Après « ache­ter aux Chinois », la mode du vendre aux Chinois

charcuterieLes dernières décennies ont été celles du « Acheter en Chine » et a permis à de nombreux boutonneux du cerveau, fraichement diplômés des écoles de commerce, de venir faire leurs premières armes dans ce pays ou de s'inventer une quelconque expertise. Cette promotion est à présent en passe d'être remplacée par une autre.

Tout aussi virtuelle et floue, cette nouvelle couvée moins voyageuse se fait fort cette fois de vendre des produits aux Chinois. C'est ainsi qu'en quelques jours, j'ai reçu plusieurs courriers m'invitant à faire part de la naissance de sites web se présentant comme des intermédiaires incontournables entre les entreprises françaises et la clientèle chinoise.

Il est déjà toujours amusant de voir certains s'agenouiller devant des Chinois alors qu'il y a encore peu il s'agissait d'imposer une fellation à ces mêmes ex-colonisés. Le commerce étant le commerce, sont mises au rencart les grandes déclarations sur les droits de l'homme, la démocratie et tout le baratin. Il est vrai que dans un pays terre d'asile de nombreux dictateurs, il a été depuis longtemps procédé à la séparation des pouvoirs avec d'un côté ce que l'on dit et de l'autre ce que l'on fait.

Le dernier en date de ces fumigènes est un site dont « j'ai oublié le nom » et qui se propose de traduire les annonces commerciales des entrepreneurs français à direction de la communauté chinoise. Concernant les Chinois de Belleville et autres visés également par cette démarche, ceux-ci exploitent depuis longtemps la filière qu'il s'agisse du sens Chine => France ou l'inverse. Pour les entreprises françaises découvrant soudainement ce marché, il est soit trop tard, soit trop tôt.

Trop tard

Pour peu qu'elles fabriquent des produits pouvant intéresser la clientèle chinoise, ceux-ci ont de fortes chances d'être déjà importés en Chine et le plus souvent par des Chinois. Idem pour le vin dont les ventes risquent de connaître une forte chute provoquée par la prise de conscience des actuels fous furieux voyant ce produit comme hautement spéculatif. Vient s'ajouter une pression de plus en plus pesante sur les paradis fiscaux tels que Hong Kong et qui ne pourra que s'accentuer malgré la frilosité affichée lors du très récent G8. Une bonne partie des investissements chinois transitant par ces coffres-forts, devoir justifier de l'origine des fonds risque de considérablement freiner certains projets. À l'heure actuelle le potentiel de clientèle est d'environ 1/3 de la population, ce qui est trop peu pour donner une place à tous les postulants.

 

Trop tôt

Sous réserve que la Chine poursuivre sur la même lancée que ces dernières décennies, ce qui est de plus en plus improbable, il faudra  plusieurs décennies avant que 1 milliard de Chinois aient les moyens de se payer des produits importés dont une partie superflue. Quand bien même, les multinationales chinoises et étrangères ne laisseraient pas passer une telle occasion et n'auraient aucun mal à mettre à profit leur avance sur les nouveaux arrivants.

À force de se voir refusés des fusions acquisitions comme pour Yoplait ou être durement critiqués lors de l'acquisition de quelques hectares de vigne, les investisseurs chinois ont sans doute commencé à comprendre qu'ils n'étaient pas les bienvenus. Entre acheter quelques Vuitton ou autres objets de luxe avec des fonds d'origine souvent douteuse et venir faire des achats commerciaux dans un pays où il leur est répété qu'ils ne sont pas appréciés, la différence est grande. Lorsque l'on connaît les difficultés rencontrées par les Chinois pour obtenir un visa touristique, cette vision d'une horde d'yeux bridés venant relever l'économie française relève de la plus pure utopie. Élire ensuite un candidat devenu président qui déclarait avant son élection que la Chine était l'ennemi principal n'est sans doute pas la meilleure  des approches amoureuses.

Le jour où la Chine s'intéressera réellement à la France en dehors de quelques valeurs héritées par sa population, elle aura largement les moyens de se payer ce qu'elle désire. Ce temps n'est pas encore venu, ce qui laisse croire à certains qu'ils vont pouvoir vendre aux Chinois n'importe quelle production labellisée Europe. À une époque où le protectionnisme est devenu une constante dans le monde, il est assez surprenant de mettre en avant son intérêt pour les Chinois alors que l'Europe se prépare à surtaxer leurs panneaux solaires. D'un autre côté, il est vrai que l'envahisseur nazi a parfois été bien accueilli par des personnes ne voyant que leurs propres intérêts.

La priorité n'est donc pas de tenter de vendre à tout prix aux Chinois, mais de changer les mentalités en profondeur. Tourner définitivement la page du colonialisme en se débarrassant d'une certaine arrogance due à un héritage certes glorieux, mais passé, serait déjà une marque d'évolution. Abandonner les enfantillages dignes de l'école maternelle avec les sempiternels « M'sieur, M'sieur, il me copie » en serait une autre. C'est en étant fort que l'on négocie le mieux et non en jouant les pleureuses ayant le plus grand mal à supporter un vieillissement précoce. Ce n'est par conséquent pas un site web ou même cent qui changeront les choses, mais la volonté de regarder en face le monde tel qu'il est,  et non pas tel qu'il a été.

Un texte de Rudyard Kipling adapté par Bernard Lavilliers qui cerne assez bien un problème loin de se résumer à vendre aux Chinois, que ce soit en .fr,.com ou même .cn.