Auto­mo­bile : les Chinois tapent dans le haut de gamme

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Comme chaque année, le week-end qui suit la fin de l’exposition Chine-ASEAN de Nanning est l’occasion pour les conces­sion­naires auto­mo­biles de présen­ter les nouveaux modèles. Si je ne suis plus un conduc­teur, le hasard m’a pous­sé vers ce mini-salon automobile.

Plus que les carros­se­ries ruti­lantes, ce qui m’a inté­res­sé est d’observer le compor­te­ment des visi­teurs en termes d’attractivité des marques et modèles. Que ce soit en Chine ou ailleurs, ce genre de salon est pour la plupart des personnes l’occasion de s’installer au volant de voitures finan­ciè­re­ment hors de portée. Cela est d’autant plus vrai dans le Guangxi très loin derrière les méga­poles telles que Pékin, Shan­ghai, Guangz­hou et autres en matière de niveau de revenus.

Les SUV au premier rang

Sans réelle surprise, la première consta­ta­tion est que les stands héber­geant les modèles d’entrée de gammes sont toujours peu prisés dans ce genre de mani­fes­ta­tion. On vient en effet pour rêver et non pas se replon­ger dans le quoti­dien. Plus surpre­nant par contre est le désin­té­rêt pour les grosses berlines, ce même les Audi ou BMW. Si les coupés Mercedes sont très entou­rés, ce sont surtout les SUV et MPV qui suscitent le plus d’intérêt.

Une impres­sion confir­mée par les chiffres

Après avoir effec­tué quelques recherches sur les sites chinois spécia­li­sés, la tendance obser­vée lors de ce salon sans réelle enver­gure s’est fina­le­ment révé­lée iden­tique au niveau national.

Sur les 6 premiers mois de 2017, les ventes de voitures tous segments confon­dus ont chuté de plus de 30 %. Compa­rai­son des ventes entre 2016 et 2017 par origine géogra­phique des voitures :

  • Chine : -32 % 
  • Alle­magne : -22 % 
  • Japon : – 18 % 
  • États-Unis : -27 % 
  • Corée du Sud : -53 % 
  • France : -43 % 

D’un point de vue régio­nal, Pékin et le Guang­dong main­tiennent une augmen­ta­tion des ventes de voitures, les autres régions étant en baisse avec un record dans le Shan­dong (- 43 %)

L’entrée de gamme tirée vers le bas

Le secteur des voitures de moins de 90 000 yuans (envi­ron 12 000 €) est le premier concer­né par la baisse. Cette dernière est assez logique, cette gamme de voitures étant prin­ci­pa­le­ment ache­tée par les ménages aux reve­nus les plus modestes. Dans de nombreux cas, il s’agit d’une première voiture conser­vée le plus long­temps possible pour des raisons finan­cières. Les ache­teurs poten­tiels de ces véhi­cules étant à présent « servis », il est normal que le volume de ventes soit en baisse.

Les berlines et coupés pour les jeunes

Le rela­tif désin­té­rêt pour les berlines consta­té sur le salon est aussi une réali­té du marché natio­nal, seuls les modèles d’un prix supé­rieur à 180 000 yuans (23 000 €) tirant leur épingle du jeu. Ce sont les moins de 30 ans qui consti­tuent la majo­ri­té des ache­teurs de berlines, ce qui profite prin­ci­pa­le­ment à BMW, Mercedes et Lexus en hausse moyenne de 9 %.

SUV et MPV pour sécu­ri­ser sa famille

Pour les plus de 30 ans et plus, c’est le SUV et le MPV (mono­space) qui sont large­ment préfé­rés comme le démontre une hausse des imma­tri­cu­la­tions avec respec­ti­ve­ment 27 et 15 %.

Une raison à cet engoue­ment est le chan­ge­ment de poli­tique fami­liale. Les couples chinois étant à présent auto­ri­sés à avoir 2 enfants, il devient indis­pen­sable de possé­der un véhi­cule adap­té. Pour de nombreux parents, un SUV ou MPV offre une meilleure sécu­ri­té en paral­lèle de l’espace supplémentaire.

Un lien avec l’immobilier

De 2000 à 2015, l’achat d’un loge­ment a été une prio­ri­té pour la plupart des Chinois. Avec la hausse constante du prix du m², de nombreux couples ont acquis un second appar­te­ment et parfois un troi­sième. Cette vision spécu­la­tive a ensuite été frei­née par les mesures limi­ta­tives impo­sées par le gouver­ne­ment. Ne pouvant plus inves­tir dans l’immobilier, nombreux sont les Chinois qui consacrent une part plus impor­tante de leurs reve­nus à la voiture en visant des modèles plus haut de gamme.

Des condi­tions de crédit avantageuses

Comme le soulignent les panon­ceaux posés sur le toit des voitures expo­sées, l’immense majo­ri­té des ache­teurs passent par le crédit. Avec un taux d’intérêt moyen de 4 % et un apport comp­tant de 10 %, les ache­teurs poten­tiels peuvent ainsi deve­nir proprié­taire d’un modèle large­ment supé­rieur à ce que leurs écono­mies leur permettent. Dans bien des cas, une partie des 10 % d’apport sont égale­ment emprun­tés auprès de la famille ou d’amis.

Dans le prochain volet sur l’automobile, il sera ques­tion de la multi­pli­ca­tion des marques et modèles prove­nant des équi­pe­men­tiers. Un phéno­mène cachant parfois un finan­ce­ment d’entreprises loin d’être transparent.