Bo Xilai devant la justice : l’étoile montante termine sa descente aux enfers

« Le Bo Xilai » semblant dans un premier temps avoir joué un rôle passif dans le meurtre valant à son épouse de se retrou­ver derrière les barreaux, il était logique de penser qu’après la condam­na­tion à 15 ans de prison de son ex-adjoint, les choses allaient en rester là. Le bureau poli­tique du Comi­té Central du PCC vient d’en déci­der autre­ment en annon­çant le trans­fert du dossier à la justice, celui-ci étant il est vrai appa­rem­ment déjà bien four­ni.

Parmi les éléments jusqu’alors incon­nus du grand public figure sa possible impli­ca­tion dans le meurtre de Neil Heywood ainsi que plusieurs dérives portant sur d’importants pots-de-vin encais­sés direc­te­ment ou par l’intermédiaire de sa famille, de nombreuses liai­sons extra –conju­gales décrites comme indé­centes par le bureau poli­tique ainsi que d’autres acti­vi­tés crimi­nelles non préci­sées dans le commu­ni­qué offi­ciel.

L’élément nouveau, et sans doute le plus marquant, est que les déra­pages de celui qui était présen­té par la presse occi­den­tale comme une victime des luttes de pouvoir au sein du PCC ne se sont pas concen­trés lors de son affec­ta­tion comme secré­taire géné­ral de Chong­qing, mais durant toute sa carrière. En poste à Dalian ou au Minis­tère du Commerce, il appa­rait aujourd’hui que Bo Xilai n’a fait que pour­suivre à Chong­qing (qui n’est ni la plus grande ville du monde, ni même de Chine) une méthode initiée bien des années plus tôt.

La prépa­ra­tion du procès devrait lais­ser quelques mois à l’ancien secré­taire géné­ral pour affi­ner sa défense, ne pouvant toute­fois pas être soute­nu par son épouse avocate occup­pée ailleurs. Que risque-t-il ? Gros puisqu’avec les seuls griefs qui lui sont aujourd’hui repro­chés, c’est déjà la prison à perpé­tui­té qui pointe son nez. Pour peu que sa parti­ci­pa­tion au meurtre du Britan­nique se révèle être autre chose que d’avoir inci­té son adjoint au silence Bo Xilai peut se voir condam­ner à la même peine que son épouse, une réelle condam­na­tion à mort étant peu probable du fait que les crimes finan­ciers ne sont plus passibles de la peine capi­tale.

La ques­tion qui peut se poser est de savoir comment une carrière émaillée de déra­pages n’a pas atti­ré l’attention plus tôt. Si certains témoi­gnages dont celui du fran­çais Patrick Devil­lers ont pu permettre de mettre en lumière certains points, il ne faut toute­fois pas perdre de vue que ce mode de fonc­tion­ne­ment est courant. Quel que soit le niveau de respon­sa­bi­li­té poli­tique ou autres, le « prin­cipe » se résume au fait que tant qu’un compor­te­ment reste discret, la personne béné­fi­cie d’une forme d’absolution. Il en a été ainsi de l’ancien ministre des Chemins de fer et de bien d’autres dont un glis­se­ment trop voyant a ensuite provo­qué une cascade de révé­la­tions. Bo Xilai n’est donc pas une excep­tion, ne l’a jamais été, ce malgré l’image présen­tée depuis quelques mois par une presse cher­chant toutes les occa­sions de criti­quer un système qui s’il est loin d’être parfait est à l’origine de bien moins de non-lieux que d’autres pour­tant grands donneurs de leçons.

« L’affaire Bo Xilai » sera termi­née d’ici à quelques mois en n’ayant jamais été qu’une sale histoire de corrom­pus et non cette pseu­do lutte intes­tine chro­ni­que­ment entre­te­nue par des sourds et aveugles dispo­sant non pas d’une carte d’handicapé, mais de jour­na­liste.