A vendre : Bol de riz en fer.

évolutionQuand on parle de Mao, il vient de suite à l’esprit cette horrible période du bond en avant et de la révo­lu­tion cultu­relle. Bien peu de sino­logues décrivent ce qu’était la vie des Chinois durant cette période et parti­cu­liè­re­ment celle des ouvriers. C’est pour­tant cette classe sociale qui va venir gros­sir le rang des étudiants lors des mani­fes­ta­tions de Tien Anmen en 1989. Ils seront égale­ment les grands perdants de cette révolte en étant d’abord la majo­ri­té des victimes et en perdant les derniers avan­tages que leur avait octroyés le régime maoïste. Écar­tés dans un premier temps par les étudiants qui avaient bien du mal à côtoyer cette classe sociale, les ouvriers voulaient en effet défendre leurs acquis mena­cés par la mise en place du « socia­lisme de marché » de Deng Xiao­ping et il est probable que les évène­ments de 1989 n’auraient pas pris une telle tour­nure sans cette présence ouvrière venue gros­sir la masse des protes­ta­taires.

évolutionQuand on parle de Mao, il vient de suite à l’esprit cette horrible période du bond en avant et de la révo­lu­tion cultu­relle. Bien peu de sino­logues décrivent ce qu’était la vie des Chinois durant cette période et parti­cu­liè­re­ment celle des ouvriers. C’est pour­tant cette classe sociale qui va venir gros­sir le rang des étudiants lors des mani­fes­ta­tions de Tien Anmen en 1989. Ils seront égale­ment les grands perdants de cette révolte en étant d’abord la majo­ri­té des victimes et en perdant les derniers avan­tages que leur avait octroyés le régime maoïste. Écar­tés dans un premier temps par les étudiants qui avaient bien du mal à côtoyer cette classe sociale, les ouvriers voulaient en effet défendre leurs acquis mena­cés par la mise en place du « socia­lisme de marché » de Deng Xiao­ping et il est probable que les évène­ments de 1989 n’auraient pas pris une telle tour­nure sans cette présence ouvrière venue gros­sir la masse des protes­ta­taires.
L’ensemble de ces acquis sociaux, dont avaient héri­tés les ouvriers Chinois, était dénom­mé le « bol de riz en fer » et permet­tait aux ouvriers d’avoir tant un emploi à vie, qu’un loge­ment et les soins médi­caux gratuits et de béné­fi­cier de l’assurance d’une retraite. Le début des priva­ti­sa­tions, avec comme inci­dence la suppres­sion progres­sive de ces avan­tages, a donc pous­sé la classe ouvrière à se mêler à la révolte étudiante qui elle deman­dait au contraire plus de démo­cra­tie et une plus grande parti­ci­pa­tion au pouvoir. Il est assez para­doxal de consta­ter que ce sont deux aspi­ra­tions oppo­sées qui ont fait descendre dans la rue deux classes sociales qui se sont unies dans un même combat et ce phéno­mène n’est pas sans rappe­ler l’alliance de circons­tances qui avait eu lieu entre Tchang Kaï Check et les commu­nistes lors de la guerre contre le Japon.
Le gouver­ne­ment de l’époque avait plusieurs raisons de vouloir casser ce « bol de riz en fer » et la première était sans nul doute de vouloir rendre les entre­prises chinoises compé­ti­tives et rentables ce qui semblait irréa­li­sable dans une écono­mie collec­ti­vi­sée. Il fallait égale­ment une main-d’œuvre nombreuse et bon marché, ce qui impli­quait donc la suppres­sion des anciens acquis sociaux. Où en serait aujourd’hui la Chine si elle n’avait pas pris ce tour­nant ? Bien diffi­cile à dire, mais il est vrai­sem­blable que, même si aujourd’hui les inéga­li­tés sont nombreuses, ce pays en serait encore au stade de pays sous-développé et sous la coupe d’un certain nombre d’organismes Occi­den­taux et de pays riches, jouant avec l’effacement d’une dette publique en échange de ressources inté­rieures à bas prix, main d’œuvre comprise.
