Augmen­ta­tion des retrai­tes : faire plai­sir pour se main­te­nir

Très atten­due par les retrai­tés du Guangxi, l’annonce offi­ciel­le de la haus­se annuel­le des pensions vient d’être publiée. La pension de base augmen­te­ra de 5,5 %, ce après la haus­se de 6,5 % en 2016. Ces deux années succè­dent à la série de +10 % de 2009 à 2015.

Plusieurs raisons expli­quent la fin des + 10 % annuels auxquels les Chinois retrai­tés les plus modes­tes s’étaient habi­tués. D’une part le rattra­pa­ge promis en 2009 est sur la bonne voie. Les années à venir ont toutes les chan­ces de suivre la tendan­ce actuel­le, c’est-à-dire un ajus­te­ment progres­sif permet­tant d’atteindre les 100 % promis en 2008–2009. D’autre part, le taux d’inflation qui était de près de 9 % en 2008 a chuté à envi­ron 3 % en 2016.

En 2012, la retrai­te de base pour une ancien­ne sala­riée était d’environ 700 RMB mensuels. En 2016, la pension mensuel­le était d’un peu plus de 1200 RMB. 

Comme préci­sé, les pour­cen­ta­ges de haus­se ne concer­nent que la seule région du Guangxi et les pensions les plus modes­tes. En Chine, le gouver­ne­ment central ne fixe en effet que la ligne géné­ra­le, chaque méga­po­le ou région adap­tant ensui­te la haus­se en fonc­tion de ses spéci­fi­ci­tés. Sont ainsi pris en comp­te le coût moyen du coût de la vie, la prévi­sion des recet­tes et autres aspects locaux.

Si la haus­se des pensions a natu­rel­le­ment amélio­ré le quoti­dien des Chinois retrai­tés les plus modes­tes, elle a en paral­lè­le un impact sur leurs enfants. Moins solli­ci­tés finan­ciè­re­ment pour aider leurs parents, les enfants peuvent consa­crer une part plus impor­tan­te de leur reve­nu à leurs propres besoins et envies. Ces dispo­ni­bi­li­tés supplé­men­tai­res sont majo­ri­tai­re­ment réin­ves­ties dans le commer­ce local ou en ligne, ce qui contri­bue à l’évolution de l’activité écono­mi­que.

La volon­té d’augmenter les retrai­tes des person­nes les plus modes­tes n’est pas dictée par le seul aspect humain. Comme toujours en Chine, la stabi­li­té socia­le reste au centre des préoc­cu­pa­tions des gouver­ne­ments locaux et de celui central. Apai­ser les retrai­tés et leurs enfants passe par ces haus­ses succes­si­ves, ce en parti­cu­lier dans les régions de la Chine profon­de long­temps à la trai­ne en matiè­re de reve­nus.

Cette projec­tion politico-sociale est d’autant plus impor­tan­te qu’elle se situe en plei­ne pério­de de mise en chan­tier de la réfor­me des retrai­tes. Recu­ler l’âge de départ en retrai­te est certes deve­nu incon­tour­na­ble, mais se heur­te à une forte oppo­si­tion depuis que l’idée est lancée. La plupart des Chinois ont parfai­te­ment assi­mi­lé que l’espérance de vie en haus­se rend inadap­té un départ en retrai­te à 50 ou 55 ans pour les femmes et de 55 ou 60 ans pour les hommes (dans les deux cas en fonc­tion du niveau d’emploi occu­pé). Malgré cette prise de conscien­ce, nombreux sont ceux qui consi­dè­rent que cet avan­ta­ge est étroi­te­ment asso­cié à l’acceptation des contrain­tes impo­sées par le parti unique.

Pour résu­mer cet aspect parti­cu­liè­re­ment complexe : puis­que le systè­me chinois tend à s’aligner sur ceux occi­den­taux, il n’y a pas de raisons qu’il n’intègre pas les autres éléments. Certains l’ont été, mais il manque par exem­ple ceux touchant au choix des repré­sen­tants du peuple tous niveaux confon­dus.

Sans surpri­se, le PCC n’envisage pas les choses de la même maniè­re. Cette oppo­si­tion béné­fi­cie de la mauvai­se santé écono­mi­que des systè­mes occi­den­taux qui ne sont plus des réfé­ren­ces écono­mi­ques. Depuis peu, les auto­ri­tés s’attaquent à deux aspects régu­liè­re­ment criti­qués par la popu­la­tion :

  • La pollu­tion
  • La quali­té parfois douteu­se des produits de consom­ma­tion

Ces campa­gnes et mesu­res suivent celle de la lutte contre la corrup­tion initiée par Xi Jinping. Derriè­re le para­vent de la mora­li­sa­tion, c’est avant tout le désir de plai­re qui prime. Rien de typi­que­ment chinois, cette volon­té de faire plai­sir étant iden­ti­que dans la plupart des pays démo­cra­ti­ques où les « repré­sen­tants du peuple » sont auto­ri­tai­re­ment dési­gnés par les partis poli­ti­ques.

Si augmen­ter les retrai­tes s’accompagne d’un effet rassu­rant pour les géné­ra­tions ayant connu les années diffi­ci­les, celles plus jeunes sont bien moins sensi­bles. Les Chinois sont nombreux à ne pas avoir vécu ce qui est aujourd’hui entré dans l’histoire, ce qui impo­se aux respon­sa­bles poli­ti­ques d’innover en perma­nen­ce tout en offrant un socle soli­de. Si certains aspects de cette obli­ga­tion d’avancer se révè­lent néga­tifs lorsqu’ils sont exces­sifs, d’autres sont indé­nia­ble­ment posi­tifs.

C’est sans doute ce qui expli­que la durée du régi­me chinois, l’alternance n’étant pas en soi une fina­li­té, ce d’autant plus lors­que les choix en matiè­re de chan­ge­ment sont limi­tés aux noms de quel­ques éphé­mè­res têtes d’affiche.