Bo Xilai, entre Mao et Lepen

oublierHila­rante est la réac­tion des médias prenant à mots plus ou moins couverts la défense d’un Bo Xilai peut-être moins blanc qu’il n’y parait. Obnu­bi­lés par leur combat contre le pouvoir chinois, faire de l’ancien secré­taire un martyr est deve­nu une prio­ri­té en mettant de côté les aspects noirs du person­nage.

Il ne s’agit toute­fois pas d’une première puisqu’il en a été de même lors de l’éviction du plus haut respon­sable de Shan­ghai condam­né à 18 ans de prison pour diverses malver­sa­tions ou de l’ex-président Taïwa­nais sacri­fié d’après ces mêmes médias, sur l’autel du rappro­che­ment entre les deux rives.

S’il est souvent repro­ché aux diri­geants actuels de restreindre les liber­tés de la popu­la­tion, c’est un des plus purs conser­va­teurs que défendent des médias n’étant plus depuis long­temps à une contra­dic­tion près. Cet aveu­gle­ment parti­san leur fait par exemple oublier les accu­sa­tions de torture profé­rées par des membres de la secte Falung contre Bo Xilai lorsqu’il était gouver­neur du Liao­ning . Si une plainte avait été dépo­sée à l’époque (2007) auprès d’un tribu­nal austra­lien, c’est l’immunité dont béné­fi­ciait Bo Xilai et son futur poste à Chong­qing qui avait pous­sé le gouver­ne­ment à lais­ser cette histoire de côté, préfé­rant préser­ver ses rela­tions écono­miques.

Comme pour DSK, la presse ressort l’ombre du complot alors que les raisons pour­raient là encore être bien plus maté­rielles, de nombreux soup­çons de trafic d’organes pesant sur les épaules de celui qui a rempla­cé sur les ondes de sa ville les chan­sons des rockers chinois par des chants révo­lu­tion­naires.

Une idéo­lo­gie maoïste, mais des méthodes plus proches de celles rêvées par le FN, ont sans doute fait de Bo Xilai un homme appré­cié par une partie de la popu­la­tion de cette ville histo­ri­que­ment corrom­pue en étant un des grands berceaux de la mafia. À une époque où la Chine est en proie à une hausse notable de la délin­quance, il est méca­ni­que­ment normal que certains habi­tants se tournent vers les éléments les plus popu­listes, même s’il ne s’agit là que d’un paravent cachant des actions moins glorieuses.

Il ne s’agit pas pour moi de prendre la défense de ceux qui ont fait tomber Bo Xilai, mais de modé­rer ce juge­ment mala­dif de certains médias prêts à écrire tout et son contraire au nom constance dans l’opposition. Ce genre de campagnes média­tiques m’amène à me deman­der si ces oppo­sants systé­ma­tiques ne trou­ve­raient pas à redire si demain la Chine deve­nait une démo­cra­tie. Ce qui semble surtout déran­ger ces repré­sen­tants de l’immobilisme est juste­ment le fait que des choses puissent chan­ger dans un pays, ce qui se révèle bien trop contras­tant avec leur pays d’origine où rien ne bouge depuis des décen­nies.

Pour termi­ner sur un point égale­ment très amusant, il est utile de citer la source même des infor­ma­tions relayées par ces médias. C’est en effet sur le Weibo que vont s’alimenter les employés zélés de la presse, lieu qui est comme chacun le sait celui où sont colpor­tées le plus de rumeurs plus ou moins farfe­lues. Mais comme dit le proverbe, qui se ressemble s’assemble.