Para­doxal égale­ment est le juge­ment de certains Occi­den­taux qui quali­fient ce régime poli­tique de commu­niste, alors que c’est juste­ment son orien­ta­tion réso­lu­ment capi­ta­liste qui a fait naître le plus grand nombre des inéga­li­tés qui sont consta­tées aujourd’hui. Il s’avère donc que ces personnes s’attaquent davan­tage à une appel­la­tion qu’à un système de gestion, car bien fort celui qui pour­ra dire ce que le système chinois actuel a de commu­niste, dans le sens écono­mique du terme.
Si la classe ouvrière a été la plus grande perdante de cette époque de boule­ver­se­ment, elle n’a pas été la seule, car la classe paysanne elle aussi a subi de plein fouet ce chan­ge­ment avec le trans­fert de la gestion des terres, qui aupa­ra­vant étaient gérées par l’état central, vers les muni­ci­pa­li­tés et régions ce qui a entrai­né un certain nombre d’abus de la part de certains diri­geants locaux qui n’hésitaient pas à surtaxer le reve­nu des paysans. Si de nos jours ce phéno­mène existe encore, il est en nette régres­sion ne serait ce que par la peur de mouve­ments de colère, mais égale­ment grâce à un chan­ge­ment progres­sif des menta­li­tés de ces diri­geants.
Un autre aspect touchant à la classe paysanne a été le fait que l’essor indus­triel du pays a géné­ré une très forte demande de main d’œuvre et que la réserve toute trou­vée était cette classe rurale, déjà trop nombreuse pour géné­rer un reve­nu décent de son travail et qui de plus était natu­rel­le­ment atti­ré par l’espoir d’une vie plus confor­table aux abords des villes et autres zones indus­trielles. C’est en grande partie de cette classe paysanne que sont issus les millions de migrants qui aujourd’hui, passent d’une région à une autre en quête de travail et consti­tuent une part impor­tante de cette réserve inépui­sable de main d’œuvre.
Qu’en est-il aujourd’hui de ce « bol de riz en fer » ? Quelques frag­ments épar­pillés et qui vont dispa­raitre au fil du temps avec la dispa­ri­tion de leurs béné­fi­ciaires. Un ancien sala­rié d’une entre­prise publique n’a en effet pas perdu tous ses avan­tages sociaux et les années passées au service de l’état restent comp­ta­bi­li­sées, toute­fois ces personnes doivent verser les coti­sa­tions sociales qui étaient autre­fois prises en charge inté­gra­le­ment par l’état et la gratui­té totale des soins n’existe plus. Les loge­ments qui leur étaient attri­bués gratui­te­ment ont dans bien des cas été démo­lis pour lais­ser la place à des construc­tions plus fonc­tion­nelles qui leur sont parfois réser­vées en échange d’un modeste loyer. D’autres entre­prises d’État ont vendu les loge­ments à leurs anciens occu­pants et cela pour des prix raison­nables, les faisant ainsi entrer dans le système de proprié­té privée et donc du capi­ta­lisme ; il s’agit sans doute d’une façon détour­née de démon­trer à ces personnes que, si elles ont perdu certains avan­tages, elles en ont gagné d’autres.
La Chine se situe à une char­nière de son histoire où, après avoir être rede­ve­nu un grand pays, il lui reste à deve­nir une grande nation et parti­cu­liè­re­ment en ce qui concerne la réduc­tion des inéga­li­tés sociales. Pour cela, les diri­geants, présents et futurs, doivent veiller à combler le fossé qui s’est creu­sé entre les classes sociales et qui génère de temps à autre certains soubre­sauts sociaux. Pour atteindre cela, il faudra des années en en ayant la volon­té, mais une erreur de trop peut suffire à enflam­mer ce pays dont une majo­ri­té du peuple attend aujourd’hui les fruits promis par ce chan­ge­ment de système de gestion. Peu importe que ce chan­ge­ment soit réali­sé sous l’appellation Parti Commu­niste ou autre, le plus impor­tant étant que ce peuple, meur­tri par des décen­nies d’histoire doulou­reuse, trouve enfin la pros­pé­ri­té tant promise par beau­coup, mais qui met bien long­temps à atteindre toutes les classes sociales.
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Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La reproduction totale ou partielle des articles de ce site n'est en aucun cas permise sans autorisation.