Cadeau de nouvel an : une magni­fique paire de menottes

menottesLe passage d’une année à l’autre n’est que peu célé­bré ici, les habi­tants se réser­vant pour le tradi­tion­nel Nouvel An chinois. En dehors de quelques pétards et fusées rien d’extraordinaire et ce same­di ressem­blait à bien d’autres. Passé minuit et après nous être souhai­té la « bonne année » : au lit !

Trois heures du matin, le télé­phone sonne. Depuis l’agression qu’a subie mon fils il y a quelques années, ce genre d’appels nocturnes a le don de me glacer le sang. Cette fois, c’est l’épouse d’un de mes beaux-frères qui demande si son mari est chez nous. Elle est rentrée de son travail et a trou­vé la télé­vi­sion allu­mée, de l’eau pour le thé en train de bouillir, mais pas son mari.

On appelle ses fréquen­ta­tions habi­tuelles, mais tous ses amis sont couchés et ne savent pas par consé­quent pas où il est. On appelle l’hôpital, mais rien qui lui ressemble parmi les nombreuses personnes admises comme tous les same­dis aux urgences.

La femme de mon beau-frère arpente les rues voisines à la recherche du moindre rensei­gne­ment tandis qu’avec mon épouse on tente de le repé­rer dans un des restau­rants de rues. Nous nous disons qu’un copain a dû l’appeler pour qu’il le rejoigne, mais après avoir fait le tour de la ville : toujours rien.

Il est 5 heures lorsqu’une sœur de mon épouse appelle pour nous annon­cer qu’il est retrou­vé. Où est-il ? En prison avec 7 autres personnes, ce qui explique qu’il ne répon­dait pas à nos appels. La raison de cette « incar­cé­ra­tion » nocturne ? Alors qu’il était seul chez lui, il a eu envie d’aller faire un tour dans une salle voisine aména­gée en tripot clan­des­tin. Là, on ne joue pas à la roulette, mais aux cartes et les mises se limitent à quelques billets de 10 yuans. Ceux qui ne jouent pas direc­te­ment peuvent parier sur le joueur de leur choix en espé­rant que celui-ci remporte la partie. Bien évidem­ment ces jeux d’argent sont inter­dits, mais sont courants tout au long de l’année. Le seul problème est que le Nouvel An approche et que comme chaque année la police reçoit des ordres tendant à « nettoyer le paysage » à l’approche des fêtes.

Dès la fin du mois, ces acti­vi­tés « clan­des­tines » pour­ront reprendre, mais pour l’instant on se fait « propre sur soi ». Toujours est-il que pour­tant préve­nu il y une semaine, les joueurs et leurs fans se sont réunis à nouveau, ce qui a valu une descente de police et l’arrestation de toutes les personnes présentes, dont mon beau-frère qui il est vrai a le don de souvent se trou­ver à l’endroit où il ne faut pas.

Toute­fois rassu­rés sur son avenir, nous sommes allés nous coucher et c’est à 12 heures que nous sommes allés récu­pé­rer le « délin­quant ». Pour les prin­ci­paux acteurs de la partie de cartes, la police donne le choix entre 15 jours de prison passés à « l’hôtel commu­nal » ou le verse­ment d’une amende de 1000 yuans. Pour les spec­ta­teurs, le prix de la place est de moitié, soit 1 semaine ou 500 yuans. Dans les deux cas, c’est l’amende qui est choi­sie, les inter­ve­nants espé­rant épon­ger leur perte dès la reprise des nombreuses parties.

Pas ques­tion toute­fois de payer et de partir de la même manière que l’on achète un sac de riz. Les poli­ciers multi­plient les docu­ments à signer, le tout accom­pa­gné d’un discours mora­li­sa­teur de circons­tances. Si les préve­nus se moquent éper­du­ment de ces sages paroles, les personnes venues récu­pé­rées leur conjoint ont nette­ment moins le sourire. Ces centaines de yuans ainsi perdus seront autant de moins qui pour­ront être dépen­sés lors des festi­vi­tés à venir.

Une fois la dette à la socié­té acquit­tée, mon épouse souhaite une bonne année à son frère (新年快乐) que nous lais­sons entre les mains de sa femme pour le moins peu souriante et qui souhaite à sa manière le nouvel an à sa moité. Cette année débute par des restric­tions et celles-ci n’ont rien à avoir avec l’inflation.

Une manière comme une autre de bien commen­cer l’année !