À quoi ressemblent les Chinois ? De plus en plus à rien !

Occ

Dans leur ardent désir de ne plus ressem­bler à rien, les Chinois pour­suivent leur quête d’un nouveau mode de socié­té où les sino­grammes tradi­tion­nels sont ornés de « Yes », « I love You », « Happy » et autres améri­ca­nismes du genre, le tout visant à se donner l’air qu’ils n’ont pas et n’auront jamais, soit le profil type de « l’ occi­den­tal réfé­rence ». Même la couleur de peau natu­relle est rempla­cée tant à la télé­vi­sion que dans certains cas dans la rue par un aspect blan­châtre appro­chant le trans­lu­cide. Il faut avouer que certains produits se révèlent effi­caces pour donner cet aspect lessi­vé, lais­sant de temps à autres appa­raître les quelques derniers neurones en état de fonc­tion­ne­ment.

Le pire de ces dérives compor­te­men­tales est que les Chinois n’en ont pas la primeur et sont très loin d’avoir inven­té cette mode visant à ressem­bler à ce que l’on n’est pas. En France, les années 70 ont été égale­ment celles du tout anglais avant que la pizza ne prenne la place du cassou­let et le hambur­ger celle du casse-croûte à base de char­cu­te­rie auver­gnate. Comme en Chine aujourd’hui, il était de bon ton dans ces années là de glis­ser une phrase anglaise ou deux apprises phoné­ti­que­ment dans une chan­son typi­que­ment fran­çaise, là déjà pour être à la mode. En pleine guerre du Viet­nam, les Rangers des surplus améri­cains chaus­saient bien des jeunes aux cheveux longs et aux idées courtes, géné­ra­tion dont j’ai fait partie en suivant cette mode des Jésus Christ Super Star et autres chemins de Katman­dou.

Le fait d’avoir connu et prati­qué a toute­fois pour effet de me rassu­rer, cette période se révé­lant éphé­mère même si les géné­ra­tions suivantes copient à leur tour ce qui ne vient pas de chez eux. Le fait de ne pas s’inspirer de ses propres tradi­tions serait donc une marque de moder­nisme, sauf bien évidem­ment pour ceux qui sont à l’origine de cette mode du moment puisqu’eux ne font « que la créer » sans rien à avoir à copier. Là où je comprends mal, c’est le côté flat­teur d’inviter sa copine au Mac Do du coin plutôt que dans un restau­rant tradi­tion­nel au décor souvent bien plus roman­tique que la tronche de Ronald semblant bien rigo­ler de votre venue dans ce lieu. Le prix me direz-vous ! Même pas sûr lorsque l’on compare la note finale et la quali­té, et je pense sincè­re­ment que l’objectif est bien plus d’être diffé­rent de l’ancienne géné­ra­tion que d’un réel problème finan­cier, la notion de goût n’étant même pas d’actualité dans ce cas précis. Les Chinois vont au Mac Do, les Fran­çais vont au Mac Do (ou KFC si vous préfé­rez), et je pense qu’il en est de même pour nos voisins alle­mands ou italiens.

On suit donc une mode parce que dans bien des cas celle-ci vient d’ailleurs, et en prin­cipe du pays de réfé­rence du moment. Il est vrai qu’il y a eu la période anglaise, améri­caine et même indienne comme indi­qué précé­dem­ment. Par contre, il n’y a jamais eu à ma connais­sance de période fran­çaise, ce qui est assez logique si on passe son temps à suivre ce qui vient d’ailleurs, brisant ainsi les quelques élans créa­teurs. Certains pense­ront sans doute aux parfums ou à la haute couture, mais d’une part ces deux secteurs d’activité sont très anciens et sont réser­vés par leur prix à une élite sociale qui est loin d’être géné­ra­li­sée.

Un Chinois ou une Chinoise aux yeux débri­dés ressemble donc à s’y méprendre à n’importe quel Occi­den­tal sur le plan vesti­men­taire ou la manière de s’alimenter, ce qui en fait un total anonyme puisque sans spéci­fi­ci­té et parfois par inci­dence sans carac­tère. Nous vivons déjà depuis quelques décen­nies dans un monde qui ne ressemble à rien, et c’est bien­tôt un quart de l’humanité qui aura le même aspect. Un réel progrès, non ?