Bo Xilai : version chinoise de « Arse­nic et vieilles dentelles »

heMis à part Le Point, peu nombreux sont les médias tentant encore de faire croire que Bo Xilai a été limo­gé pour des raisons poli­tiques. L’épouse de l’ancien secré­taire géné­ral de Chong­qing sous le coup d’une incul­pa­tion de meurtre, il était diffi­cile au parti unique de garder dans son seing un membre impli­qué de près ou de loin dans cette affaire.

L a mort du conseiller fami­lial britan­nique Neil Wood donne en effet un sérieux coup de vieux à la version « règle­ment de compte et lutte de clans » pour ne deve­nir qu’une banale affaire crimi­nelle dont les enquê­teurs devront extir­per le rôle de Bo Xilai. Là où les médias occi­den­taux voient un énième épisode des luttes intes­tines au sein du PCC, se profile l’ombre d’une compli­ci­té ayant eu pour objec­tif de couvrir la mort d’une personne s’étant visi­ble­ment très bien inté­grée dans ce milieu où comme ailleurs mafia et poli­tique se côtoient. Proche dans ses tradi­tions de celle de la cour d’Angleterre ou de l’époque des Médi­cis , le sujet de sa « Très Gracieuse Majes­té » Neil Wood a succom­bé à une ambi­tion venant concur­ren­cer celle de l’épouse de Bo Xilai.

Le secré­taire géné­ral était il au courant de ce nettoyage opéré par son épouse ? Si elle s’est peut-être gardée de lui révé­ler, il appa­rait de plus en plus évident que son adjoint et chef de la police était lui infor­mé du rôle joué par la femme de son patron. C’est ce qui explique la jour­née passée au Consu­lat des USA, son adjoint ayant les plus grands doutes sur d’éventuelles pour­suites venant du sommet péki­nois. C’est sans doute cette visite étran­ge­ment média­ti­sée qui a égale­ment donné une suite à cette affaire qui sans ce tapage aurait pu en rester là.

Crai­gnant visi­ble­ment pour sa vie en sachant ce qu’il avait appris sur le meurtre de Neil Wood, Wang Lijun n’a trou­vé d’autre refuge que ce lieu haute­ment symbo­lique, à moins que sa volon­té n’ait été de donner un point de départ à une éven­tuelle enquête. Bo Xilai a-t-il mena­cé Wang Lijun par peur de voir son ascen­sion poli­tique brisée ? Rien d’impossible pour un homme aux dents assez longues pour rayer les parquets du Polit­bu­ro. De là à dire que certains membres n’ont fait aucun effort pour le proté­ger, il n’y a qu’un pas facile à fran­chir lorsque l’on sait que la vision conser­va­trice de Bo Xilai allait deve­nir de diffi­ci­le­ment compa­tible avec la future équipe majo­ri­tai­re­ment Shan­ghaienne et donc réfor­ma­trice.

C’est sans doute ce seul aspect qui peut être assi­mi­lé avec une guerre des clans, même si en France les soutiens à DSK se sont révé­lés bien moins nombreux après la révé­la­tion des ses déra­pages. Poli­tique et crimi­na­li­té ayant de tout temps entre­te­nu des liens parfois étroits, Bo Xilai n’est qu’une de ces personnes ayant pensé que sa fonc­tion pouvait couvrir n’importe quel déra­page. Ce n’est donc sans doute pas à un fran­çais, qu’il soit ou non jour­na­liste, de donner des leçons de bonne conduite ou à aller cher­cher midi à quatorze heures alors que bien des montres « Made in France »ont leurs aiguilles clouées par simple inté­rêt person­nel ou au nom de l’intérêt de l’État.

Depuis ce matin, chaque jour­nal télé­vi­sé fait l’objet d’un commu­ni­qué donnant les raisons offi­cielles du limo­geage de Bo Xilai. Le lien avec le meurtre de Neil Wood y est clai­re­ment évoqué ainsi que l’implication de l’épouse de celui qui est passé d’étoile à astre plus ou moins mort.

Arse­nic et Vieilles Dentelles de Frank Capra 1944

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