À LA RECHERCHE DES COCONS CHINOIS III (J-C MARTIN)

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Les mala­dies du ver à soie et la conta­mi­na­tion de la séri­ci­cul­ture chinoise

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Au milieu du XIXe siècle, l’accélération des échanges et un temps d’adaptation trop bref dans les pays d’accueil s’accompagnent de fatales épidé­mies liées aux micro-organismes, cham­pi­gnons et bacté­ries. Ainsi, si l’Europe viti­cole est dure­ment frap­pée dans ses vignobles (Oïdium, Phyl­loxé­ra, etc.) elle est aussi propa­ga­trice d’épidémies. Le vers à soie chinois connaît ce sort.

La sensi­bi­li­té des vers à soie aux mala­dies est connue depuis long­temps en Europe. La pébrine est la plus redou­table et fatale, remet­tant en cause cette éduca­tion de vers à soie. Olivier de Serres en parle sous le nom de meur­tris­sure. Au XIXe siècle, les scien­ti­fiques euro­péens en recherchent les causes et les trai­te­ments. Les premières théo­ries se foca­lisent sur les vers qui soit subissent une dégé­né­res­cence géné­tique par consan­gui­ni­té, soit sont victimes d’une mala­die du mûrier trans­mis­sible par l’alimentation, ou bien des condi­tions défec­tueuses de l’élevage et de l’hygiène. L’industrialisation est aussi incri­mi­née : « Serait-il trop hardi d’en induire que la pébrine doit l’intensité qu’elle a pris depuis 1849 aux éduca­tions indus­trielles , rendues hâtives par une tempé­ra­ture exces­sive. » [B.S.I.Z.A., 1867, 140] Il faut attendre Béchamp (1816–1908) et Pasteur (1822–1895) pour dispo­ser d’une véri­table théo­rie sur les bases de la micro­bio­lo­gie toute nais­sante.

Les missions en Chine

Deux Italiens, MM. Castel­la­ni et Fres­chi, partent en mission en Chine, qui semble peu atteinte : « ils étudièrent sur place l’éducation des vers à soie et surtout la produc­tion de la graine, et ils établirent que la méthode chinoise est toute arti­fi­cielle et s’éloigne complé­te­ment de l’éducation natu­relle en plein air, car elle se fait dans des lieux clos à l’abri des intem­pé­ries et de la lumière solaire ; de plus elle applique la chaleur à une certaine période et, emploie le char­bon et la chaux contre l’humidité. Toute­fois, par des soins méti­cu­leux et tradi­tion­nels plutôt que raisonnes, les Chinois neutra­lisent la plupart des mauvaises influences d’une hygiène mal enten­due . » [B.S.I.Z.A., 1867, 134] L’industrialisation dans les grandes magna­ne­ries favo­rise les épidé­mies, alors que la Chine reste à un stade très fami­lial !

Une option consi­dère cette mala­die de la pébrine comme une expres­sion de la dégé­né­res­cence des vers à soie issus d’une sélec­tion chinoise. Les zoolo­gistes s’orientent vers des croi­se­ments d’espèces du monde entier (Mexique, Indes, Moyen-Orient, Japon, etc.) et vers l’adaptation de vers sauvages, vivant sur des arbres autres que les muriers, accu­sés d’être porteurs de mala­dies trans­mises au ver : « Il était déjà forte­ment dégé­né­ré sous l’influence de 3000 ans d’éducation, dans des condi­tions toujours diffé­rentes de celles de la nature ; et nos éduca­tions n’ont pas peu contri­bué à l’abâtardissement, par l’emploi de la chaleur arti­fi­cielle et la priva­tion d’air et de lumière. »
[B.S.I.Z.A., 1867, 142] Le projet de Fres­chi et Castel­la­ni consiste à faire faire de la graine propre à régé­né­rer les races frap­pées de la gattine.

La Chine est à nouveau mise à contri­bu­tion pour diver­si­fier les races de vers. L’arbre Ailante ou Faux vernis du Japon (Ailan­thus altis­si­ma, Lin.), impor­té par le Père d’Incarville dans les années 1750, est expé­ri­men­té comme arbre nour­ri­cier dans diffé­rentes provinces de France. Un mission­naire fran­çais, l’abbé Bertrand, fixé dans le Su-tchuen, signale les résul­tats de diffé­rents essais sur les Vers sauvages du Chêne, à la Socié­té impé­riale zoolo­gique d’acclimatation. Ces vers sauvages de diffé­rents arbres appa­raissent alors comme une solu­tion : «   C’est encore de la Chine, dont les produc­tions natu­relles semblent appe­lées à jouer un rôle si impor­tant en Europe, que nous avons reçu un nouveau Ver produc­teur de soie.  »

Mais dans les années 1860, quelques scien­ti­fiques étudient le microor­ga­nisme à l’origine de la pébrine. En 1867, Pasteur détecte un cham­pi­gnon patho­gène très conta­gieux, Nose­ma bomby­cis, qui trans­met cette mala­die mortelle aux vers à soie. Pour lui, la lutte passe par la sélec­tion des papillons et des pontes, grâce notam­ment à l’usage du micro­scope. Suite à ses décou­vertes, Pasteur défi­nit deux règles pour la confec­tion de graines saines : « 1° sélec­tion des cham­brées afin d’opérer l’exclusion des cham­brées atteintes de flache­rie, 2° sélec­tion des papillons avec exclu­sion des pontes des sujets corpus­cu­leux. » [M.E., 247] Mais, quelques années avant, le fléau est trans­mis à la Chine.

L’origine de la mala­die en Chine et les aver­tis­se­ments sur les risques encou­rus

L’origine de la mala­die en Chine semble être liée à l’expédition de Castel­la­ni et Fres­chi, qui, avec l’aide du consul de Shan­ghai, s’installent en 1859 aux envi­rons de Huzhou, centre de la séri­ci­cul­ture chinoise. Ils se lancent dans des expé­riences visant à combattre les mala­dies des vers à soie. Mais, insen­sibles aux aver­tis­se­ments l’agronome italien Cosi­mo Ridol­fi (1794–1865 ), ils pénètrent en Chine avec des graines infec­tées pour la réali­sa­tion du projet. Incons­cience ou erreur fatales ! En 1875, Paul Brunat (1840–1903) observe l’extension sérieuse de la pébrine dans la séri­ci­cul­ture chinoise. En 1883, il adresse à Li Hongz­hang (1823–1901), gouver­neur géné­ral du Zhili (équi­valent du Hubei actuel) et ministre du Commerce de la mer du Nord, un mémoire sur la situa­tion inquié­tante de la séri­ci­cul­ture chinoise, mais sans effet sur lui.

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