’éprouvent nulle­ment le besoin de chan­ger quoi que ce soit au nom d’une indis­cu­table supé­rio­ri­té tout autant héri­tée et surtout de leur confort personnel.

Mais il est vrai qu’il est ques­tion ici d’économie, c’est-à-dire la version capi­ta­liste de l’esclavagisme. Dans ces condi­tions, et du fait que le PIB par habi­tant d’un Chinois est 8 fois infé­rieur à celui d’un Fran­çais, que de très nombreuses entre­prises étran­gères exploitent la main-d’œuvre chinoise en réali­sant de géné­reux profits, on peut dire que la Chine est un pays sous-développé puisque accepte par force ces conditions.

Toujours est-il que lais­ser des pays émer­ger pour se donner une très rela­tive bonne conscience était accep­table tant que les pays « déve­lop­pés » restaient à un niveau suffi­sam­ment élevé par rapport, non pas à leurs élèves, mais à leurs nouveaux esclaves. À partir du moment où certains d’entre eux frôlent le niveau où se situent les pays très riches, il est inéluc­table que des fric­tions se produisent. Ces pays deve­nus agaçants sont au nombre de deux, les autres n’étant là que pour la figu­ra­tion. Il s’agit de la Russie et de la Chine avec des visions très diffé­rentes de leur progres­sion. Le premier rêve de recons­truire une forme d’URSS, mais style capi­ta­liste à l’image de la Commu­nau­té euro­péenne, l’autre rêve de deve­nir l’équivalent des États-Unis quitte à oublier ses 5000 ans de civi­li­sa­tion, l’objectif étant de ressem­bler au plus près à ce qu’elle pense être un modèle.

Dans les deux cas, ces nations sont passées en quelques années d’un système pure­ment collec­ti­viste à un autre repo­sant sur le seul capi­ta­lisme. Rien de catas­tro­phique pour les pays riches tant que les deux émer­gents restent à l’intérieur de leurs fron­tières, le gâteau restant intact. On écoule ses produits sur les marchés inté­rieurs, on échange avec quelques parte­naires commer­ciaux du même cercle, le tout en tirant les ressources des sous-sols de pays autre­fois colo­ni­sés et à présent sous la coupe de quelques dicta­teurs amis. Pour ce qui est des produits manu­fac­tu­rés, ils sont origi­naires de pays à bas coût de main d’œuvre dont les pays déjà riches tirent la plus-value.

Avec d’un côté l’atelier du monde repré­sen­té par la Chine et de l’autre la Russie deuxième produc­teur mondial de pétrole et premier dans la produc­tion de gaz, les deux puis­sances asso­ciées ne pouvaient à terme que repré­sen­ter un danger écono­mique pour les vieilles nations endor­mies sur leurs lauriers. Pour­quoi la plupart des diri­geants n’ont rien vu venir ? Parce que d’une part ils vivent sur le sché­ma d’un monde immo­bile qu’ils sont censé super­vi­ser et d’autre part parce qu’ils passent le plus clair de leurs temps à cher­cher à être élus ou réélus. La prio­ri­té est donc de dissi­mu­ler les dangers exté­rieurs, énarques et autres centra­listes ne sachant du monde que ce que leurs ensei­gnants sont capables de leur apprendre, soit des bases de raison­ne­ment datant de l’empire colonialiste.

Le choc était pour­tant inévi­table comme le prouve actuel­le­ment ce qui n’est toute­fois qu’un début. La suite au prochain épisode…