2014, l’année des demi-gâteaux de lune

Après les restau­ra­teurs, les fabri­cants de montres de luxe et de cravates, c’est au tour des pâtis­siers arti­sa­naux et indus­triels de suppor­ter les consé­quences des restric­tions impo­sées aux gouver­ne­ments locaux. Trois semaines avant le festi­val d’automne, période où sont offerts les tradi­tion­nels Yuèbǐng, l’ambiance est pour le moins morose avec une baisse des ventes de l’ordre de 50 %.

Les gâteaux de lune et en parti­cu­lier ceux vendus dans de somp­tueux coffrets restent déses­pé­ré­ment sur les étals des commer­çants et des grandes surfaces, les respon­sables locaux faisant leurs courses osant à peine les regar­der de peur d’être remar­qués. Il faut dire qu’ils en rece­vaient beau­coup en cadeau et en offraient égale­ment en quan­ti­té, les coffrets les plus beaux reçus en échange d’un « service » étant souvent offerts, ce là aussi en remer­cie­ment d’une quel­conque grati­fi­ca­tion.

Si une baisse était prévue et a été anti­ci­pée avec une produc­tion moindre, son niveau est toute­fois bien plus élevé que ce qui était prévu. Au fil des années, les normes sani­taires ont élimi­né la plus grande partie des ateliers plus ou moins occa­sion­nels pour lais­ser leur place au secteur indus­triel. Les impor­tants inves­tis­se­ments réali­sés ces dernières années devaient être renta­bi­li­sés par la réduc­tion des acteurs se parta­geant cet énorme « gâteau » de 15 milliards de yuans, soit plus de 1,8 milliard d’euros. Les fabri­cants de boîtes et coffrets avaient déjà été déci­més en 2010 avec de nouvelles normes visant à proté­ger l’environnement, la direc­tive limi­tant les embal­lages en étain. Si le carton a alors rempla­cé le métal, les 6000 arbres détruits pour l’occasion n’ont pas été du goût de certains consom­ma­teurs. En 2012, une nouvelle norme est venue à son tour frei­ner l’emploi du carton neuf pour des embal­lages en fait à base de matières recy­clées.

Si la situa­tion risque d’être tendue en 2014 pour les indus­triels de l’emballage et de la pâtis­se­rie, elle l’est déjà depuis plus d’un an pour les respon­sables locaux des divers éche­lons. 84 000 d’entre eux ayant été suspen­dus, dont certains en atten­dant de passer devant un tribu­nal, cette classe sociale long­temps privi­lé­giée a bien moins d’appétit que par le passé. C’est même un senti­ment de peur au ventre qui s’est géné­ra­li­sé et qui ne devrait pas s’apaiser avec le dernier audit ordon­né par le pouvoir central.

Cette enquête concerne les achats et ventes foncières réali­sées par les respon­sables locaux au nom des gouver­ne­ments et devrait réser­ver non pas des surprises, mais de nouvelles chambres d’hôtel cade­nas­sées pour une partie d’entre eux. L’ambiance n’est donc pas à la fête de ce côté de la barrière, la popu­la­tion étant pour sa part assez réjouie de la fin des réjouis­sances finan­cées par l’argent public.