Grosses ficelles : 298 morts ne valent pas une guerre

En 1914, c’est l’assassinat de l’archiduc-héritier François-Ferdinand d’Autriche qui va être le déclen­cheur de la Première Guerre mondiale, l’explosif étant consti­tué par de nombreuses oppo­si­tions poli­tiques, sociales et écono­miques qui n’attendaient que l’allumage de la mèche. Un peu plus d’un mois plus tard débu­taient les hosti­li­tés. Repo­sant égale­ment sur de multiples raisons, c’est l’annexion des Sudètes en 1938 par Hitler qui sert de déto­na­teur à la Seconde Guerre mondiale. En janvier 1991 et six mois après que l’armée irakienne ait enva­hi le Koweït, les États-Unis et ses alliés justi­fient leur inter­ven­tion du fait de la menace d’armes de destruc­tion massive que possé­de­rait le régime de Saddam Hussein.

Le 17 juillet 2014, un avion de ligne de la Malay­sia Airlines s’écrase en Ukraine. Quelques minutes plus tard et sans aucune preuve autre que les affir­ma­tions du gouver­ne­ment de Kiev, c’est la Russie qui est publi­que­ment accu­sée de la mort des 298 personnes qui se trou­vaient à bord du vol MH17. La version améri­caine et donc offi­cielle fait état d’un missile sol-air tiré par les indé­pen­dan­tistes « pro-russes ». Très rapi­de­ment émergent de nombreuses thèses allant de la présence derrière l’avion de ligne d’un SU-25 de l’armée ukrai­nienne à une mise en scène pour faire réap­pa­raître le vol MH370 (Lire ici) de la même compa­gnie et dispa­ru dans d’étranges condi­tions.

Pour l’administration Obama, il n’y a aucun doute sur l’implication du régime russe, que le lien soit direct ou non. Parfai­te­ment alignés derrière la parole du grand-frère, les pays euro­péens démontrent une fois de plus leur inca­pa­ci­té à exis­ter et appuient les sanc­tions prises à l’encontre des russes.[restrict userlevel=«subscriber»]

La mort de 298 inno­cents vaut-elle moins que celle d’un archi­duc ? C’est ce que l’on peut penser à moins d’admettre que cent ans après le début de la Première Guerre mondiale, les esprits des diri­geants occi­den­taux se soient sensi­ble­ment ramol­lis. La puni­tion infli­gée à Poutine et à ses proches se limite en effet à quelques blocages d’avoir bancaires, ce qui est assez loin des réponses précé­dentes où les « hauts respon­sables » n’ont pas hési­té à massa­crer de nombreux civils avant d’atteindre leur cible initiale. Un mois plus tard, le MH17 ne fait plus une ligne dans les médias, John Kerry en personne écar­tant l’idée d’une simple guerre froide. La réponse de Poutine n’a pas tardé avec un embar­go sur certains produits alimen­taires euro­péens, ce qui oblige les gouver­ne­ments des pays produc­teurs à soute­nir finan­ciè­re­ment les agri­cul­teurs pour ne pas ampli­fier les tensions sociales.

Retour à la case « Départ », soit à la situa­tion qui était celle avant que les rebelles pro-russes ou des mili­taires russes n’abattent un avion de ligne, ce qui en d’autres temps aurait valu une réac­tion tout autre de la part de ceux arbi­trai­re­ment rangés dans le camp des bons. Pour­quoi cette mollesse ? Plusieurs raisons dont une est que les forces armées russes sont autre chose que celles irakiennes. Une autre est que la Russie est un impor­tant four­nis­seur de gaz et un bon client pour l’Europe. Dernière hypo­thèse est que le Boeing de la Malay­sia Airlines ait été abat­tu par erreur ou non par un avion de chasse ukrai­nien. Dans ce dernier cas, la respon­sa­bi­li­té de la Russie est la même puisque l’avion est Russe, les USA ayant dési­gné le coupable de la même manière que les stra­tèges mili­taires ont convain­cu l’opinion publique inter­na­tio­nale de la présence d’armes de destruc­tion massive en Irak. [/restrict]