Les banques de villa­ge pour soute­nir la consom­ma­tion

consommation« Il vaut parfois mieux emprun­ter l’argent dont on dispo­se que dépen­ser celui que l’on n’a pas ». C’est ce raison­ne­ment que les banques de villa­ge vont tenter d’inculquer à leurs clients. Sont ciblés en prio­ri­té les nouveaux proprié­tai­res d’appartements dont certains doivent atten­dre plusieurs mois avant d’aménager dans leur loge­ment. L’acompte obli­ga­toi­re étant déjà souvent partiel­le­ment finan­cé par les fonds avan­cés par la famil­le et les amis, il devient diffi­ci­le de payer les travaux de fini­tion tels que pose du carre­la­ge et de l’électricité ainsi que les achats de meubles et d’électroménager.

Le résul­tat est des milliers de loge­ments inoc­cu­pés alors que le rembour­se­ment du prêt débu­te dès la remi­se des clefs par le promo­teur immo­bi­lier. Cette volon­té d’aider les nouveaux proprié­tai­res a plusieurs objec­tifs dont un est de préser­ver la paix socia­le à travers celle des ména­ges. Rembour­ser chaque mois un prêt pour un loge­ment que l’on n’occupe pas crée des tensions dans les famil­les et se réper­cu­tent ensui­te sur l’ambiance géné­ra­le. Un deuxiè­me est de soute­nir l’économie loca­le en appor­tant de nouveaux clients aux maga­sins spécia­li­sés dans l’habitat et aux arti­sans réali­sant les travaux. Le troi­siè­me est d’une simpli­ci­té enfan­ti­ne puis­que se résu­me au profit réali­sé par l’établissement bancai­re.

Dans un premier temps, ces prêts complé­men­tai­res fonc­tion­ne­ront de maniè­re clas­si­que avec un apport mini­mum d’environ 20 %. Comme n’importe quel prêt, son montant sera calcu­lé en fonc­tion des reve­nus offi­ciels, mais égale­ment offi­cieux. Ce dernier point expli­que que l’attribution de ces crédits à la consom­ma­tion ait été confiée aux banques de villa­ge, celles-ci ayant pour fonc­tion d’attirer les petits clients et de lutter contre le systè­me bancai­re paral­lè­le alimen­tant l’économie grise (shadow banking).

Si le systè­me semble prêt, il reste à convain­cre les clients poten­tiels, ce qui est loin d’être gagné. Banques de villa­ge = zones rura­les, et donc menta­li­tés sensi­ble­ment diffé­ren­tes des gran­des agglo­mé­ra­tions. Ache­ter un appar­te­ment ou une voitu­re grâce à un prêt bancai­re est aujourd’hui entré dans les mœurs. La même démar­che pour finan­cer un réfri­gé­ra­teur risque de rencon­trer une oppo­si­tion de la part de person­nes raison­nant enco­re de maniè­re assez éloi­gnée de celle du consom­ma­teur dési­rant le maxi­mum dans les délais les plus courts. Si l’envie est bien présen­te, c’est l’image qui devient une barriè­re diffi­ci­le à fran­chir. Pour de nombreux ruraux, devoir emprun­ter des sommes rela­ti­ve­ment modes­tes est incom­pa­ti­ble avec la clas­se socia­le à laquel­le on est censé avoir accé­dé. Cette vision quel­que peu passéis­te de la socié­té chinoi­se expli­que que les banques de villa­ge mobi­li­sent leurs forces pour tenter de convain­cre ces ruraux de finir de bascu­ler dans le monde de la consom­ma­tion.

Dans un avenir proche, ces prêts complé­men­tai­res seront propo­sés lors de la deman­de de finan­ce­ment concer­nant l’achat du loge­ment. Étalé sur plusieurs années en étant inté­gré au prêt prin­ci­pal, ce prêt addi­tion­nel aura de fortes chan­ces d’être mieux perçu en faisant partie d’un budget global. Il reste toute­fois quel­ques détails à fina­li­ser en ce qui concer­ne le verse­ment des fonds néces­sai­res à l’aménagement du loge­ment. Les respon­sa­bles des banques de villa­ge veulent en effet être certains que ce prêt sera utili­sé pour termi­ner le loge­ment et non pour un autre usage. Les faus­ses factu­res faisant partie du quoti­dien des Chinois, éviter les déri­ves sera sans aucun doute le problè­me le plus complexe à résou­dre.