À LA RECHERCHE DES COCONS CHINOIS I (JC-MARTIN)

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soie3Depuis des millé­naires en Chine, la soie est asso­ciée au luxe dans l’habillement des élites. Pendant de longs siècles, son commerce emprunte la Route de la Soie. Au XVIe siècle, sa produc­tion s’établit en Europe du sud (Espagne, France et Italie) mais n’atteint pas toute­fois un niveau tant quan­ti­ta­tif que quali­ta­tif analogue à celui de la Chine. En effet, celle-ci est le véri­table foyer mondial de la séri­ci­cul­ture, qui, au fil du temps, parvient à maîtri­ser toutes les phases tech­niques et à dispo­ser d’une remar­quable diver­si­té géné­tique de vers à soie, dans un envi­ron­ne­ment géogra­phique favo­rable, en parti­cu­lier aux arbres nour­ri­ciers, les mûriers.

L’Europe, avec son tenace esprit de conquête écono­mique, décide alors rompre cette dépen­dance en struc­tu­rant tech­ni­que­ment, indus­triel­le­ment, sa propre filière séri­ci­cole. Les royau­tés, avec Louis XIV en premier, prennent en main l’organisation pour s’approprier les savoirs chinois tenus secrets et ardem­ment défen­dus. A travers les missions reli­gieuses, l’approche scien­ti­fique l’emporte sur de simples obser­va­tions pratiques ; elle s’exprime par la rédac­tion de Trai­tés et par des expé­ri­men­ta­tions, fonde­ments des sciences euro­péennes. Toute­fois, l’industrialisation de la séri­ci­cul­ture est forte­ment pertur­bée par les mala­dies des vers à soie, dont la Pébrine, qui décime l’Europe avant la solu­tion appor­tée par Pasteur. La four­ni­ture de graines origi­naires d’Europe lors de l’implantation de nouvelles entre­prises par des Italiens diffuse fata­le­ment cette mala­die, dans une Chine peu prépa­rée à une telle épidé­mie.

Tel est le parcours histo­rique ici présen­té à partir de l’étude d’anciens ouvrages de ces époques.

La Chine : foyer mondial de la séri­ci­cul­ture aux XVIe – XIXe siècles

Au XVIIIe siècle, la recon­nais­sance de la place de la Chine dans la séri­ci­cul­ture mondiale est incon­tes­tée : « Les Chinois doivent donc être regar­dés comme nos maîtres dans l’art de gouver­ner les Vers et d’en tirer la soie . » [A.L.B., 1753, XXIII.]

Une arbo­ri­cul­ture spéci­fique dédiée à la feuille : le mûrier

L’élevage des vers à soie est condi­tion­né par la dispo­ni­bi­li­té de feuilles de mûriers dont la Chine possède de nombreuses varié­tés liées aux situa­tions clima­tiques et géogra­phiques favo­rables à leur crois­sance. Certaines sont l’objet d’une culture ration­na­li­sée, comme l’indique le mission­naire jésuite du Halde (1674–1743) : « Il distingue deux sortes de mûriers, les uns qui sont véri­tables, & qui se nomment sang, ou ti sang : mais il ne faut pas s’imaginer qu’ils donnent de grosses mûres, comme en Europe : on n’a besoin que de leurs feuilles, & c’est en vue de faire pous­ser les feuilles en quan­ti­té, qu’on s’applique à la culture de ces arbresIl y a d’autres mûriers sauvages qu’on nomme tche, ou ye sang.» [D.H., t.2, 209.]

Ces varié­tés sauvages ne sont pas lais­sées dans un total aban­don, leur exploi­ta­tion néces­sitent un mini­mum d’attention : « Au reste, il ne faut pas croire que ces arbres tche, ou mûriers sauvages, ne demandent aucun soin, & qu’il suffise de les char­ger de vers à soie. Il faut ména­ger dans ces petites forêts quan­ti­té de sentiers en forme d’allées, afin de pouvoir arra­cher les mauvaises herbes qui croissent sous les arbres. » [Ibid.]

D’où le conseil avisé de du Halde à l’adresse de ses corres­pon­dants fran­çais : «  Peut-être ferait-on quelques décou­vertes semblables en Europe, si l’on obser­vait sur les arbres les coques de vers qui y sont atta­chées. » [Ibid.]

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