60 ans de pouvoir, ça se fête.

La date anni­ver­saire des 60 ans de l’accès au pouvoir par le PCC se rapproche, et c’est là une excel­lente chose. Ce n’est pas telle­ment que l’évènement en lui-même me passionne, mais il me tarde qu’il soit passé.
Depuis en effet des mois, il est diffi­cile d’allumer la télé sans tomber sur une des nombreuses séries qui viennent alimen­ter l’évènement, glori­fiant l’action des valeu­reux oppo­sants au Kuomin­tang. Depuis quelques semaines, cette fréné­sie a même gagné les campagnes avec les répé­ti­tions des diffé­rentes mani­fes­ta­tions qui auront lieu lors de cet anni­ver­saire.
Plus que mon avis person­nel sur ce jour de fête, qui revien­drait à deman­der à un Austra­lien son juge­ment sur le 14 juillet Fran­çais, je préfère vous donner ceux de quelques Chinois à qui j’ai deman­dé leur point de vue.
Les impres­sions se résument globa­le­ment au fait que cela fera quelques jours de congés qui tombent à pic puisqu’au moment de la fête de la lune, soit le 3 octobre. Vient ensuite une vision un peu plus profonde qui est qu’il s’agit de la fête du PCC desti­née au PCC, et que si cela leur fait plai­sir tant mieux pour eux. Si certains fête­ront bien cette anni­ver­saire, c’est bien plus le côté festif de l’évènement qui les atti­re­ront que celui d’une quel­conque recon­nais­sance, même si la fibre patrio­tique est toujours aussi présente.

Mis à part quelques « anciens » et autres cadres du parti qui trou­ve­ront là l’occasion d’être mis sur le devant de la scène, le reste de la popu­la­tion passe­ra bien plus ce jour en famille qu’à défi­ler au son de la » Marche des Volon­taires ». Ce n’est pas que les Chinois n’aiment pas leurs diri­geants, mais ils consi­dèrent que cette mani­fes­ta­tion est avant tout poli­tique, chose qui est loin de passion­ner la popu­la­tion.

La volon­té d’oublier cette période où les Chinois se battaient entre eux entre égale­ment en ligne de compte, et l’arrivée au pouvoir du PCC a surtout marqué la fin de cet affron­te­ment qui a duré des années et a fait plus d’un million de morts. Révo­lu­tion cultu­relle et bond en avant ne sont pas non plus pour rappe­ler d’excellents souve­nirs à une géné­ra­tion qui a beau­coup souf­fert d’un certain nombre d’erreurs.
Un grand nombre de Chinois a collec­ti­ve­ment tour­né la page de ces années noires et préfère appli­quer sur cette période une certaine forme d’amnésie en se tour­nant davan­tage vers l’avenir que sur le passé. Les jeunes eux, ont rangé cette acces­sion au pouvoir sur les étagères pous­sié­reuses de l’histoire et ne connaissent bien souvent que les seules versions offi­cielles apprises à l’école.

60 ans, c’est aussi un âge raison­nable pour entre­voir une retraite ou du moins un rajeu­nis­se­ment du système, qui traîne encore derrière lui une image veillotte et parfois désuète, contras­tant forte­ment avec la viva­ci­té de ce pays. Si l’efficacité est en effet souvent présente, et cela dans pas mal de secteurs, le PCC a un grand besoin d’être rajeu­ni même s’il s’agit bien plus de la forme que du fond.
Les diri­geants sont en effet à l’image de leur pays, c’est-à-dire forte­ment balan­cés entre tradi­tions héri­tées du passé et cette volon­té de moder­nisme amor­cée par Deng Xiao­ping„ ce qui a la fâcheuse tendance à faire croire qu’ils sont très éloi­gnés des aspi­ra­tions popu­laires alors que la réali­té est souvent toute autre.

À une époque où la commu­ni­ca­tion est aussi impor­tante, sinon plus que les actions elles-mêmes, il serait de bon augure que les diri­geants aban­donnent cette image souvent stéréo­ty­pée du cadre commu­niste des années 60 pour s’habiller des vête­ments de l’homme moderne, bien lus décon­trac­té. Cela aurait en plus pour effet de les rappro­cher des jeunes géné­ra­tions avec qui le déca­lage est flagrant et qui ont bien du mal à se recon­naître dans cet aligne­ment impec­cable de têtes diri­geantes.

Même si ce n’est pas demain que nous verrons en public un ministre Chinois en Jeans, des progrès impor­tants sont à faire pour que la classe diri­geant soit à l’image du pays et ne donne plus cette impres­sion néfaste de vivre sur une autre palnète.


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Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La reproduction totale ou partielle des articles de ce site n'est en aucun cas permise sans autorisation.