Bo Xilai : la croi­sade de trop

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Il y a encore peu, Bo Xilai était présen­té par bien des médias occi­den­taux comme une malheu­reuse victime des luttes de pouvoir agitant les hautes sphères diri­geantes. Cette version était celle émanant de jour­na­listes qui sans n’être au courant de rien, ne se privaient pas pour autant d’encenser un de ces nombreux roite­lets qui comme à la peu glorieuse époque des seigneurs de guerre régnait sans partage sur son terri­toire.

Pour ma part, je me suis bien gardé, non pas de défendre le pouvoir en place comme le prétendent certains, mais de racon­ter tout et son contraire, ce que me permet ma non-appartenance à la profes­sion de jour­na­listes. Si dans chacun des articles sur ce sujet, j’ai émis certains doutes, c’est bien moins sur une personne dont je ne connais pas grand-chose, que sur la ville où l’ex-futur membre du Polit­bu­ro sévis­sait. Chong­qing traîne derrière elle une répu­ta­tion des plus noires, et ce bien avant que l’équipe de Mao n’arrive au pouvoir. Un des berceaux des triades, les habits noirs qui leur ont succé­dé ne sont guère moins puis­sants que par le passé et disposent toujours des mêmes argu­ments qui sont la corrup­tion et la violence. Un exemple en est la construc­tion du dernier aéro­port où une enquête appro­fon­die a révé­lé plusieurs malver­sa­tions mettant en cause des cadres locaux et une ribam­belle d’entreprises ayant parti­ci­pés de près ou de loin à de gigan­tesques détour­ne­ments d’argent.

Une quali­té que l’on peut toute­fois recon­naître à « l’ange blanc » Bo Xilai est d’avoir été un plus malin que les autres en se forgeant une armure ornée non pas de la croix des Templiers, mais d’un marteau et d’une faucille. Revê­tu de cette cuirasse, il a ainsi pu donner de lui une image d’incorruptible aux diri­geants natio­naux, qui sans être tota­le­ment dupes s’accommodaient très bien de cette situa­tion. Là où le secré­taire géné­ral de Chong­qing a pêché, c’est en oubliant qui il était réel­le­ment, finis­sant par croire qu’il était l’intègre respon­sable dont il ne jouait en fait que le rôle. Deve­nant un peu trop vorace à l’approche des chan­ge­ments de têtes prévues en fin d’année, il lui a été mis dans les jambes un certain nombre de déra­pages fami­liaux qui ont provo­qué sa glis­sade.

Si ces peaux de bananes étaient au frais depuis déjà un bon moment, c’est du sommet qu’elles ont été lancées par quelques mains anonymes dési­rant se débar­ras­ser de celui qui s’était pris à son propre jeu. Que son fils roule en Ferra­ri ou que sa famille ait béné­fi­cié de certains avan­tages n’est que pour une part dans son évic­tion et c’est en fait l’accumulation de ces divers points et de son ambi­tion qui ont provo­qué sa chute.

Comme dans n’importe quel pays, démo­cra­tique ou non, savoir rester à sa place est un signe de longé­vi­té, ce que n’n’avais pas encore compris Bo Xilai qui ne demeure un martyr que pour les seuls quelques forma­tés des méninges qui trainent actuel­le­ment dans les rues de Chong­qing en cher­chant dans les poubelles de quoi faire un article.

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