3.15, trois petits tours et puis s’en va

évolution

Nous sommes le 15 mars soit le 3.15 qui est en Chine la jour­née dédiée à la protec­tion du consom­ma­teur, placée sous la respon­sa­bi­li­té du Minis­tère du Commerce. Ces services qui sont char­gés de veiller à la confor­mi­té des produits et au respect des lois commer­ciales sont sans aucune contes­ta­tion possible ceux qui ont le plus de travail, et ce, bien avant les fonc­tion­naires de police.

Il faut dire que cette admi­nis­tra­tion cumule les fonc­tions avec l’enregistrement des nouvelles entre­prises, la fixa­tion et le recou­vre­ment des diverses taxes ainsi que tout ce qui touche de près ou de loin aux acti­vi­tés commer­ciales et indus­trielles. Inutile de dire que la tâche est immense dans un pays où frau­der est une compo­sante essen­tielle du tissu commer­cial et se situe au niveau de sport natio­nal. Si la contre­fa­çon est souvent évoquée dans les médias occi­den­taux, celle-ci touche avant tout les produits chinois eux-mêmes et l’on peut se deman­der parfois si l’opération est réel­le­ment rentable.

évolutionUn faux sac Vuit­ton est par exemple vendu aux alen­tours de 200 RMB, ce qui couvre tout juste les coûts de fabri­ca­tion. Il s’agit alors pour le client d’acquérir un objet dont le coût de l’original est large­ment hors de sa portée et pour le fabri­cant de trou­ver un débou­ché commer­cial. Il en est de même pour les fausses Rolex et autres lunettes de marque qui ne leurrent personne si ce n’est l’acheteur lui-même qui se pense quelques instants parve­nu en haut de l’échelle sociale. C’est sans doute pour cette raison que ces machines à rêves que sont ces contre­fac­teurs sont rela­ti­ve­ment épar­gnées par les contrôles des fonc­tion­naires char­gés certes de ce secteur, mais parti­ci­pant avant tout au calme social dans le pays. Permettre en effet à une personne gagnant diffi­ci­le­ment sa vie d’accéder par ces arti­fices à un semblant d’évolution est une espèce de soupape de sécu­ri­té garan­tis­sant une certaine paix dans ces classes sociales qui n’ont souvent que le rêve pour sortir d’une vie médiocre.

Viennent ensuite les produits mettant en danger la santé de la popu­la­tion, ceux-ci rele­vant du secteur alimen­taire, des produits d’hygiène ou de beau­té ou l’électroménager. Là, il ne s’agit plus de rêve, mais d’un véri­table cauche­mar quoti­dien pour le consom­ma­teur chinois. Comment en effet ache­ter le moindre produit de base en étant certain que celui-ci a respec­té d’une part les normes, et que d’autre part le conte­nu corres­pond bien à ce qui est annon­cé ? Faux denti­frice, fausse lessive, faux cosmé­tiques sont des marchan­dises aussi courantes que les rallonges élec­triques brico­lées et mises sous des blis­ters récu­pé­rés dans les poubelles, le tout ayant pour but de trom­per le client. C’est dans le domaine des petits commerces que l’on trouve la quan­ti­té la plus impor­tante de ces produits, ce qui a pour effet de pous­ser les clients à se rendre dans les grandes surfaces souvent plus chères, mais offrant du moins en appa­rence plus de garan­ties. Là encore, les services char­gés du contrôle sont pour le moins laxistes toujours au nom de cette paix sociale semblant parfois empê­cher toute action qui pour­rait faire de la Chine un pays « normal ».

évolutionPlus de profit pour des personnes déjà aisées, le désir de gagner rapi­de­ment de l’argent afin d’accéder à la marche supé­rieure ou pour certains le simple besoin de gagner quelques yuan syno­nymes d’amélioration d’un quoti­dien, forme l’ensemble de cette machine à contre­faire parfai­te­ment huilée, le tout sous le regard de fonc­tion­naires réagis­sant aux ordres venus d’en haut.

Pour preuve de cette obéis­sance, le fait qu’il suffise d’une affaire prenant une trop grande ampleur ou d’une période comme ce mois de mars pour que tout à coup le nombre de saisies et de procès verbaux augmente de manières expo­nen­tielles. Comme par miracle, il est alors mis en lumière de nouveaux trafics comme des gros­sistes en vins et spiri­tueux propo­sant toute une gamme de produits dont 90 % sont des faux, les échoppes d’appareillages élec­triques contrô­lées sur des points aussi précis que la quali­té de l’agrafe fermant un blis­ter, les balances des commer­çants étant même mises en cause alors que celles-ci fonc­tionnent de la sorte depuis des mois sans pour cela éveiller le moindre soup­çon.

évolutionCette soudaine fréné­sie de contrôles de toutes sortes prouve si l’en était besoin que les agents du Commerce sont d’une part très au fait de ces fraudes, et que d’autre part ils en connaissent fort bien les acteurs. Si ce mois de mars est celui tradi­tion­nel­le­ment dédié à ce qui est décrit comme étant la protec­tion du consom­ma­teur, il est dommage que ces efforts ne se portent que sur cette seule période. La plupart des frau­deurs sachant qu’il est risqué de trop « tirer sur la ficelle », ceux-ci réduisent quelque peu leur acti­vi­té le temps de lais­ser passer l’orage, et mettent les bouchées doubles dès le mois suivant histoire de récu­pé­rer le manque à gagner.

Si le Minis­tère du Commerce a une part de respon­sa­bi­li­té dans cette situa­tion, il est loin d’en être exclu­si­ve­ment la cause. Si la Chine comp­tait il y a peu un trop grand nombre d’agriculteurs, ce qui nuisait à leur situa­tion du fait de faibles reve­nus, il en est de même en ce qui concerne la quan­ti­té de petits commerces. Ceux-ci sont en effet bien trop nombreux pour être seule­ment rentables, ce qui amène aux dérives décrites plus haut. Alimen­tés par de petits indus­triels n’ayant pas davan­tage leur place sur un marché très concur­ren­tiel, ces petits commer­çants n’ont bien souvent aucune forma­tion profes­sion­nelle, ce qui les prive de l’espoir de trou­ver un emploi correc­te­ment rému­né­ré.

De véri­tables contrôles amène­raient par consé­quent des millions de ces commer­çants à fermer boutique, ce qui crée­rait de graves troubles sociaux nuisant à l’ensemble de la popu­la­tion. C’est devant cette situa­tion que se trouvent les auto­ri­tés chinoises, qui n’ont alors que d’autre choix que de détour­ner le regard tant que les débor­de­ments ne créent pas un effet inverse qui serait de mécon­ten­ter la majeure partie de la popu­la­tion. Celle-ci s’est pour sa part depuis long­temps habi­tuée à cette situa­tion et en fait son quoti­dien faute de pouvoir agir autre­ment. Dans bien des cas, c’est en effet le consom­ma­teur qui fait sa propre police et sa sélec­tion de commer­çants fiables. Cela permet aux fonc­tion­naires du Commerce d’être moins mis à contri­bu­tion en lais­sant fonc­tion­ner un système qui n’a pour l’instant aucune autre alter­na­tive.