2002–2012, les grandes heures de la démo­cra­tie à la Fran­çaise

Ce qui suit n’a que peu de rapport avec la Chine, quoi que ce que l’on nomme dicta­ture d’un côté peut éven­tuel­le­ment prendre la forme de ce que d’autres s’égosillent démo­cra­tie. Bien que les prochaines élec­tions prési­den­tielles n’aient lieu en France que dans plus d’un an, la campagne a d’ores et déjà commen­cé avec la mise en place d’outils norma­le­ment desti­nés au jardi­nage, mais qui trouvent là une utili­sa­tion tout autre. Ces râteaux d’un nouveau style sont sortis du caba­non qui les abri­tait, dépous­sié­rés et remis au goût du jour à l’occasion de ce qui est nommé rema­nie­ment minis­té­riel.

Ce système basé sur celui très ancien des vases commu­ni­cants vaut à la France un jeu perpé­tuel de chaises musi­cales où l’on n’adapte non pas la poli­tique du gouver­ne­ment à la situa­tion réelle, mais en fonc­tion des sondages faisant vivre toutes ces « Madame Soleil » de la prédic­tion élec­to­rale. La gauche monte ? Aucun problème, un person­nage un peu popu­laire issu du camp d’en face ou de ce qui est dénom­mé « socié­té civile » vient contrer cette montée signa­lée par les insti­tuts dits spécia­li­sés. C’est l’extrême droite qui semble être à la mode ? Là non plus aucun souci, on récu­père quelques vieilles gloires usées ayant quelque poids auprès de l’électorat visé et le tour est joué.

Si j’ai pris le cas de figure d’une droite au pouvoir, c’est parce que c’est la situa­tion actuelle, la gauche n’ayant régné que durant quelques courtes années, dont certaines, en régime bicé­phale pour peu que ce terme soit appro­prié pour un système dont il faut se deman­der s’il a seule­ment une tête. Gauche ou droite, la diffé­rence est de toute manière si faible que quand la gauche était au pouvoir, certains lui repro­chait de faire la poli­tique de la droite et vice-versa dans le cas actuel.

Toujours est-il que dans ce système de démo­cra­tie à la Fran­çaise dont certains sont si fiers, on écoute non pas le peuple, mais les sondeurs autour desquels on adapte sa poli­tique. Là encore le terme est quelque peu inap­pro­prié puisqu’il sous-entend une certaine constance dans sa ligne de conduite. Le tout est bien enten­du relayé et ampli­fié par les médias qui trouvent là de quoi meubler le temps et leurs colonnes avec les derniers ragots et suppo­si­tions visant à inté­res­ser un maxi­mum de lecteurs. En ce moment, c’est le Front natio­nal qui est la une avec la dernière de ces prises de tempé­ra­ture qui donne le parti extré­miste en tête du premier tour, ce qui le quali­fie­rait donc pour le second.

C’est là que se pose un certain nombre de ques­tions graves, car il s’agit d’un élément auquel les Fran­çais soient le plus atta­chés c’est-à-dire la démo­cra­tie que d’ailleurs 57% des Fran­çais consi­dèrent comme mal fonc­tion­ner. Le débat poli­tique et par force média­tique se résume donc à une seule chose : « Comment contrer la montée en puis­sance du Front Natio­nal ?». D’une part cette ques­tion n’est plus très actuelle tant elle se répète depuis une ving­taine d’années, ce qui permet d’ailleurs aux gouver­ne­ments succes­sifs de bien plus déci­der quand ils le font pour assu­rer leur survie poli­tique (comme en Chine) que pour tenter de réali­ser ce pour quoi ils sont en place (contrai­re­ment à la Chine).

L’objectif premier est donc de trou­ver, non pas comment convaincre, mais contrer, ce qui n’a jamais été la meilleure voie de la réus­site et de l’évolution, car conduit à un simple immo­bi­lisme. Par contre, des médias aux partis poli­tiques, on se garde bien de tenter de comprendre cette propen­sion d’une partie de l’électorat fran­çais à pencher pour les extrêmes. Il faut dire que la réponse est simple, car se résume au fait qu’après avoir goûté à la droite, ils ont pico­ré un peu de gauche avant de reve­nir à leurs premiers amours sans toute­fois être convain­cu par les uns ou par les autres. Toutes ces personnes, pour­tant placées en haut de la pyra­mide, semblent avoir autant perdu le sens des réali­tés qu’elles en oublient que derrière des chiffres vivent des êtres humains faits comme eux, mais sans tous leurs privi­lèges. Le chômage, l’insécurité, la dérive des insti­tu­tions, l’érosion de l’image de leur pays, ces personnes ne le vivent pas au travers de sondages ou de rapports de l’INSEE, mais dans un quoti­dien qui est bien éloi­gné des plafonds dorés des palais minis­té­riels.

Ayant essayé ce qui est poli­ti­que­ment correct avec les résul­tats que l’on sait, il est donc logique qu’une partie de la popu­la­tion soit tentée par le chant des sirènes enton­né par ceux qui font des promesses d’un lende­main meilleur face à d’autres n’arrivant plus à promettre quoi que ce soit.

Quel est le risque réel, ou ceux que certains pensent être une chance, de voir arri­ver au pouvoir cette nouvelle équipe ? Stric­te­ment aucun, ceci étant démon­tré par la situa­tion simi­laire de 2002. La démo­cra­tie ne va pas en effet jusqu’à lais­ser une place quel­conque à d’autres que ceux issus du sérail poli­tique, ce qui explique cette usure compa­rable à celle des mariages de gens de bonne famille finis­sant par donner nais­sance à des êtres anor­maux du fait d’une grande consan­gui­ni­té. Si le cas envi­sa­gé d’un second tour mettant en lice un candi­dat issu de ces grandes familles face à un autre s’étant issu à ce niveau par des promesses pour la plupart déma­go­giques, le premier sera élu avec les trois quarts des votes, faisant de la France le second tour de la créa­tion d’une Répu­blique de plus en plus bana­nière.

La France est malade de sa classe poli­tique et c’est cette mala­die qui cause l’éruption cuta­née donnant les boutons natio­na­listes. Ce n’est donc pas en surface qu’il faut trai­ter le problème, mais à la source. Pour se faire, il faudrait un bon déca­pant visant à suppri­mer les nombreuses couches de vernis appli­qués au cours des années, celles-ci ne faisant qu’entretenir un semblant de brillant alors que l’intérieur se pour­rit lente­ment. Seul problème, ce n’est pas le peuple qui décide du trai­te­ment, mais ceux-là mêmes qui se nour­rissent du bois. En a-t-il été autre­ment par le passé ? Jamais, mais comme en Chine aujourd’hui et en France autre­fois, les gens ont ou avaient conscience de cette réali­té.