69 ans plus tard : une commé­mo­ra­tion très ciblée

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nankinSi l’on peut parfois repro­cher aux Chinois de copier tout ce qui leur paraît inté­res­sant, ils sont égale­ment capables d’innover pour les mêmes raisons. Le dernier exemple en date concerne l’instauration d’un jour de commé­mo­ra­tion concer­nant la capi­tu­la­tion du Japon. D’habitude, ces jours reprennent la date d’un évène­ment précis comme la signa­ture de l’armistice le 11 novembre 1918 ou la capi­tu­la­tion de l’Allemagne le 8 mai 1945. En prin­cipe, ces commé­mo­ra­tions, qu’elles soient ou non fériées, débutent dès le premier anniversaire.

En ce qui concerne la Chine, ce jour aurait logi­que­ment dû être le 2 septembre puisque c’est ce jour de 1945 que l’empereur Hiro­hi­to recon­nait sa défaite. Si cet anni­ver­saire est évoqué, il n’est marqué par aucune mani­fes­ta­tion d’envergure.

À la tension déjà forte causée par le litige sur les îles Diaoyu/Senkaku est venue s’ajouter la visite du premier ministre japo­nais au sanc­tuaire de Yasu­ku­ni. Depuis cette date, Shin­zo Abe est régu­liè­re­ment égra­ti­gné par les médias chinois, qu’il s’agisse de la télé­vi­sion ou des sites d’informations. Abe et son gouver­ne­ment ne sont pas en reste dans ce qui ressemble de plus en plus à des enfan­tillages en multi­pliant les provo­ca­tions à direc­tion de la Chine. Il en est ainsi de ce qui en France est nommé révi­sion­nisme avec la décla­ra­tion d’un ministre japo­nais remet­tant en cause l’existence du massacre de Nankin.

Faisant suite à ces mots pour le moins malheu­reux la tension a monté d’un cran en impo­sant aux auto­ri­tés chinoises de répondre à ce qui a été consi­dé­ré comme une grave insulte. Il est vrai que le parti actuel­le­ment au pouvoir au Japon a le plus grand mal à recon­naître les erreurs du passé, ce contrai­re­ment à l’Allemagne et qui à ce titre est régu­liè­re­ment citée sur les médias chinois.

Si les plus hauts respon­sables chinois sont montés sur le pont pour dénon­cer ces paroles, il fallait que le dernier passage des mili­taires japo­nais en Chine soit dura­ble­ment inscrit dans le temps. A alors germé l’idée de créer un jour de commé­mo­ra­tion, ce même si 69 ans se sont écou­lés depuis la fin de l’occupation japonaise.

Le départ des troupes japo­naises étant bien plus dû au largage des bombes nucléaires sur Naga­sa­ki et Hiro­shi­ma qu’aux troupes chinoises, commé­mo­rer offi­ciel­le­ment le 2 septembre n’aurait pas appor­té l’effet souhai­té. Conve­nant parfai­te­ment à la situa­tion des rela­tions actuelles, c’est le 13 décembre qui a été choi­si. Pour­quoi ce jour ? Parce que le massacre de Nankin a débu­té le 13 décembre 1937. C’est donc tous les 13 décembre que la Chine commé­mo­re­ra la victoire du peuple face à l’envahisseur japonais.

Rêver d’un premier ministre japo­nais prenant la main de son homo­logue chinois devant le mémo­rial de Nankin est toujours possible, mais demande dans la situa­tion actuelle une forte dose d’imagination.