Avec un nouveau Président, les rayures vont chan­ger de sens

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linÀ une semaine du premier tour des élec­tions prési­den­tielles, il est amusant de consta­ter que les médias n’ayant rien de consis­tant à se mettre sous la dent, c’est la Chine qui est venue suppléer ce vide sidé­ral. Sans Bo Xilai et son lot de rumeurs pompées sur un weibo souvent aussi crédible qu’une promesse élec­to­rale, les jour­na­listes auraient eu en effet le plus grand mal à remplir leurs colonnes.

Il faut dire que les candi­dats se sont montrés majo­ri­tai­re­ment médiocres mettant ainsi en lumière la déca­dence d’une classe poli­tique usée et n’ayant pour seule ambi­tion que de se retrou­ver au sommet non pas pour gouver­ner, mais pour valo­ri­ser son ego. Un peu à l’image des grands shows télé­vi­sés, il est donc normal que ce télé­thon poli­tique lasse un grand nombre d’électeurs dont une partie de plus en plus impor­tante refuse de seule­ment se dépla­cer pour alimen­ter ce mauvais spec­tacle.

Si l’on en croit les sondages les jeux sont d’ailleurs faits, la roue de secours du PS semblant appe­lée à venger la défaite de son ex-compagne avec qui il s’est rabi­bo­ché pour l’occasion en atten­dant de lui donner quelques « respon­sa­bi­li­tudes ». Aubry, Fabius et consorts (en deux mots), tels sont les nomi­nés pour ces Molières de la poli­tique qui ressemblent bien plus à une remise de récom­penses pour services rendus que décer­née pour l’ensemble d’une œuvre tant les navets sont nombreux.

Si la Chine est deve­nue commu­niste en 1949, la France s’apprête à deve­nir socia­liste de la même manière que l’on change une paire de chaus­settes trouées. Si la majo­ri­té des Fran­çais se prononcent lors du second tour en faveur du candi­dat oppo­sé à celui sortant, ce sera en effet avant tout pour sortir ce dernier. Payant ainsi sa période bling-bling et ses cadeaux faits au cercle très restreint de ses amis, c’est pour­tant là que Nico­las Sarko­zy a été le moins hypo­crite avec les Fran­çais puisque se montrant tel qu’il est.

De la même manière que Mitter­rand a été élu pour chas­ser Giscard, la mission de Hollande se résume à mettre à la retraite un homme bien plus qu’un système. C’est ainsi que la démo­cra­tie se trouve utili­sée non pas pour donner la parole au peuple, mais se trans­forme en balai par le manque de courage d’une partie du peuple ayant peur de prendre la fourche comme l’on fait leurs ancêtres en 1789.

Que la balance penche d’un côté ou de l’autre, la fina­li­té est d’élire celui qui distri­bue­ra à quelques-uns le plus de miettes d’un gâteau large­ment enta­mé par une multi­tude de souris. Partant de ce constat, il est donc inutile pour les futurs « diri­geants » de présen­ter le moindre projet d’envergure, ce dont ils seraient de plus inca­pables. Abro­ger quelques lois votées par l’ »ancien régime », en mettre en service un certain nombre d’autres aussi déma­go­gique, histoire de faire plai­sir quelques mois à son élec­to­rat prêt à partir en vacances, la fina­li­té est avant tout d’avoir la paix pour savou­rer ce pouvoir si long­temps rêvé.

Ce qui est présen­té comme une alter­nance, signe d’une démo­cra­tie suprême, n’est pas sans me faire penser à la mode des vête­ments pour hommes. Des rayures verti­cales une année, hori­zon­tale une autre, oblique la suivante, sont à l’image d’une classe poli­tique sortie d’un même moule et pour qui la France est avant tout un terrain de jeu. Ce match de foot poli­tique est en effet simi­laire à son homo­logue du ballon rond avec ses milliers de spec­ta­teurs finan­çant d’une manière ou d’une autre des joueurs à la carrière certes courte, mais si gras­se­ment rému­né­rés que leur avenir est bien plus assu­ré que celui de la plupart des suppor­ters soute­nant pour­tant ce qu’ils croient être leur équipe.

Dimanche 6 mai il y aura un vain­queur qui pour­ra descendre les champs Élysée sous les accla­ma­tions comme l’ont fait Zidane et les siens en 1998. Si le lende­main les coif­feurs diront raser gratui­te­ment parce que fermés ce jour-là, c’est dès mardi 8 que les réali­tés feront à nouveau jour dans un pays où les mots « réel chan­ge­ment » peuvent être suppri­més du diction­naire sans aucune diffi­cul­té.