Le bon, la brute et le néant

le-cabaret-du-neant_2015570-LIl y a quelques jours, le président Obama a rendu visite aux gouver­neurs des 51e, 52e et 53e États compo­sant les USA. Qu’il s’agisse du Japon, de la Corée du Sud ou des Philip­pines, le discours s’est résu­mé à « Quel que soit le problème, nous sommes là pour vous proté­ger contre la Chine ». En souli­gnant le blanc-seing donné aux trois États d’Asie, les USA ont mis la pres­sion sur la Chine avec un très percep­tible sous-entendu « Touche pas à mon pote, quoiqu’il fasse ». C’est ce même discours qui est de mise en Ukraine où le bon a arbi­trai­re­ment déci­dé de celui qui avait raison.

Une brute en Asie dont le rôle est tenu par la Chine, une autre en Europe avec la Russie, voilà qui devrait occu­per les mili­taires améri­cains, d’origine et natu­ra­li­sés, durant quelques années tout en permet­tant aux usines d’armements de main­te­nir leurs cadences de produc­tion et donc leurs béné­fices. Si côté russe, cette menace ne fait qu’émoustiller un Vladi­mir Poutine enivré par son succès diplo­ma­tique en Syrie, la réac­tion chinoise a été toute autre. Message fort du président Xi Jinping à desti­na­tion des troupes chinoises, média­ti­sa­tion de la mise en service de nouveaux héli­co­ptères et de chars d’assaut ont deux objec­tifs. Le premier est de répondre aux piques d’Obama en montrant ses biceps. La deuxième vise l’opinion publique chinoise lasse des décla­ra­tions aussi mena­çantes que répé­tées des porte-paroles des Affaires étran­gères concer­nant les Iles Diaoyu. Pour de nombreux Chinois, le senti­ment qui prévaut est que le pouvoir natio­nal a peur de mettre le doigt dans l’engrenage du fait des risques d’une défaite.

Le peuple chinois tient-il réel­le­ment à se venger de l’invasion japo­naise de 1939 et acces­soi­re­ment remettre la main sur les îles Diaoyu ? Dans leur immense majo­ri­té, les Chinois s’intéressent bien plus à la sortie du dernier iPhone qu’à des aspects ne pouvant rien leur appor­ter en matière de consom­ma­tion. Ce désin­té­rêt arrange d’ailleurs les affaires des diri­geants qui limitent leurs velléi­tés à des décla­ra­tions adap­tées aux circonstances.

porte-NeantÀ ce jeu de rôles auquel parti­cipent les trois grandes puis­sances que sont les USA, la Russie et la Chine, s’ajoute le no mans land euro­péen proche du néant. Il peut diffi­ci­le­ment en être autre­ment avec une poli­tique qui n’est que le miroir de celle des USA, une alimen­ta­tion en gaz dont une bonne partie vient de Russie et un pouvoir d’achat des popu­la­tions main­te­nu grâce aux impor­ta­tions chinoises à bas coût. Si Japon, Corée du Sud et Philip­pines comptent sur leur allié histo­rique, l’Europe s’est pour sa part tota­le­ment fondue dans le moule mis en place après la Deuxième Guerre mondiale. L’informatique en géné­ral, les moteurs de recherche majeurs que sont Google, Bing et Yahoo, les réseaux sociaux Face­book, Twit­ter, Linke­dIn et autres, tout cela est améri­cain. Diffi­cile dès lors de parler d’espionnage de la part de la NSA alors que ce sont les pays visés qui ont ouvert en grand leurs portes. Visi­ble­ment, ces aspects ne sont pas concer­nés par le « Made in France » prônée par Arnaud Monte­bourg qui repré­sente à merveille l’absence de poli­tique euro­péenne quelque soit le secteur.

chamallow.Tous ces mollas­sons font pâle figure à côté d’un Poutine droit dans ses bottes, ce qui explique la sympa­thie d’une partie de l’opinion publique euro­péenne à son égard. Il appa­raît clai­re­ment que de nombreux Euro­péens sont fati­gués de ces chamal­lows élus par manque de choix. Ce néant euro­péen voulu par les USA a de forts risques d’être sanc­tion­né lors des prochaines élec­tions. Rassurez-vous, les consé­quences ne peuvent que se limi­ter à quelques rayures sur le parquet lors du dépla­ce­ment des chaises musi­cales. De l’extrême droite à son point oppo­sé, les candi­dats visent la place et ses avan­tages en ayant tota­le­ment conscience que les déci­sions se prennent à Washing­ton. La guerre civile ou guerre tout court semble prendre forme en Ukraine, faisant ainsi suite aux conflits en Corée, au Viet­nam, en Irak ou en Syrie. L’Europe de l’Ouest n’a pas à s’inquiéter, les USA n’ayant aucun inté­rêt à se tirer une balle dans le pied en trans­por­tant un conflit dans le jardin euro­péen deve­nu sa rési­dence secondaire.

[easyazon_block add_to_cart=«default » align=«center » asin=«226404229X » cloaking=«default » layout=«top » localization=«default » locale=«FR » nofollow=«default » new_window=«default » tag=«refldechin-21»]