64 % des Fran­çais prêts à payer plus cher … Et l’humanisme bordel ?

refletsdechineLe natio­na­lisme c’est très beau, un peu comme le socia­lisme à la fran­çaise, soit très éphé­mère. Un récent sondage du Credoc révèle en effet que près de deux Fran­çais sur trois sont prêts à payer plus cher un produit fabri­qué en France. Exit donc la fibre Euro­péenne et autres élans de soli­da­ri­té avec nos voisins, chacun ses problèmes.

Parmi ces 2/3 de fran­çais sans doute de grands huma­nistes prêts à défendre les valeurs et autres droits de l’homme, pour peu que cela ne gêne pas trop leur confort. Payer plus cher oui, mais pas plus de 5 %, ce qui montre l’écart entre les bonnes inten­tions et la réali­té d»un terrain visi­ble­ment mal connu grâce à notre presse libre et indé­pen­dante. Un panta­lon, une chemise partent en effet de Chine pour quelques dizaines de centimes d’euros avant d’atterrir sur les cintres des maga­sins à des prix nette­ment plus élevés. Le produit lui-même n’est en effet qu’une partie mineure du prix de vente, celui-ci incluant les charges de fonc­tion­ne­ment, les salaires et autres prélè­ve­ments obli­ga­toires. Pour les socié­tés cotées en bourse, les action­naires attendent que leurs inves­tis­se­ments fruc­ti­fient, ce qui est l’essence même du système capi­ta­liste. Pas ques­tion donc de rogner sur les marges et un produit fabri­qué ou non loca­le­ment se doit de rappor­ter.

Il en est de même pour les produits assem­blés en Chine (et non fabri­qués) pour des raisons de coût de main-d’œuvre. D’origine locale, les 5 petits % ne couvri­raient même pas le prix deman­dé pour serrer une seule vis, nos bac plus 10 alors embau­chés pour ces travaux ne pouvant se satis­faire de quelques malheu­reux euros. Globa­le­ment, ce retour vers des fabri­ca­tions locales n’est qu’un délire préélec­to­ral de quelques candi­dats en mal d’idée, ce mot étant dans ce cas diffi­cile à mettre au pluriel en ce qui les concerne.

Pour résu­mer, et malgré les élans dona­teurs pour la Thaï­lande et autres catas­trophes plus ou moins natu­relles, le « fran­çais moyen » est prêt à voir les deux tiers des habi­tants de la planète mijo­ter dans sa misère au titre d’une maigre et virtuelle amélio­ra­tion de l’emploi. C’est avec ce genre de senti­ment très loca­li­sé que l’on arrive à des aber­ra­tions telles qu’en 81 où un candi­dat est élu en promet­tant des emplois dans la fonc­tion publique et la retraite à 60 ans, le tout dans un style très « Après moi, le déluge ».

Qu’une partie se sente soudai­ne­ment atta­chée à ses racines est une bonne chose, mais encore faut-il que le sujet s’y prête, ce qui n’est sans doute pas le cas dans ce sondage aussi déma­gogue qu’inutile. C’est bien davan­tage sur la poli­tique de nivel­le­ment par le bas instau­ré depuis des décen­nies qu’il faudrait regar­der, celle-ci condui­sant à lais­ser diri­ger le pays par le moins mauvais et en bais­sant le niveau des examens afin que plus d’élèves soient reçus. Travailler moins pour gagner plus où même ne plus travailler du tout, tel est le rêve éveillé de certains qui oublient que pour qu’il se réalise des « petites mains » devront elles conti­nuer à fabri­quer pour pas cher des produits à qui l’on repro­che­ra ensuite leur prove­nance bien plus que leur prix.